Paillettes et règlements de compte attendus à la cérémonie des César

Roman Polanski a annoncé jeudi qu'il n'assisterait pas à la 25e cérémonie des César. La nomination de son film "J'accuse" suscite la polémique. ©EPA

Nomination du film de Roman Polanski, opacité de l'Académie, dénonciation du manque de diversité du cinéma hexagonal. Ces nombreuses polémiques risquent d'épicer cette grande fête annuelle qui récompense les meilleurs films français.

Il aura finalement levé le suspens avant que n'ait lieu la cérémonie. Jeudi, Roman Polanski a fait savoir qu'il n'assisterait pas à la 25e cérémonie des César qui se tient ce vendredi soir, salle Pleyel, à Paris. "C'est avec regret que je prends cette décision", a fait savoir le réalisateur franco-polonais à l'AFP, rattrapé en novembre par une nouvelle affaire de viols, "celle de ne pas affronter un tribunal d'opinion autoproclamé prêt à fouler au pied les principes de l'État de droit pour que l'irrationnel triomphe à nouveau sans partage".

"Le déroulé de cette soirée, on le connaît à l'avance. Des activistes me menacent déjà d'un lynchage public."
Roman Polanski
Réalisateur

Fin janvier, l'annonce des nominations – qui ont porté son film "J'accuse" en tête – avait déclenché l'ire des féministes qui ont immédiatement appelé au boycott de ce thriller historique et à des manifestations lors de la cérémonie. "Le déroulé de cette soirée, on le connaît à l'avance. Des activistes me menacent déjà d'un lynchage public", a justifié Roman Polanski, avant de rappeler que les accusations qui pèsent contre lui sont des "mensonges".

À quelques jours de l'événement, la tension était déjà à son comble. "Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire que ce n’est pas si grave de violer des femmes", s'est emportée cette semaine l'actrice Adèle Haenel dans les colonnes du New York Times. 

Un fonctionnement "élitiste et fermé"

La cérémonie s'annonce donc électrique d'autant qu'elle pourrait également donner lieu à des prises de position sur le fonctionnement même de l'Académie des arts et techniques du cinéma. Pointée du doigt publiquement, sa direction s'était vue contrainte de démissionner en bloc après la publication le 11 février d'une tribune incendiaire à son égard dans Le Monde. Signée par 400 personnalités, de Bertrand Tavernier à Omar Sy en passant par Agnès Jaoui, Marina Foïs et bien d'autres encore, elle réclame une "refonte profonde des modes de gouvernance" de l'Académie, pour l'heure jugés "élitistes et fermés".

Au rang des griefs évoqués, figurent notamment des "dysfonctionnements" tels que l'"opacité des comptes" ou "des statuts qui n'ont pas évolué depuis longtemps" et reposent sur la "cooptation".

Invisibilité des acteurs de couleur

Jeudi, un texte signé cette fois dans Le Parisien par une trentaine de personnalités – parmi lesquelles Aïssa Maïga, Olivier Assayas ou Mathieu Kassovitz – a, quant à lui, dénoncé "l’invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs" issus de l'immigration africaine et asiatique ainsi que des DOM TOM dans le cinéma français.

"Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire que ce n’est pas si grave de violer des femmes."
Adèle Haenel
actrice

"Nous voulons ici pointer du doigt les paradoxes d’un pays, la France, qui nomme Spike Lee, un réalisateur et producteur afro-américain, président du jury du prochain Festival de Cannes, et qui en même temps maintient ses acteurs de couleur dans des rôles insignifiants qui ne justifieront jamais une quelconque nomination aux César", soulignent les auteurs. À quand l’inclusion? La démission collective du conseil d’administration des César va-t-elle changer la donne?, s'interrogent les signataires.

Une chose est sûre, ce coup de pied dans la fourmilière ne devrait pas rester sans conséquence. D'ailleurs une assemblée générale se tiendra après la cérémonie. Son but? Élire une nouvelle direction, préparer les modifications des statuts fondateurs de l'Association pour la promotion du cinéma, et lancer des mesures de modernisation. Tout un programme. En attendant, on guette avec impatience le discours d'ouverture que fera l'actrice Sandrine Kiberlain, présidente de cette 25e édition...

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