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"Minari", un tiraillement entre deux cultures

Minari

"Minari", nommé six fois aux Oscars cette année, fait le portrait d'une famille coréenne qui s’installe aux États-Unis, à la force du poignet…

Une grande prairie entourée d’arbres, au beau milieu d'Arkansas. Une longue maison transportable, en préfabriqué, sur roues. Une famille coréenne: le papa, fier de sa trouvaille; la maman pas très rassurée; la fille aînée, concentrée; et le petit dernier qui explore. Tant bien que mal, on s’installe. La journée, les parents accumulent les heures à l’usine de poulets, où ils trient les poussins mâles des poussins femelles. Et le soir, on essaie de mettre à profit quelques heures de lumière pour cultiver.

Lorsque l’on diagnostique au petit une déficience cardiaque, la famille décide de faire appel à l’équipe: la grand-mère arrive de Corée. Mais alors que les enfants apprennent à parler l'anglais et se font même des amis à l’église, l’excentrique vieille femme les projette à nouveau dans cette ancienne culture qu’ils pensaient devoir oublier…

Pour nous raconter cet "entre-deux" aux accents autobiographiques, Lee Isaac Chung dessine de très beaux personnages.

Voici un film qui avance lentement vers son but: les ambiances, les non-dits, les choix impossibles. À quoi ressemblent les tiraillements de ceux qui sont à cheval entre deux cultures? En quoi cette double culture va-t-elle finir par leur apporter l’avantage suprême du relief, de la perspective, de la mise en abyme? Pour autant que cette mise en abyme ne soit pas une mise au tombeau… Car il ne faudrait pas sacrifier sa nature première au profit de son pays d’accueil. Ou se replier pour cause de racisme ambiant.

Comme un cheveu sur la soupe

Pour nous raconter cet "entre-deux" aux accents autobiographiques, Lee Isaac Chung dessine de très beaux personnages. La mère en résistance, tendue comme une corde de violon… Le père obsédé par ses moissons… La fille déjà première en tout, qui embrasse l’Amérique comme une infinie compétition… Et bien sûr la grand-mère, inoubliable de tendresse étouffante, de maladresse. Pour cette composition de "cheveu sur la soupe" (aux yeux de ses petits-enfants qui la voient comme hautement rétrograde), l’actrice Youn Yuh-jung a reçu l’Oscar. Une consécration pour la "Meryl Streep coréenne".

"Minari" nous indique où regarder, par quels interstices la vie se glisse.

De ce film, on retiendra les moments suspendus. Deux enfants qui explorent les abords d’une rivière… Un père accompagné d’un improbable voisin à la recherche d’une source… Le parking d’une grande ville où une famille rejoint sa voiture après avoir reçu une importante nouvelle. "Minari" nous indique où regarder, par quels interstices la vie se glisse. L’air de rien, c’est déjà beaucoup.

Drame

"Minari"

De Lee Isaac Chung, avec Steven Yeun, Yeri Han, Alan S. Kim, Noel Cho, Youn Yuh-jung…

Note de L'Echo: 3/5

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