Les séries nous rendent meilleur·es (au lit)

Otis et Maeve dans "Sex Education"

Média de l’intime et plaisir souvent solitaire, les séries TV sont bien armées pour nous parler de sexe. Dans un nouvel élan pédagogique, elles s’appliquent aujourd’hui à nous dispenser les conseils dont nous ignorions avoir besoin.

Le pavé dans la mare qu’a été la cultissime "Sex & the City" transgressait joyeusement la norme en célébrant la sexualité de ses héroïnes. La tendance s’est depuis poursuivie, épaissie et diversifiée au fil du temps jusqu’à devenir le leitmotiv d’une foule de séries dédramatisant la question, de la sexualité impatiente de "Chewing Gum" aux scènes transpirantes de "Sense8" en passant par les tâtonnements décomplexés de "Grace & Frankie" (toutes disponibles sur Netflix).

Sense8

Mission d’éducation

Big Mouth

Aujourd’hui, certaines séries poussent le vice et ne se contentent plus de montrer: elles décrivent des pratiques, annotent des schémas, explicitent les problèmes et proposent des solutions. Bref, elles se donnent une mission explicite d’éducation sexuelle. Dans l’excellente série animée "Big Mouth" (Netflix), les personnages voient débarquer la puberté sous la forme d’un monstre qui les accompagne et les conseille en abordant frontalement les délicates premières fois, des menstruations à la masturbation.

Sur Hulu, la très baroque "Pen15" met en scène les créatrices de la série, Maya Erskine et Anna Konkle, dans des versions adolescentes d’elles-mêmes, qui tentent de naviguer la houle de cette période, avec le recul sarcastique et honnête de leur âge actuel.

Pen15

Mais la plus didactique demeure à ce jour la bien-nommée "Sex Education" dans laquelle Otis, 15 ans, lance à l’école un business de conseils sexo directement inspirés de la pratique de sa mère thérapeute. Si la série (qui s’accompagne désormais d’un manuel en ligne gratuit élaboré par Netflix et la photographe belge Charlotte Abramow) s’impose en figure de proue de cette nouvelle vague, c’est qu’elle laisse la place à la diversité des sexualités et de leurs expressions: érotiser l’esthétique extraterrestre, assumer l’expression de l’orgasme sur son visage, ou ne pas ressentir de désir sexuel du tout, du particulier à l’universel, tout est acceptable et tout est abordé.

Sex Education

Mouvement sociétal plus large

Ces séries fonctionnent aussi comme des cours de rattrapage pour les générations précédentes.

Mais le mouvement de s’arrête pas à l’émergence d’une "Puberty TV" semblant s’adresser prioritairement aux ados. D’une part, ces séries fonctionnent aussi comme des cours de rattrapage pour les générations précédentes (qui se plaindra d’un rappel de la localisation du clitoris?). D’autre part, se développe aussi une multitude d’initiatives grand public, comme le documentaire "Sex, Explained" qui consacre chaque épisode à un aspect de la vie affective et sexuelle, ou les tutos de masturbation féminine du site "OMGYes".

Cette prolifération témoigne en effet d’un mouvement sociétal plus large, avide d’une approche positive du sexe.

Cette prolifération témoigne en effet d’un mouvement sociétal plus large, avide d’une approche positive du sexe qui dépasse les aspects techno-anatomiques pour intégrer le plaisir, le jeu et la bienveillance. Pour la majorité, ces séries sont d’ailleurs créées par des femmes, effectivement les premières à bénéficier d’une réécriture des règles du jeu: le fameux fossé orgasmique, le mythe du moindre appétit sexuel féminin, les injonctions de beauté qui se poursuivent dans la chambre à coucher…

Revisiter les façons de prendre son pied équivaut aussi à questionner le cadre sexiste plus large dans lequel s’inscrivent encore nos relations. Sur ce, joyeux Netflix & Chill à toutes et tous.

Des deux côtés de la caméra
Nourrissant nos représentations tandis qu’elles se nourrissent du réel, les séries TV n’évoluent pas en vase clos. Elles baignent actuellement dans notre société secouée par le mouvement #MeToo et amorçant un changement en matière de relations entre femmes et hommes. C’est donc assez naturellement qu’émergent ces derniers mois des séries qui choisissent de centrer leur propos sur les questions agitant l’ère #MeToo.

Tandis que "13 Reasons Why" (Netflix) avait marqué une génération d’adolescent·es en abordant de plein fouet les conséquences des violences sexuelles, "Unbelievable" (Netflix) a récemment montré qu’il était possible et nécessaire de construire une série policière de qualité, dont l’enquête cherche à élucider une affaire de viol.

Dans "The Morning Show", le premier succès critique et public d’Apple TV+, et "The Loudest Voice" (Showtime, en Belgique sur Be tv), l’industrie de la télévision dénonce ses propres dysfonctionnements, dans toute leur horreur et banalité. Une introspection qui fait son chemin derrière la caméra également, au vu de la présence grandissante des "coordinateur·rices d’intimité", gardien·nes du respect du consentement sur le tournage des séries. En attendant le jour où ce respect deviendra l’évidence même. 

Sex Explained

Netflix & Chill

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés