Mais quel mal frappe donc le cinéma français?

Omar Sy et François Damiens dans "Le prince oublié", dernière livraison de Michel Hazanavicius.

Dans "Le prince oublié", Omar Sy, François Damiens et Bérénice Bejo galvaudent leur talent sous la houlette de Michel Hazanavicius, dans une fable trop calibrée. Mais quel mal frappe donc le cinéma français?

Un sympathique veuf raconte tous les soirs une histoire à sa fille, dans un univers merveilleux où il règne en tant que prince. L’histoire terminée, les personnages poursuivent leur existence dans une gigantesque ville-studio. Lorsque la petite tombe sous le charme d’un copain d’école, le papa-prince n’est plus le bienvenu sur le plateau, où il a été remplacé par un jeunot à mèche blonde…

Sur cette bonne idée, "Le prince oublié" enquille les clichés, et se prend les pieds dans le tapis d’une narration en plusieurs couches. Tout est laborieux, appuyé, attendu. Chacun parle bien à son tour en articulant. Et si la partie moderne avance malgré tout, les retours au pays magique sont de plus en plus compliqués à suivre, dans un univers qui se voudrait pixaresque, mais qui n’est que vaguement playmobilien…

La fin du "milieu de segment"

Fin d’année dernière, le journaliste Eric Neuhoff réveillait le Landerneau avec "(Très) cher cinéma français" (prix Renaudot de l'essai). Mais le milieu tire la sonnette d’alarme depuis des années. En 2013, le producteur Vincent Maraval (Wildbunch) dénonçait les cachets disproportionnés de nombreux acteurs.  Tout l’argent disponible aboutit au même endroit: dans des comédies surgonflées, créant une véritable bulle.

Le problème: l’amaigrissement maladif du fameux "milieu de segment", ces films au budget compris entre 2 et 8 millions d'euros.

Les artistes bankables se voient pratiquement obligés de s’orienter vers certains sujets porteurs afin que les films restent finançables. La preuve avec ce film trop calibré et "produit" (24 millions d'euros de budget) où chacun galvaude son talent: le réalisateur Michel Hazanavicius ("OSS 117", "The Artist") mais aussi des acteurs de la pointure de François Damiens ou Bérénice Bejo, réduits à jouer les utilités.

Le problème: l’amaigrissement maladif du fameux "milieu de segment" (les films au budget compris entre 2 et 8 millions d'euros). Jusqu’il y a peu, c’était là que se produisaient la majorité des films ambitieux dans la forme ou le récit. Puis le fossé s’est creusé irrémédiablement. Jusqu’à cette étude publiée début 2019 qui note les films les plus rentables de l’année. Le constat était sans appel : pour minimiser les risques, il faut viser deux types de projets : les minis ou les mégalos. Soit moins de 2 millions d'euros, soit plus de 15… et jusqu’à 65 pour le nouvel "Astérix", que Guillaume Canet doit réaliser.

La recette? Des stars. Des bons sentiments familiaux. Un rythme soutenu. Et des effets spéciaux bling-bling afin d'en avoir pour son argent.

Le tout petit film "L’amour flou" avec Romane Bohringer, la chronique d’un divorce chez les bobos, arrive en tête, grâce à ses 195.000 entrées (pour un budget dérisoire de 440 000 euros), devant des grosses pointures comme "Les Tuche 3" (13 millions de budget pour 5,6 millions d’entrées en salles) ou "Le grand bain" (19 millions de budget, 4 millions d'entrées)

La cible de l'ado en bande

C’est ce genre de réussite que lorgne ce "Prince oublié", qui sent la recette à plein nez. Cette recette? Des stars. Des bons sentiments familiaux. Un rythme soutenu. Et des effets spéciaux bling-bling afin d'en avoir pour son argent. Au nom du consensus espéré, on gomme toute aspérité. Le décideur suprême n’est plus la ménagère de moins de 50 ans mais l’ado en bande qui se décide au dernier moment. Pour lui faire de l’œil, il faut que ça brille (les effets), que ça le rassure (les stars), et que personne ne se sente lésé (les bons sentiments).

Résultat: des films bien trop mous. Et pas toujours rentables! "Rémi Sans Famille" (pourtant un grand classique, avec le rassurant Daniel Auteuil), "Gaston Lagaffe" (un héros hyper identifié), "Le flic de Belleville" (avec Omar Sy) ou "La vérité si je mens! Les débuts" n’ont pas atteint leurs objectifs.

Dans quelle catégorie tombera ce "Prince Oublié"? Le film n’est certainement pas aussi complaisant que certains de ses collègues, ni racoleur, ni de mauvais goût. Mais sa volonté de merveilleux, son casting quatre étoiles et son réalisateur-star méritaient sans doute une toute autre ambition…

Bande annonce du Prince oublié

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