Mon roi: Vincent Cassel magistral en pervers narcissique

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Éreintée par la critique, Maïwenn nous livre un excellent film sur le couple. Avec un Vincent Cassel magistral en pervers narcissique.

Cannes, mai 2015: la critique française se déchaîne. Maïwenn, dont le "Polisse" avait récolté 13 nominations aux César en 2011 (et 2,5 millions de spectateurs), revenait avec un mélo sur le couple. Un film jugé "complaisant", "faux", "narcissique"… Quelques jours plus tard, à la surprise générale, Emmanuelle Bercot remporte le prix d’interprétation, ex-æquo. La critique française se serait-elle trompée? Et comment!

De Maïwenn

Avec Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel, Louis Garrel, Isild Le Besco, Norman Thavaud…

Certes, on comprend ce qui pourrait irriter ici. Les héros sont parisiens, ils vivent dans des appartements à 3 millions d’euros comme si c’était la norme, ils parlent fort, et font de grands gestes… Car quand Maïwenn se projette, elle peut décider dans quel milieu elle le fait, comme tout artiste. Mais au-delà du parisianisme, ce qui gêne certains esprits chagrins dans les films de Maïwenn, c’est la liberté. Car il faut oublier, ici, les codes habituels du cinéma d’auteur, qui préconise une certaine distance pour mieux observer le monde. Cette distance, Maïwenn a pour habitude de la réduire au minimum. Avec au final, un sentiment de vérité qui tranche avec l’esthétique générale des films auteuristes. Et tant mieux.

Maïwenn apporte un regard sur le couple, et sur une époque où l’esbroufe est reine.

Tony, 45 ans, est en revalidation pour un genou abîmé. Elle s’applique aux exercices qui lui permettront, un jour, de remarcher. Et elle se souvient. Cette nuit-là, elle est en boîte de nuit avec son frère et sa belle-sœur. Elle crée le contact avec un beau grand brun, qu’elle a connu autrefois. Sur le trottoir, il la reconnaît, et invite tout le monde à petit-déjeuner chez lui. L’homme est drôle, libre, et Tony tombe dans ses bras. Les jours suivants, elle a du mal à assumer cet amour. Elle n’y croyait plus. Surtout que Georgio veut l’épouser, et lui faire un enfant. Mais Tony doute. Est-ce qu’elle n’est pas en train de se faire avoir par un beau parleur? Tout cela n’est-il pas trop beau pour être vrai? Georgio, lui, va toujours plus de l’avant. Avec sa grandiloquence naturelle, il enchaîne les gestes forts, et voici les deux tourtereaux de partager le même appartement. Quelques semaines plus tard, Tony est enceinte et la grande aventure commence…

Questions essentielles

Maïwenn sait ce qu’elle fait. Elle a ce don pour la narration, tellement sensible dans "Polisse", ce don pour vous emmener sur les vagues successives de la narration, des vagues qui vous rapprochent chaque fois un peu plus des personnages qu’elle veut raconter. Chez elle, le climax est assumé, les émotions sont tranchées, elle ne fait pas dans la dentelle. Pour arriver à ses fins, l’improvisation est reine. Cassel, parfaitement à l’aise, campe ici un séducteur invétéré. Mais qui dès le début met toutes les cartes sur la table. Bercot dessine le profil subtil d’une femme sensible, et qui assume être séduite par un homme solaire, voire dominant. Mais jusqu’où la domination masculine est-elle séduisante? Quand cesse-t-elle d’être un jeu?

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Maïwenn pose ces questions essentielles tout en faisant le portrait de cet animal étrange: le couple. La force de la réalisatrice est de nous placer exactement dans la position de la "victime". Tout comme Tony, nous tombons sous le charme du flamboyant Georgio, de ses bons mots, de son narcissisme enfantin, de ses colères. Et lorsqu’il faut prendre les décisions qui s’imposent, il est trop tard: nous sommes séduits.

Parmi les contrepoints, d’excellents seconds rôles, dont un hilarant Louis Garrel, en frère de Tony. Sans oublier Norman Thavaud (l’homme au milliard de clics de "Norman fait des vidéos"), en compagnon de rééducation en piscine. Chacun apporte sa petite pierre à un édifice où se marient liberté et vérité. Un regard sur le couple, et sur une époque ou l’esbroufe est reine. Mais aussi une bouffée d’air frais dans un paysage cinématographique français parfois bien trop sage.

Mon roi: la BO

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