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Ôde au jazz sur fond de duel psychologique

©Photo News

Dans "Whiplash", le réalisateur américain Damien Chazelle pousse un jeune prodigue du jazz à se dépasser sous l’égide d’un professeur tyrannique. Jusqu’où ira-t-il? Attention, climax explosif!

L’extrême jubilation que celle de savoir dès les premières secondes que vous êtes face à face avec ce que vous attendiez. "Votre" film. Pas celui qui plaira au voisin. Pas celui que vous verrez demain. Pas celui qui fera l’unanimité auprès de vos amis (encore que…). Non. Celui qu’il vous faut, là, maintenant. La promesse vient de vous en être faite, juste un ado qui répète un air de batterie dans une école d’art déserte… Les décors pourraient ressembler à ceux de "Fame". L’ado mal dégrossi, avec sa bouche entrouverte et son nez trop long, semble tout droit sorti d’un film des années 80. Mais qu’importe, le chasseur de films que vous êtes au fond a tressailli. Il a flairé le bon morceau. Il tient sa proie.

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Andrew, 18 ans, a intégré la classe de jazz de la fameuse Shaffer School, à New York. Il fait partie de plusieurs bands qui répètent inlassablement les mêmes morceaux. Jusqu’au jour où le Pr. Fletcher, la terreur des couloirs, fait un pas dans la classe déserte pour l’entendre jouer son double time swing. Pas un morceau entier, non. Pas même quelques mesures. Juste ses rudiments, son toucher, son double time swing. Le lendemain, voici Andrew convoqué à 6 h du matin. Mais le cours ne commence qu’à 9 h. C’était juste un test, parmi tous ceux qui à présent vont émailler sa vie. Au milieu de la matinée, Fletcher lui demande de saisir ses baguettes, lui qui n’était qu’assis derrière le titulaire du poste, à tourner les pages. Au programme: "Whiplash", un morceau virtuose qu’on est censé pouvoir jouer à un tempo très élevé. Andrew sait que voici un test de plus. S’agit-il encore de musique, ou d’un combat d’egos? Quoi qu’il en soit, Andrew est déterminé à vendre chèrement sa peau.

Jeune premier contre ténor expérimenté

"Whiplash" mélange les genres. Film d’initiation, film d’école de musique, film musical, c’est aussi un film de duel. Hautement physique   le sang coulera sur les caisses claires   mais aussi hautement psychologique. La barrière entre les gentils et les méchants se déplacera plusieurs fois. Le film est surtout une invitation à jouir de tous les effets les plus vivifiants du cinéma: surprise, rebondissement, identification, prise de conscience, révolte.

Une joute initiatique, musicale et violente… Le sang coulera sur les caisses claires.

Pour jouer une partition aussi complète, il fallait bien sûr un jeune premier à la carrure particulièrement large. En l’occurrence, le jeune acteur Miles Teller qui prépare d’ailleurs pour l’année prochaine le rôle du boxeur brisé Vinny Pazienza ("Bleed for this"). Ni trop belle gueule, ni trop "jeune soliste", il fallait surtout que Miles   un nom prémonitoire pour jouer un jazzman   soit capable d’un certain répondant face au ténor J. K. Simmons. Révélé au grand public par son rôle de rédacteur en chef qui donne sa chance au Peter Parker de "Spider Man", Simmons était déjà dans le collimateur de tous les fans de "O.Z.". Cette série de prison signée H.B.O. datant de 1997 est considérée par certains comme celle grâce à qui la mode des séries de qualité est revenue sur le devant de la scène. Simmons y incarnait le chef du clan des "fascistes blancs" avec une conviction qui laissait supposer un réel passé derrière les barreaux.

Succès critique mondial

À la réalisation, un jeune homme de moins de 30 ans, Damien Chazelle. Après des problèmes de production, il décide il y a deux ans de tourner un court-métrage, déjà intitulé "Whiplash". Succès à Sundance. Il parvient donc enfin à monter le projet en long, mais avec un budget au cordeau: tournage en 19 jours seulement. Aujourd’hui, le succès critique est mondial. Le pari, gagné.

Whiplash

19/20

De Damien Chazelle

Avec Miles Teller, J.K. Simmons…

Au fur et à mesure que se resserre son intrigue, Chazelle raréfie l’air et la lumière. Ses cadres se font plus abstraits, plus tranchants. Sa bande-son martèle, assène ses coups, jusqu’à nous laisser, comme les protagonistes, pas loin du K.O.

À Toronto, cet automne, la salle a fini debout. Pas pour montrer son plaisir par une standing ovation destinée aux membres de l’équipe présents, comme ça se fait poliment à Cannes. La dernière image et la dernière note ont provoqué dans les genoux des spectateurs ce réflexe pavlovien tel qu’il se déclenche la fin d’un concert particulièrement prenant, où il vous faut participer en collant le bruit de vos mains qui s’entrechoquent à celui de la musique qui s’éteint, comme pour dire "J’étais là. J’ai tout vu.Sortie de "Whiplash" dans les salles belges ce mercredi 18 février.

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