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Oliver Stone: "Attaquer la politique étrangère américaine, la CIA, l’armée, ça crée des problèmes…"

Oliver Stone à Cannes pour la présentation de son documentaire: "JFK Revisited : Through the Looking Glass". ©AFP

Présent à Cannes cette année, le réalisateur américain de 74 ans revient sur l'assassinat de Kennedy à la lueur de nouveaux documents déclassifiés et de son fascinant documentaire, “JFK Revisited : Through the Looking Glass”.

S’il y a un réalisateur qui a consacré sa carrière à la politique américaine, c’est bien Oliver Stone. Nixon, JFK, Bush, la guerre du Vietnam ou encore Wall Street sont quelques-uns des sujets qu’il a abordés. Voici qu’il revient avec un documentaire (lire ci-contre) qu’il vient de présenter au Festival de Cannes où nous l’avons rencontré. «JFK Revisited: Through the Looking Glass» est consacré à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy en 1963 et fait suite à «JFK», son long-métrage sorti en 1991. Depuis 30 ans, de nombreux documents ont été déclassifiés et plusieurs d’entre eux confortent les thèses que Stone développait dans son film. Aujourd’hui comme hier, le monstre sacré du cinéma américain bat en brèche la version officielle, appuyée par la Commission Warren, faisant de Lee Harvey Oswald l’unique assassin du Président américain. Rencontre.

C’est un film très dense qui fait deux heures. Deux heures de politique sur un dossier complexe. Quel public pensez-vous toucher avec "JFK Revisited: Through the Looking Glass"?

Je l’ai fait parce que je devais le faire. Si personne ne va le voir, c’est ainsi, mais je pense que c’est une affaire importante. Certaines personnes peuvent ne pas être d’accord, et beaucoup sont nés après les faits, mais c’est important pour les Américains qui ont une position dominante dans le monde et des stratégies de contrôle dans tous les pays. Comment les États-Unis en sont arrivés là et où en sont-ils maintenant? La réponse est dans le film. C’est aux gens maintenant de s’y intéresser… ou pas. Certains se disent: «Il a été tué, je l’accepte, mais le monde a changé, il y a d’autres leaders»… Fort bien, mais ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment cela s’est déroulé pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

JFK Revisited: Through the Looking Glass | Exclusive Clip | Altitude Films

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez au moment de l’assassinat?

Oui, bien sûr. J’étais étudiant dans un internat, enfermé loin de là. On a tous vu la nouvelle à la télévision. Nous étions atterrés et en deuil. C’était un beau jeune président et sa mort fut un choc pour le monde entier. Je ne savais rien au sujet de l’affaire avant 1988, avant d’acheter le livre de Jim Garrison, «JFK, affaire non classée» (sur lequel Oliver Stone s’est basé pour réaliser «JFK», en 1991, NDLR).

Dans votre nouveau documentaire, vous dites que "JFK" a eu un impact sur la déclassification puisqu’elle a en partie démarré suite à la sortie du film. Qu’avez-vous ressenti face à l’impact qu’a eu votre film?

J’étais surpris. Je pensais que c’était quelque chose qui appartenait au passé, que c’était terminé. Grâce à Jim Garrison, j’ai eu l’envie de revenir sur ce fait historique. Mais plus je creusais, plus mes recherches avançaient, plus la portée du film devenait vaste. Comme quand Kevin Costner rencontre le personnage de Donald Sutherland, on entre dans une autre dimension (le mystérieux Mr. X donnant les clés du puzzle au procureur Garrison, NDLR). J’adorais le film «Z», de Costa Gavras, quand j’étais étudiant et je voulais faire un film de ce genre. Quand je me suis intéressé à l’affaire, j’ai compris qu’elle avait une dimension plus globale.

"Comprendre pourquoi Kennedy a été tué est bien plus important que comment et par qui. C’est vraiment ce qui m’a excité à ce moment-là."
Oliver Stone
Réalisateur

Comprendre pourquoi Kennedy a été tué est bien plus important que comment et par qui. C’est vraiment ce qui m’a excité à ce moment-là. Puis c’est devenu politique: ils m’ont attaqué pour avoir suggéré des choses comme le fait que JFK voulait se retirer du Vietnam. Mais l’Histoire et les éléments de preuve tendent à se ranger de notre côté. Kennedy allait se retirer du Vietnam, c’est indéniable. Les historiens américains maintiennent que Lyndon Johnson se situe dans la continuité de Kennedy, mais c’est faux.

Quelle était la chose la plus choquante que vous ayez apprise en faisant cette enquête et que vous ignoriez au moment de réaliser le film?

Toutes les preuves de l’ARB (Assassination Review Board, NDLR) clarifient ou renforcent ce qui était déjà sorti auparavant: les corrections de la Commission Warren, les preuves originales qui ont été corrompues comme la balistique, le fusil, la balle, les empreintes digitales, l’autopsie,… L’autopsie était un bordel dégueulasse et ils s’en sont sortis malgré tout! Aujourd’hui cela n’arriverait plus mais à l’époque… Il y a aussi des témoignages qui n’étaient pas les mêmes en 1964. Les trois dames qui se trouvaient dans le bâtiment depuis lequel Oswald a tiré m’ont dit, en 1991, que leur témoignage avait été modifié. Beaucoup de gens se sont sentis menacés.

JFK (1991) Official Trailer - Kevin Costner, Oliver Stone Thriller Movie HD

Tout ce que vous dites à propos de Lee Harvey Oswald est hallucinant…

Je savais tout cela à l’époque, mais, grâce à la déclassification, c’est officiel. On sait qu’il était déjà surveillé par le FBI, entre 1958 et 1963. C’était un atout et Oswald le savait. Son comportement après l’assassinat était incroyablement clair. Quiconque aurait assassiné le Président pour raisons politiques l’aurait revendiqué haut et fort. Tout l’inverse de Lee Harvey Oswald.

Il est surprenant que vous n’ayez pas reçu de financement aux États-Unis pour monter le film. Pensez-vous que la situation des réalisateurs politiques s’est aggravée ces trente dernières années?

À certains égards, oui. Attaquer la politique étrangère américaine, la CIA, l’armée, ça crée des problèmes…

"Quiconque aurait assassiné le Président pour raisons politiques l’aurait revendiqué haut et fort. Tout l’inverse de Lee Harvey Oswald."
Oliver Stone
Réalisateur

Pensez-vous qu’avoir réalisé un film sur Edward Snowden, en 2016, considéré comme un ennemi de l’État, a affaibli vos possibilités de produire ce film-ci?

Probablement. Et j’ignore pourquoi: Snowden était un patriote. Il a fait du bien à ce pays en révélant des informations très importantes – nous sommes surveillés! Il a fait du très bon boulot. Assange a été encore plus loin avec ses câbles diplomatiques. Je suppose que le public américain ne veut pas savoir et se met la tête dans le sable comme une autruche.

Finalement, peut-on résumer l’affaire en disant que JFK a été assassiné parce que la paix est ennuyeuse et qu’elle ne rapporte pas assez d’argent?

On peut dire ça oui. Il voulait la paix et a réussi à l’apporter quand c’était possible. En faisant cela, il en a énervé quelques-uns. La CIA était impliquée dans quantité de coups et de tentatives d’assassinat, dont celle sur le général De Gaulle, en 1962. Dulles (premier directeur de la CIA et membre de la Commission Warren, NDLR) détestait De Gaulle. C’est fascinant! Et, bizarrement, personne ne veut rien savoir de tout cela.

©Camelot Productions

Oliver Stone replonge dans l’affaire, 30 ans plus tard

L’assassinat de JFK ne cesse de fasciner et rebondit sans cesse car la thèse officielle qui fait de Lee Harvey Oswald le seul tireur et instigateur de l’attentat a toujours été bancale. La Commission Warren, créée en novembre 63, sept jours après l’assassinat, pour faire toute la lumière sur l’affaire, n’a pas réussi à convaincre.

Entre le film de 1991 réalisé par Oliver Stone et son documentaire présenté à Cannes, beaucoup de documents ont été déclassifiés et confirment certaines thèses étayées depuis longtemps. Des témoignages et timings ne concordent pas, la trajectoire de la magic bullet (la balle qui aurait causé sept blessures sur Kennedy mais aussi le Gouverneur présent devant lui, dans la voiture) est aberrante. Quant aux procédures de conservation des preuves, elles ne sont pas conformes et on sait avec certitude qu’Oswald était sous surveillance du FBI depuis des années.

Le documentaire d’Oliver Stone ne s’arrête pas à ces détails. Il tente aussi d’expliquer les causes de l’assassinat. Pourquoi JFK a-t-il été la cible de certaines agences de son propre pays? La paix n’est pas vendeuse et la politique étrangère de JFK allait à l’encontre des stratégies de la CIA, conclut-il tout simplement.

Au vu de tous les éléments passés au crible dans le film, il est plus difficile encore d’accréditer la thèse officielle. Quoi qu’il en soit, «JFK Revisited» est un documentaire passionnant, à voir absolument, en espérant qu’il soit bientôt disponible chez nous…

Documentaire

«JFK Revisited: Through the Looking Glass»
Oliver Stone, réalisateur.

Whoopi Goldberg et Donald Sutherland, narrateurs

Note de L'Echo: 5/5

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