"Mademoiselle de Joncquières", drame aux tons pastels

©Pascal Chantier - Pyramide Films

Que d’esprit dans "Mademoiselle de Joncquières". Adapté d’un conte de Diderot, ce drame aux tons pastels est porté par Cécile de France et Edouard Baer.

Diderot, le philosophe et l’encyclopédiste, avait choisi de relater, dans "Jacques le Fataliste", son roman aux allures feuiletonesques, l’histoire de Madame de la Pommeraye. Une belle veuve, riche et spirituelle, qui entreprit de se venger d’un amant trop volage. Ce conte, qui inspira à Robert Bresson, en 1945, "Les Dames du Bois de Boulogne", est, aujourd’hui, adapté par Emmanuel Mouret, un réalisateur qui, régulièrement, se penche sur la carte du tendre et du désir.

Bande-annonce

Mais c’est la première fois qu’il se lance dans un film d’époque. Et c’est fort bien d’avoir laissé à "Mademoiselle de Joncquières" ses habits, ses décors et sa langue du dix-huitième. Cette langue qui, dite par Cécile de France et Edouard Baer – surtout ce dernier qui passe pour un brillant jouteur verbal –, se savoure comme des macarons de chez Ladurée. Dès les premières scènes, l’intrigue se situe entre "Don Juan" et "Les Liaisons dangereuses". À la différence du premier, la femme n’est pas que proie et victime. Et contrairement au second, la fin est heureuse pour quelques protagonistes au moins.

Où se cache votre cœur?

"Mademoiselle de Joncquières"

Note: 4/5

D’Emmanuel Mouret

Madame de La Pommeraye (Cécile de France), belle et fine, vit dans son château, non loin de Paris. Elle gère sa vie comme bon lui semble et ne fréquente pas la cour de Louis XV. Son principal divertissement réside dans les conversations qu’elle entretient avec le Marquis des Arcis (Edouard Baer). Un homme dont elle ne peine pas à récapituler les conquêtes féminines tant elles sont connues de tous. "Où se cache votre cœur?" l’interroge-t-elle. Le libertin marquis jure qu’il croit en l’amour idéal. L’un et l’autre marivaudent un peu jusqu’à se lancer un pari. D’interrogations sur l’amour, l’amitié et le bonheur, le film n’en manque pas. On aime particulièrement cette réplique dite par Cécile de France: "Un bonheur qui ne dure pas, on appelle ça du plaisir."

Considérons que le rôle de Madame de La Pommeraye est celui d’une femme moderne pour son époque. Son aisance financière et son esprit cultivé lui permettent une confortable indépendance. À l’opposé, Mademoiselle de Joncquières est une jeune aristo sans ressources, condamnée à se prostituer.

"Tel est pris qui croyait s’éprendre."

À l’époque où Diderot plante son histoire, soit 1750, de nombreuses femmes dite de mauvaise vie étaient envoyées de France en Louisiane. Un sort auquel la ravissante Mademoiselle de Joncquières – interprétée par la délicieuse Alice Isaaz – échappe. Cependant, son destin la condamne à être une proie. Et à tout le moins un instrument entre les mains de la si distinguée mais machiavélique et jalouse de La Pommeraye.

C’est, comme on le voit, un peu plus qu’un simple triangle amoureux que ce drame, mis en scène élégamment par Emmanuel Mouret. Qui pose la question de la fidélité au temps du libertinage et de l’honneur des femmes avec l’accent quasi féministe, dans sa prestation, de Cécile de France. Assez actuel en fait. Et avec un finale du type "tel est pris qui croyait s’éprendre".

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