Matthias Schoenaerts | L'objet du désir

©Getty Images

Ses attachées de presse le couvent. Ses partenaires au cinéma le couvrent d’éloges. Et Les journalistes veulent toutes (et tous) une photo avec lui. Mais Matthias Schoenaerts reste fidèle à lui-même. Un dur au coeur tendre, comme dans "Le Fidèle", de Michael R. Roskam. Rencontre freestyle.

L'hôtel Manos Premier, un matin, avant la tempête. Le planning de la journée pour la promo de "Le Fidèle", le nouveau film de Michael R. Roskam (après l’hyper consacré "Bullhead" et le demi-flop de "The Drop") est dingue. Des interviews couplées de Matthias Schoenaerts avec Adèle Exarchopoulos, sa partenaire en crime (façon de parler) ou sans elle. Ou elle sans lui. Et du réalisateur tout seul. Il faut bien trois attachées de presse pour manager tout ça. Et trois, c’est parce qu’on est entre Belges. Aux Etats-Unis, il y en aurait cinq… L’une d’elles est allée chercher Matthias chez lui à Anvers. Et il va arriver. Et quand il arrive, il demande s’il peut avoir un spaghetti bolognaise. C’est un détail mais cela donne une idée à ceux qui demanderaient ce qu’il prend au petit déjeuner. À ce stade-ci de sa carrière, qui fut confirmée par le succès international de "De Rouille et d’os" en 2012, l’acteur peut demander ce qu’il veut sans que personne ne trouve la demande étrange. Comme il est poli, il s’excuse de manger pendant l’interview. De rien, on la fera freestyle. "Freestyle, dit-il, j’adore! On doit parler dans l’esprit du film. Avec le cœur."

Comme Gigi l’Amoroso

Dans "Le Fidèle", Matthias campe un homme jeune, très sensible à l’intérieur, très fort à l’extérieur, qui ne trahit jamais ses amis et est prêt à aller loin pour l’amour… "J’aime jouer des personnages que j’aimerais être ou qui vont dans la direction dans laquelle j’aimerais me développer comme celui de ‘Loin de la foule déchaînée’. Ou des personnages qui me fascinent par leurs contrastes. Gigi, que je joue dans ‘Le Fidèle’, cherche la vie à travers l’amour. Et je pense que c’est la seule façon."

Comme Gigi, Matthias est ultraromantique. Et d’ailleurs, il est amoureux. "Cela fait du bien. Je pensais que cela n’allait plus m’arriver." La nouvelle devrait attrister la plupart de ses fans enamourées pour qui Matthias est l’égal de Ryan Gosling.

Croit-il au destin? "Je ne sais pas si c’est le destin mais il y a des énergies. Tout ce que l’on fait à des répercussions. C’est comme une pierre que l’on jette et qui produit des ‘ripple effects’. Si je jette une pierre dans la mer du Nord, il y aura un effet à l’autre bout du monde. Chaque acte que tu poses, it goes until you die." Voilà qu’il parle en anglais. "De temps en temps, c’est plus facile en anglais et pas parce que j’ai envie de faire l’Américain."

"Le Fidèle" a été tourné à Bruxelles et dans ses environs. "Bruxelles, j’y ai vécu. J’ai adoré y tourner. Et j’adore la simplicité des tournages qu’on y fait. C’est moins grand qu’une production internationale. On peut bouger plus vite et il y a moins de pression externe sur le réalisateur. La liberté amène la joie et l’inspiration." Matthias trouve que Bruxelles est très cinégénique. "C’est une ville aux multiples visages. Et culturellement aussi. En fait, c’est une ville incohérente. On dirait qu’elle a été conçue en cinq phases. Il y a des trucs qui ne vont pas du tout ensemble mais c’est ça qui fait Bruxelles."

Le Fidèle - Teaser officiel HD

Rêves prémonitoires

"Le Fidèle" de Michaël R. Roskam ©doc

Tout l’été, Matthias a été fort actif sur Instagram. On pouvait le voir plonger dans les eaux de la Méditerranée ou admirer les couchers de soleil. "C’est mon compte et c’est moi qui m’en occupe. J’aime bien partager. Si on a la chance de parler à vingt mille personnes, on peut partager de belles choses plutôt que des idioties." Enfin, ça, c’était pendant les vacances. Parce qu’il y a eu aussi une photo avec Robert De Niro. Et qu’on a compris, avant l’officialisation de la nouvelle, qu’il allait participer à la série télé que David O’Russell va produire pour Amazon avec Robert De Niro et Julianne Moore. "Oui, ce sont de nouveaux comédiens, dit-il en plaisantant. Ce qui est marrant, c’est que j’ai eu un rêve, dans mon sommeil, où je jouais avec De Niro. J’ai aussi rêvé que je jouais avec James Gandolfini et trois ans plus tard, c’est arrivé." Matthias connaît la filmographie de De Niro par cœur. "Mais regardez les films qu’il a faits! Aucun comédien ne peut dire qu’il a fait autant de films géniaux. Il est hors du commun." Selon lui, Bob De Niro est un artiste avant d’être une star. "Il est généreux. Il a une identité et du style."

À Dominique

"J’ai eu un bon guide. Ma mère. C’est la plus grande école de théâtre du cœur que j’aie pu avoir."
Matthias Schoenaerts

De son côté, Matthias, en moins de dix ans, a réussi à devenir un acteur de statut international. "C’est bizarre. J’y réfléchis de temps en temps." C’est de la chance? "Il faut créer les circonstances pour la chance, rétorque-t-il. Il faut aussi avoir une vision. J’ai fait des choix. Et j’ai toujours choisi ce que j’avais envie de faire et en quoi je croyais. C’était déjà comme ça quand j’avais vingt-deux ans. Et cela m’a mené dans les bons endroits. Après, il faut aussi bosser. Mais si on a la philosophie et la discipline de travail, sky is the limit." N’empêche qu’il y a eu un autre facteur plus personnel encore. "J’ai eu un bon guide. Ma mère. C’est la plus grande école de théâtre du cœur que j’aie pu avoir." Son débit se ralentit et sa voix s’adoucit quand il évoque sa maman, Dominique Wiche, décédée l’an dernier. Des larmes commencent à perler. On va finir l’interview en pleurs, lui et moi. "Elle est présente dans tout. J’adorerais qu’elle soit là!" Sa maman, on s’en souvient, le conseillait sur ses choix de films et aimait lire les interviews qu’il donnait. Selon certains, elle était un peu sa manageuse. "Elle m’a montré l’exemple. Lead by example. Personne ne pouvait la compromettre. Pour vivre comme ça, il faut être courageux. Et on se prend plein de claques parce que la plupart des gens ne sont pas comme ça. Je ne vais pas vous expliquer la nature humaine. Les hypocrites, les jaloux, les vicieux, ils sont partout. Elle est restée droite. Mais c’est la pression des connards qui a foutu le cancer à ma mère. Et moi ce que j’essaie de faire au travers du cinéma, c’est de raconter des histoires qui changent les connards en de bonnes personnes. Comme ça, il y aura moins de connards qui pourront blesser des gens comme ma mère. Si le cinéma peut amener à ça et à la beauté, alors, il a du sens pour moi."

Pourrait-il retrouver un pilier comme le fut sa maman? "Le bon guide, c’est celui qui t’amène à devenir ton propre guide. Et ça, c’était ma mère. Et c’est lorsque je suis arrivé à ce point qu’elle m’a lâché. Elle a tenu avec son cancer durant dix ans. Elle s’est battue jusqu’au bout. Et elle m’a aidé. Ça, c’est l’amour!" Au fond, on ne s’est pas éloignés du thème du film… L’amour. "Le Fidèle" représentera la Belgique dans la course aux prochains Oscars. Cœur avec les doigts!

"Le Fidèle" de Michaël R. Roskam sort le 4 octobre.

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