Noir c’est noir (mais il y a de l’espoir)

Jean-Pascal Zadi, devant et derrière la caméra. ©Copyright 2020 GAUMONT – C8 FILMS

Prémonitoire. Percutant. Salutaire… même si un peu maladroit dans sa réalisation. Voici un brûlot aussi drôle que glaçant sur la place de "l’homme noir".

Un film pour le moins atypique débarque aujourd’hui sur les écrans. Ce faux documentaire sur un humoriste/rappeur/acteur qui essaie de mobiliser les troupes pour sa marche anti-raciste a de quoi nourrir le débat, dans un contexte "Black Lives Matter". Sur un mode humoristique, mais néanmoins percutant. Activiste ou opportuniste? C’est la question que pose une chroniqueuse télé dès la bande-annonce du film, en évoquant le protagoniste. La réponse: ni l’un ni l’autre, mais "tout simplement noir"…

Punchlines et situations fortes se succèdent.

Jean-Pascal Zadi (dans son propre rôle), est un grand gaillard, dans les 35 ans. Depuis son appartement, il répond au réalisateur qui va le suivre ces jours prochains, afin de documenter son combat pour faire entrevoir le quotidien de "l’homme noir". Il évite de revenir sur ses différentes carrières artistiques avortées afin de se concentrer sur "son combat"… Hélas, les différentes personnalités du showbiz qu’il va bientôt solliciter ne le rejoignent pas sur tous les points, loin s’en faut. Et refusent même de relayer l’info "sur Insta". Combattre les idées reçues, le communautarisme et la stigmatisation, c’est bien. Cautionner les grandes phrases à l’emporte-pièce d’un revendicateur pas toujours très calme, c’est autre chose…

Un air de "Borat"

Les punchlines et les situations fortes se succèdent. Derrière l’approche comique, on nous rappelle qu’à l’abolition de l’esclavage, seuls les maîtres ont été dédommagés, pas les esclaves. "Quand part le prochain bateau négrier, j’ai pas les horaires?" demande l’agitateur, déguisé en esclave et chargé de chaînes. En chef africain, il montre aux habitants de Saint-Malo ce qu’est la colonisation: aux terrasses, poussant l’accent, il se sert à même les tables, "donne-moi ton verre, j’ai soif". En tirailleur africain dans une librairie, il dénonce l’absence d’ouvrage sur le sujet. Sans jamais créer un buzz digne de ce nom…

Toutes les saynètes ne font pas mouche mais elles ont de quoi marquer les esprits.

Dans une forme proche de celle du "Borat" de Sacha Baron-Cohen, mais en un peu moins réussi, les saynètes s’enchaînent où le héros joue les candides. Toutes ne font pas mouche, mais qu’importe, car toutes ont de quoi marquer les esprits. Celle notamment du casting, où on lui demande d’incarner l’éternel "dealer violeur converti à l’islam". Le directeur de casting évoque une "crispation banlieusarde, mais néanmoins sincère". La violence, tu connais? demande-t-il, comme si la couleur de la peau suffisait à résumer tout le passé de l’acteur en face de lui…

Structure gigogne

De nombreuses séquences sont destinées à faire école: Joeystarr qui essaie de comprendre si les Blancs et les métisses seront les bienvenus à la fameuse marche (JP arguant qu’ils ne sont pas "interdits", mais "déconseillés")… Ou celle où les Africains du Nord (Ramzy en tête) essaient de récupérer l’événement à leur profit, même si "les imams, c’est pas good vibe".

Au final, le film tient la route, malgré sa structure casse-gueule en forme de gigogne où règne l’éternel recommencement de l’échec annoncé de la fameuse marche. On frôle parfois la maladresse ou le surjeu. Certains parleront peut-être d’indécence. Mais au passage, le film possède un mérite énorme: nous faire réfléchir sur un sujet grave en utilisant une arme puissante entre toutes, l’humour.

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"Tout simplement noir", de Jean-Pascal Zadi et John Wax. Avec Jean-Pascal Zadi, Joey Starr, Mathieu Kassovitz, Omar Sy, Ramzy Bedia, Eric Judor, Fary…

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