"Mank" nous replonge dans l'univers de "Citizen Kane"

Gary Oldman incarne Herman Mankiewicz dans "Mank" (2020). ©NETFLIX

"Citizen Kane" passe pour le plus grand film de l’histoire du cinéma. Réalisé par Orson Welles, en 1941, il doit beaucoup à son coscénariste Herman J. Mankiewicz alias Mank. David Fincher a choisi de nous révéler l’envers du décor de cet Hollywood-là avec le magnifique "Mank" que diffuse Netflix dès ce vendredi.

David Fincher n’a plus à prouver son amour pour les films d’envergure. Il l’a montré avec "Seven", "Fight Club" et "L’étrange histoire de Benjamin Button" pour ne nommer que ceux-là. Ces dernières années, il préparait son film le plus audacieux peut-être. Un film que seul un véritable amoureux du cinéma pouvait faire. Et son titre se réduit à quatre lettres: "Mank". Comme le diminutif de Herman J. Mankiewicz, l’un des plus prolixes scénaristes américains des années 20, 30 et 40 à qui l’on doit "Le Magicien d’Oz" et "Citizen Kane". Parce que derrière le génial Orson Welles, qui n’avait que vingt-quatre ans au moment où il réalisa "Citizen Kane", se trouvait aussi le talent étincelant de Mankiewicz. Le choix de Fincher est – on le comprend d’emblée – de coller à l’esthétique de "Citizen Kane". Il filme donc lui aussi en noir et blanc. Et du générique de début au générique de fin, tout a l’air de provenir en direct des années 30 et 40. Si la manière de filmer de Fincher rappelle celle de Welles, elle évoque aussi celle de von Stroheim.

Drame

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

"Mank"

de David Fincher

avec Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins.

Disponible sur Netflix dès le 4 décembre .

Grande gueule à la santé fragile

De la même façon que "Citizen Kane" dressait le portrait du magnat de la presse William Randolph Hearst – l’inventeur de la presse à scandales et de ce que les Américains ont appelé le "yellow journalism" –, "Mank" représente ce scénariste. Et ce, durant les soixante jours qui lui restent pour terminer le scénario de "Citizen Kane". Fincher se sert, comme Welles, de flash-back pour raconter le bonhomme et son univers. Son alcoolisme, ses relations avec sa femme, ses rapports avec les pontes des studios et aussi avec Hearst et son entourage. Fincher a l’air drôlement bien documenté sur le fonctionnement d’Hollywood à l’époque. Y compris sur les liens qu’entretenaient les patrons des studios avec le monde politique jusqu’à fournir à certains les images (et les acteurs) pour leurs campagnes.

Le casting de "Mank" est imparable. Gary Oldman pour interpréter Mank semble évident mais l’acteur a visiblement pris énormément de plaisir dans ce rôle d’anti-héros, grande gueule à la santé fragile. Plus étonnants sont, sans doute, les choix des interprètes féminines. Car, on n’attendait pas Amanda Seyfried en Marion Davies, actrice über blonde et maîtresse de Hearst, ni Lily Collins en secrétaire de Mank. Ces acteurs livrent tous des performances bluffantes.

Gary Oldman a visiblement pris énormément de plaisir dans le rôle de "Mank", anti-héros grande gueule à la santé fragile.

Candidat aux Oscars 2021

Considéré comme le meilleur film jamais réalisé, "Citizen Kane" n’obtint que l’Oscar du meilleur scénario. Le film de David Fincher nous apprend que Mankiewicz faillit ne jamais être crédité et aussi que Welles ajouta sa patte au script si bien qu’ils furent, finalement, l’un et l’autre récompensés par cet Oscar. Aux prochains Oscars, qui se tiendront le 25 avril 2021, il y a fort à parier que "Mank" récolte plus d’un prix. Peut-être qu’il pourrait même remporter l’Oscar du meilleur film?

Bande-annonce "Mank"

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés