"Ouvrir les gens à notre cinéma"

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Ce samedi a lieu la 5e cérémonie de remise des Magritte, des récompenses qui ont un impact positif sur la notoriété de notre cinéma.

Les Magritte, ce sera ce samedi 7 février, au Mont des Arts. La 5e édition de cette plantureuse cérémonie, qui entend célébrer le mariage entre le petit monde du cinéma belge et le grand public. Rencontre avec l’un des cerveaux derrière les Magritte: Patrick Quinet, Président de l’Union des Producteurs de Films Francophones (UPFF), et membre du conseil d’administration de l’Académie André Delvaux.

Comment les Magritte sont-ils nés?
Notre espérance était de faire en sorte que le cinéma belge puisse mieux communiquer avec son public, en cassant les a priori qui voulaient que notre cinéma soit ennuyeux. Créer un événement très identifié, pour dire aux gens: il y a aussi des films d’action, des comédies, des polars, de tout. Une vraie diversité. Avant la première édition, on a senti des réticences de la part du milieu. Ça partait dans tous les sens: "ça ne marchera jamais, les paillettes ce n’est pas la Belgique, les gens ne vont pas se reconnaître, il ne faut pas se prendre au sérieux, à quoi ça sert de se congratuler entre nous?", etc. Donc on a voulu créer un événement qui soit évidemment glamour, mais aussi simple et ludique.

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Quel est le bilan après 5 ans?
Aujourd’hui on constate que le nom et le concept sont bien inscrits dans la tête des gens. Les Magritte sont synonymes de fête, de diversité, et de qualité… On fait chaque année des sondages, qui montrent que les gens identifient beaucoup plus de comédiens, qu’ils ont en tête beaucoup plus de titres de film qu’auparavant. En terme de notoriété, le contrat est rempli. Ensuite, on espérait que ça se traduise par une hausse de la fréquentation en salles. Là, c’est notable, mais encore trop léger. On constate le début de quelque chose, un frémissement. En VOD notamment, il y a plus de clics qu’avant pour voir des films belges. Mais ce genre de démarche s’inscrit dans le long terme, il faut plus de 5 ans pour en récolter tous les fruits.

Quels sont vos plans d’action?
Les Magritte c’est très bien, mais c’est une fois par an. Les paillettes, le tapis rouge (qui chez nous est bleu). Mais l’idéal serait de construire tout au long de l’année, avec l’Académie André Delvaux, une vraie promotion du cinéma belge, en profondeur. Il y a déjà Cinévox, et d’autres initiatives mises en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais nous voulons, nous aussi, entretenir la visibilité de notre cinéma. On manque de moyens, mais l’idée c’est de faire de l’éducation permanente. Dans les écoles, par exemple, développer des cours d’éducation à l’image… Organiser avec les centres culturels la projection de films nominés aux Magritte l’année précédente… Faire intervenir un chef de poste, un réalisateur, un producteur, pour aller discuter le coup avec les gens… Pas seulement les jeunes: l’éducation est pour tout le monde. C’est notre prochain objectif. Aller parler avec les gens en direct, les ouvrir à notre cinéma.

"L’idéal serait de construire tout au long de l’année, avec l’Académie André Delvaux, une vraie promotion du cinéma belge, en profondeur".
Patrick Quinet
Président de l’UPFF

Combien coûte une soirée des Magritte?
Environ 800 000 euros; en comptant les valorisations, c’est-à-dire jusqu’à la voiture mise à disposition par un sponsor. On a mis au point un système où tout le monde est gagnant. Par exemple, il faut savoir que pour 1 euro d’argent public il y a 7 euros privés qui sont trouvés, pour donner une valeur ajoutée énorme. Car on a eu très vite des marques qui ont voulu être attachées à l’événement: Dior, BMW, L’Oréal, BNP-Paribas… Le monde du cinéma les attirait. Il y a aussi les membres de l’Académie, qui paient leur redevance annuelle (85 euros, avec un boîtier d’une cinquantaine de DVD qui leur est livré), membres qui sont chaque année plus nombreux. Aujourd’hui, on a énormément de personnes qui nous sollicitent pour être présentes, pour remettre des prix, notamment de l’étranger. C’est un signe. Pour en revenir au budget, c’est notre partenaire Be TV qui prend en charge toute la logistique, la captation, la retransmission. Ce sont des coûts importants, environ un tiers de la somme totale. Il y a aussi le "dîner étoilé", un repas après la cérémonie où les entreprises peuvent réserver des tables, et où les personnalités viennent prendre part.

Avez-vous le projet de fusionner avec la cérémonie flamande (les Ensors)?
Certainement pas, et tant mieux! Nous avons toujours voulu une ouverture vers la Flandre, et eux vers nous. Mais aujourd’hui nous avons deux cérémonies qui fonctionnent très bien, ce serait dommage de les rassembler en une seule, qui perdrait son identité. L’idée est d’aller vers son public, et il faut constater que chaque partie du pays possède le sien propre. Une cérémonie nationale bilingue, au lieu de s’adresser à toute la Belgique, risque de ne plus s’adresser à personne… Par contre on s’ouvre de plus en plus, et les néerlandophones aussi. Aujourd’hui, tout film flamand peut concourir dans la catégorie prévue. Alors qu’on n’avait pas pu sélectionner par exemple "The Broken Circle Breakdown" parce qu’à l’époque le règlement voulait que seules les coproductions puissent concourir.

Les audiences télé ne sont pas encore mirobolantes…
Peut-être, mais elles sont en hausse chaque année. Autre signe très encourageant: pour la première fois un exploitant nous a proposé de retransmettre la cérémonie en direct, avec dans la foulée la projection d’un film belge surprise. Résultat: les Magritte seront aussi dans la grande salle de l’UGC-De Brouckère avec 700 spectateurs qui avaient envie de payer leur place. La preuve qu’on n’est pas juste entre professionnels à vouloir refaire le monde du cinéma. L’idée est d’ouvrir une délocalisation vers d’autres villes l’année prochaine.

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Quel impact indirect la cérémonie a-t-elle sur l’économie du cinéma belge?
Soyons lucides, ce n’est pas comme le festival de Cannes, qui dure 10 jours, et où de très nombreux contrats sont signés. Ici, l’idée est de rebooster les énergies. C’est un rendez-vous annuel, les gens s’en réjouissent, c’est une façon de célébrer, de décompresser, de partager. Après, les retombées sont inquantifiables. Quelqu’un qui a gagné l’un des prix, c’est quelqu’un qui rentre chez lui avec la pêche pour longtemps. Et surfer sur une bonne énergie, dans ce métier, c’est vital. Sans parler des discussions, des relations qu’on tisse, des personnes qui se présentent les unes aux autres. C’est un bain de jouvence, une énergie énorme.

Les détracteurs évoquent parfois le caractère incestueux des Magritte…
Cette année, François Damiens est un peu partout, c’est vrai. Il est nominé deux fois comme acteur ("Je fais le mort", et en second rôle pour "Suzanne"), et il est aussi le Président de la Cérémonie. Mais on ne va quand même pas se plaindre que nos acteurs fassent beaucoup de films! Alors c’est vrai que nous sommes un petit pays, on a assez vite fait le tour des personnalités potentielles. On pourrait prendre des professionnels qui ont influencé des générations, mais le risque est que personne ne les connaisse. Or nous, nous voulons rester fidèles à notre ligne: communiquer auprès du grand public. Donc nous choisissons des gens qui ont le vent en poupe, et qui sont bien de chez nous. C’est notre boulot: assumer le potentiel populaire du cinéma belge.

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