Marina Foïs, mère courage (malgré elle) dans "Énorme"

Marina Foïs et Jonathan Cohen dans la nouvelle comédie touchante de Sophie Letourneur.

Marina Foïs, en pianiste enceinte jusqu’aux yeux. Et Jonathan Cohen en mari surmaternant. Ce petit film français a tout d’un grand: justesse, drôlerie, émotion. Jusqu’à nous reconnecter à notre part animale.

Claire, génie lunaire, joue dans les plus grandes salles du monde, devant un public suspendu à ses accords. Mais pour assurer le service après-vente dans les soirées mondaines post-concert, c’est au tour de Fred d’opérer, pour enchaîner les sourires, les bons mots et les phrases d’usage. Les semaines passent, à ne plus savoir si on est à New York ou à Hong Kong, au Hilton ou au Méridien. Jusqu’au jour où Fred connaît l’illumination, après être venu en aide à une femme qui accouche dans l’avion. Mais Claire n’est pas tout à fait prête à être enceinte. Un bébé? Elle voit vaguement ce que c’est, mais le concept ne semble pas vraiment s’accorder avec les nocturnes de Chopin… Alors que Fred essaie d’assumer son forfait – il a remplacé la pilule de sa femme par une sucrette –, le corps de Claire se met à se transformer. Une question se pose alors pour Claire: un enfant arrive, certes, mais qui est la mère? 

Comédie

"Énorme"

♥ ♥ ♥ ♥

De Sophie Letourneur

Avec Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou…

Voici un film surprenant, dans le meilleur sens du terme. Un fond indéniable de comédie absurde. Une réflexion sociale très juste. Le tout avec une mise en situation qui sent le vrai à plein nez. Et pour cause, nous dit Sophie Letourneur, la réalisatrice: "Je rencontre de vraies personnes. Quand elles sont d’accord, elles me disent tout de leur vie, par exemple ici la pianiste Célimène Daudet. J’enregistre tout. Ensuite j’écris. Puis je tourne avec les vrais gens, choisis pour leur présence, souvent chez eux, avec une équipe réduite au maximum."

Un parfum de vérité

Tous les personnages, à part les deux acteurs principaux (exceptionnels) sont ici dans leur propre rôle – haptonome, professeur de piano, voisin chamane, gynécologue, jusqu’à la propre mère du futur père. Le format de l’image est presque carré pour encore plus d’immersion, pas de maquillage ni de costumes recherchés, juste un très fort parfum de vérité.

Le portrait qu’on nous brosse n’est pas seulement celui de deux êtres qui basculent chacun dans leur folie, c’est celui d’une époque qui nous a radicalement éloignés de la vérité brute de la maternité.

Le résultat est bluffant: on se laisse embarquer de plus en plus loin, de plus en plus profond dans l’intimité du couple, elle en déni, lui en délire. Le portrait qu’on nous brosse n’est pas seulement celui de deux êtres qui basculent chacun dans leur folie, c’est celui d’une époque qui nous a radicalement éloignés de la vérité brute de la maternité, cette animalité salutaire que la technologie nous confisque de plus en plus. Ici, les pulsions de vie débordent, et c’est une joie de les voir assaillir deux êtres, privés comme nous de toute vérité organique.

Comédie d'auteur

La seconde moitié du film quitte doucement l’Absurdie pour nous entraîner vers un réalisme presque lyrique, où apparaissent les vrais besoins et les réalités profondes des animaux que nous sommes sous la couche sociale, à commencer par l’amour, à tout prix. Cette intrusion disruptive de l’émotion vient nous cueillir à notre insu, alors que les codes du comique et du documentaire sont parvenus à nous faire baisser la garde.

"Je ne cherche pas le gag ni le trait d’esprit, je poursuis ma vision, je cherche. Je fais des films d’auteur, mais de comédie."
Sophie Letourneur
Réalisatrice

"J’ai besoin que ça sonne vrai", nous dit encore la réalisatrice. "La drôlerie aussi, j’aime bien. Je ne cherche pas le gag ni le trait d’esprit, je poursuis ma vision, je cherche. Je fais des films d’auteur, mais de comédie." Des films d’auteur de comédie? Après l’excellent "Effacer l’historique" de Kervern/Delépine, et en attendant "Antoinette dans les Cévennes", mais aussi "Le bonheur des uns…" (avec Foresti, Damiens, Cassel et Bérénice Béjo), elles semblent fleurir, ces fameuses comédies d’auteur. Et rien que ça, c’est énorme.

Bande-annonce "Énorme"

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