Les "Visions" cannoises de Philippe Reynaert

Couverture de l'ouvrage "Visions du Festival de Cannes - Au début des années 80" par le patron de Wallimage Philippe Reynaert et avec des photographies prises par son épouse Myriam Debehault.

Avec son épouse photographe, le directeur de Wallimage évoque ses premiers pas sur la Croisette il y a quarante ans. Clichés méconnus à l’appui.

Cela aurait dû être la palme sur le gâteau de sa prolifique carrière. Pour ce qui devait être son 40e et dernier Festival de Cannes en tant que patron de Wallimage, Philippe Reynaert, comptait bien profiter de cette vitrine pour présenter "Visions du Festival de Cannes", un livre racontant par l’image et le texte ses premiers émois sur la Croisette. Le Covid-19 en a décidé autrement. Ce qui ne doit pas empêcher le cinéphile de déguster cet ouvrage truffé d’anecdotes, d’interviews de cinéastes cultes et de photos rares.

Philippe Reynaert devait participer cette année à son 40ème Festival de Cannes ©doc

Lorsqu’il débarque à Cannes pour la première fois en 1980, le jeune Reynaert n’est encore qu’un obscur collaborateur de Les Amis du cinéma et de la télévision, magazine d’obédience catholique dont une des missions est d’attribuer ses "cotes morales" aux films. Frustré de ne pas pouvoir illustrer ses papiers et interviews avec des clichés de qualité, il embarque un an plus tard sa jeune épouse Myriam Debehault, photographe professionnelle. "À l’époque, il était encore possible de s’entretenir longuement en tête à tête avec les cinéastes et on pouvait les photographier de manière naturelle", se souvient-il. "Rien à voir avec ces interviews de 3 minutes top chrono et les photo-calls où les acteurs prennent la pose, tout le monde ayant le même cliché."

"A l’époque il était encore possible de s’entretenir longuement en tête à tête avec les cinéastes et on pouvait les photographier de manière naturelle"
Philippe Reynaert
Directeur de Wallimage

Noir et blanc

Le couple a ainsi exhumé de ses archives des clichés et des entretiens avec les plus grands cinéastes (Wenders, Ivory, Costa-Gavras, Oshima, Ferreri) publiés à l’époque dans le mensuel Visions (d’où le titre du livre), version décoincée des Amis du cinéma, dont Philippe Reynaert avait repris la direction. "On s’est rendu compte qu’on avait là un trésor qu’il aurait été dommage de garder pour nous." Les photos en noir et blanc révèlent sous un jour inédit des monstres sacrés comme Antonioni, Cimino, Herzog, Godard, Scola, Depardieu, Noiret, Signoret, Kinski et un Orson Welles au crépuscule de sa carrière.

"Au début des années 80, le cinéma vivait une sorte de crise identitaire"
Philippe Reynaert
Directeur de Wallimage

L’ouvrage ne porte que sur le début des années 80. Car, devenue maman, son épouse ne l’a plus accompagné sur la Croisette dans les années qui suivirent. "Et puis", ajoute Philippe Reynaert, "c’était une époque charnière, celle où on commençait à parler d’argent dans le cinéma, de la manière dont les films étaient financés; les cinéastes que nous admirions se posaient des questions sur l’avenir de leur art. Le cinéma vivait une sorte de crise identitaire."

Photographie

♥ ♥ ♥ ♥

"Visions du Festival de Cannes"

Philippe Reynaert, Myriam Debehault
Les éditions du CEP, 28 €

Près de 20 ans plus tard, la réalité allait le rattraper. Philippe Reynaert devenait directeur de Wallimage, le fonds d’investissement public dans le cinéma mis en place par la Région wallonne dans la foulée de Rosetta, la première Palme d’or des Frères Dardenne.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés