On ira tous au… cinéma!

Le nouveau James Bond, "No Time to Die", sortira le 11 novembre au lieu du 8 avril. ©Photo News

Ce n’est pas parce que les salles sont fermées que les films ont cessé d’exister. Que du contraire: nous n’avons jamais autant "consommé" qu’en cette période confinée. Aujourd’hui, l’avenir nous tend les bras. Alors qu’est-ce qu’on fait?

1. On ronge son frein et on attend la réouverture des salles

… en se disant que si on peut prendre le métro aux heures de pointe, on va sûrement très bientôt pouvoir aller voir un film en respectant les prérogatives. Dès que les autorités auront statué sur le nombre de places vides, la quantité de gel disponible, et d’éventuels entractes, ce sera le grand retour – qu’on espère officieusement pour la mi ou la fin juillet.

Mais pour voir quoi? Les grands studios américains l’ont déjà fait savoir: pour eux, le plus rentable est de renvoyer les blockbusters aux calendes grecques, c’est-à-dire à la toute fin de l’année 2020, voire en 2021. Pourquoi? Parce que – piratage oblige – il faut organiser des sorties mondiales, et que ça ne s’improvise pas. Pour être rentables, ces films doivent profiter d’une savante campagne de sensibilisation du public, par la pub, les réseaux sociaux, etc., suivant un marketing très strict. Le James Bond "No Time To Die/Mourir peut attendre" initialement prévu le 8 avril est donc remis au 11 novembre. Idem pour le nouveau Batman avec Robert Pattinson (remis au 29 septembre… 2021!), ou le nouveau et très attendu Pixar "Soul" (remis lui au 29 novembre).

Pour être rentables, les blockbusters doivent profiter d’une campagne de sensibilisation du public, suivant un marketing très strict.

Alors, qu’est-ce qui sortira? Pas évident à savoir. Car les films sont soumis à la célèbre "chronologie des médias", qui prévoit un laps de temps entre chaque stade de l’exploitation. En l’absence du festival de Cannes, pas de films qu’on nous présenterait "dans la foulée" en profitant d’une exposition sur la Croisette. Par contre, on peut compter sur une ressortie des films sortis début mars. Et sur quelques grosses pointures qui n’ont pas été officiellement déprogrammées ("Mulan", toujours prévu pour le 22 juillet, ou le très attendu nouveau Christopher Nolan, "Tenet" – sortie prévue le 15 juillet… en Indonésie du moins). Parions également sur l’inventivité de distributeurs prêts à tenter des sorties lors de cette fenêtre de réouverture, où la concurrence ne fera pas rage…

La bande-annonce du nouveau James Bond

2. On va tous au drive-in avec du pop corn 

Ce 19 mai en plein Bordeaux, plus de 200 voitures et ses occupants sont venus assister à "Whiplash". Résultat: beaucoup d’étoiles dans les yeux, pour des spectateurs heureux de sortir de chez eux, de partager une aventure qui consiste à regarder tous au même endroit, pour un spectacle qui "apporte du sens"… Et tant pis si c’était chacun dans son habitacle.

La bande-annonce de Whiplash

Une initiative déjà critiquée, par les amoureux de la nature: beaucoup de voitures doivent garder le moteur allumé pour capter le son via la radio. Et même par les exploitants de salles, qui craignent que ça nous éloigne de l’urgence: la réouverture tant attendue…

3. On se rabat sur Netflix et ses consœurs  

On s’en serait douté: les plateformes ont connu un boom en mars et avril. Mais les experts décrivent plutôt l’accélération d’un mouvement attendu de toute façon. Selon un sondage Hadopi réalisé en France, 63% du public confesse regarder plus de films sur les plateformes de vidéos à la demande qu’avant le confinement.

Aux États-Unis, la VOD a même remplacé la sortie en salles, notamment pour "Trolls World Tour" qui a rapporté pas moins de 100 millions de dollars. Universal crée ainsi un précédent, en partenariat avec Apple, et pour le prix de 19,99 dollars. Un système dénoncé par les exploitants de salle, qui y ont vu un "futur manque à gagner".

La VOD désormais totalement incontournable pour les sorties? Les experts hésitent à parler d’un véritable changement dans les habitudes du public. En cause: le succès seulement relatif des plateformes aux États-Unis (près de 30% du public n’y a pas recours, et 30% que "très rarement"). Et bien sûr le goût pour la salle confirmé par une récente étude du CNC, notamment en francophonie, où le cinéma reste l’événement culturel majeur (213 millions de tickets vendus en France en 2019, un record), celui qui permet de "se situer socialement" – et de refaire le monde avant, pendant et après le film.

On notera toutefois l’accord historique signé ce 21 avril pour une cinquantaine de films, entre Netflix et le producteur/distributeur français MK2, réputé très qualitatif. L’occasion pour la plateforme américaine d’attirer l’attention des cinéphiles. MK2, c’est synonyme de François Truffaut (pour 12 films), Jacques Demy ("Les parapluies de Cherbourg"), David Lynch ("Mulholland Drive"), ou Charlie Chaplin ("Le Dictateur"). Un accord qui ne concerne que la France – ou les heureux membres de Netflix qui possède un compte officiellement français.

4. On se réjouit des futurs festivals

Cannes a (partiellement) jeté l’éponge, tout en gardant une Sélection Officielle pour juin, et une délocalisation dans d’autres festivals. 

100
millions $
Aux États-Unis, la VOD a remplacé la sortie en salles, notamment pour "Trolls World Tour" qui a rapporté 100 millions de dollars.

On vient d’apprendre que la Mostra de Venise garde bel et bien ses dates: du 2 au 12 septembre. On parle d’une sélection sans doute réduite, mais d’autres observateurs évoquent un effet d’aspiration: Venise et Toronto pourraient bénéficier de l’absence de Cannes pour étoffer encore leur offre.

En Belgique, plusieurs festivals du printemps sont déjà remis à l’automne. Nous avons dû nous passer à contrecœur des zombies du BIFFF, mais le BRIFF (Brussels International Film Festival) se tiendra bien du 3 au 13 septembre.

DANS L'ATTENTE D'UN FEU VERT

La crise sanitaire a touché les films à tous les stades, nombreux, de leur fabrication et de leur exploitation. En début de chaîne, l’arrêt brutal des tournages. À commencer par l’emblématique "Mission Impossible": ce cher Tom Cruise n’a pas pu profiter du carnaval de Venise comme c’était prévu. Beaucoup de films ont dû s’arrêter également en pleine postproduction. C’est le cas chez nous du nouveau Stephan Streker ("Noces") qui était au stade du mixage, ou du nouveau Bouli Lanners tourné en Écosse; des films que beaucoup espéraient découvrir à Cannes…

La difficile reprise des tournages

Aujourd’hui de nombreuses questions se posent quant à la reprise des tournages interrompus… Tout le monde ne peut pas intégrer la crise sanitaire à son scénario comme le fait la série "Les Mystères de l’amour" où les acteurs portent des masques… et les personnages aussi! Le nouveau film de Pierre Salvadori, par exemple, a été partiellement réécrit pour se situer surtout en extérieur, où les règles sont moins strictes… Tous les autres attendent le feu vert des maisons de production… qui attendent le feu vert des assureurs, pour qui le virus est souvent une nouveauté qu’on ne sait où caser, à part à la rubrique "non assurable".

Résultat: on imagine des tournages moins risqués, avec de plus petites équipes. Pour continuer à exercer leur activité, les producteurs vont-ils devoir prendre eux-mêmes tous les risques, comme dénoncé par Eric Altmeyer dans le Figaro? Des cas inimaginables il y a quelques semaines à peine, où la production serait à présent contrainte d’intégrer dans le modèle des retards voire des annulations éventuelles liées à une star "empêchée" par la maladie.

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