Où est passé le cinéma américain?

©REUTERS

L’événement culturel le plus médiatisé de la planète, le festival de Cannes, s’ouvre ce mardi soir. La fin de Weinstein se fait sentir et la rupture est consommée avec Netflix. Reste un festival très pointu qu’aimantent quelques films hors compétition.

Stupéfaction. C’est le sentiment qui s’est imposé dans l’étroit milieu de ceux qui font les films (et même de ceux qui les regardent), lorsque ce 12 avril fut annoncée la sélection officielle. Sur les 20 et quelques films, tous les réalisateurs (dont deux réalisatrices, ouf!) étaient inconnus du grand public, mis à part le dinosaure Jean-Luc Godard et le revenant Spike Lee. Les autres? Des noms connus des seuls cinéphiles (Farhadi, Kore-eda…) et encore.

Une sélection qui ressemblait plus à celle d’un festival d’avant-garde qu’à ce que Cannes est censé être: la crème de la crème. Et les mauvaises langues de s’empresser de sous-entendre qu’à présent qu’Harvey Weinstein est hors du coup, l’Amérique n’a plus grand-chose à Cannes. Car seuls deux réalisateurs américains concourront pour la Palme d’or: Spike Lee et David Robert Mitchell (remarqué grâce à "It follows").

Pour les stars et le glam, l’observateur assoiffé de paillettes se précipitera donc vers le jury. Bien que, là non plus, ça ne fasse pas rêver les paparazzis. À part Madame la Présidente (Cate Blanchett) et sa dauphine (Kristen Stewart), il ne faut pas compter sur Robert Guédiguian et ses discours gaucho-moralisateurs (mais vrais) pour lancer la fiesta cannoise.

Alors, il reste quoi? Les films Hors Compétition, pardi. C’est dans ce fourre-tout bien utile que Thierry Frémaux et Pierre Lescure ont rassemblé ce qui risque de véritablement faire le buzz.

  • "Solo", le nouveau Star Wars Story (réalisé par Ron Howard quand même!)
  • Le premier film de Gilles Lelouch – avec un casting de folie: Poelvoorde, Efira, Amalric, Anglade, Canet
  • Le film maudit de Terry Gilliam sur Don Quichotte enfin terminé – on se souvient du documentaire sur le tournage interrompu pour cause de catastrophe naturelle avec le regretté Jean Rochefort dans le rôle-titre (proposé en clôture)
  • Et bien sûr le nouveau brûlot signé Lars Von Trier. Le Danois fou était persona non grata à Cannes depuis des propos sur Hitler en 2011, où il avait manié la provocation à la truelle.

Et les Belges, dans tout ça?

Qu’avons-nous à briguer cette année? Il faut se tourner vers les sélections parallèles pour trouver les authentiques productions belges (entendez, pas les coproductions avec d’autres pays, une spécialité chez nous). À Un certain regard, le jeune Flamand Lukas Dhont a été sélectionné pour son premier film "Girl", qui concourt donc pour la prestigieuse Caméra d’Or. L’histoire de Lara, 15 ans, qui se rêve danseuse étoile, mais qui est "née dans un corps de garçon".

Côté belge, on retrouvera le jeune Flamand Lukas Dhont dont le premier film "Girl" est sélectionné dans la catégorie "Un certain regard". ©Photo News

De son côté, et deux ans après "Keeper", Guillaume Senez nous proposera de suivre le quotidien d’un père livré à lui-même (Romain Duris), qui doit faire face seul à tout le quotidien. "Nos batailles" sera présenté à la Semaine de la Critique. Un troisième film belge attire l’attention, présenté au festival off, la programmation Acid. "Seule à mon mariage" nous immerge dans la vie d’une jeune Rom au caractère bien trempé.

Sans Netflix

Cannes, ce n’est pas seulement l’occasion de découvrir des films, c’est aussi le moment de prendre des nouvelles de la santé du cinéma, au sens large. L’année dernière, c’était la polémique Netflix qui était sur toutes les lèvres, posant implicitement la question cruciale: qu’est-ce qu’un film? Doit-il être projeté dans une salle pour obtenir le label "cinéma"? Le festival a tranché en changeant son règlement pour l’édition 2018. Dorénavant, il faudra que les films sortent bel et bien en salles sur le territoire français pour être sélectionnables.

Hors de question de respecter une chaîne des droits qui ferait perdre près de 30 mois au géant californien. Restait la possibilité du Hors Compétition, solution déclinée par Netflix, qui espère cependant "faire la paix avec le Festival". Le divorce semble consommé entre la plateforme aux 125 millions d’abonnés (and growing) et un festival qui s’affiche cette année comme plus pointu que jamais…

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