Philippe Logie: "Le cinéma n’est pas mort"

Selon Philippe Logie, James Bond s'approche du milliard de recettes en salles. Le film ne pourrait donc pas se passer de la case cinéma avant d'arriver sur les plateformes de VOD. ©rv

Les confinements rebattent les cartes de notre "consommation" audiovisuelle... Pour le meilleur, ou pour le pire? Réponses avec Philippe Logie, directeur des acquisitions et coproductions de Betv.

Blockbusters repoussés mainte fois (James Bond), films attendus qui passent directement sur les plateformes ("Soul" de Pixar ce 25 décembre), tournages interrompus... La période est chaotique pour le cinéma. Avec des questions sous-jacentes: y aura-t-il disette pour le spectateur? Plus de films sortiront-ils directement sur le petit écran? Bref, est-ce la fin du cinéma tel qu’on l’a connu?

Que s’est-il passé en mars/avril?

Confronté à la fermeture brutale des cinémas le milieu s’est mobilisé pour mettre en place une offre VOD d’urgence. Selon la chronologie des médias (qui n’existe pas en Belgique légalement, mais nous suivons traditionnellement la France), il faut 4 mois entre la sortie salle et la première diffusion ailleurs. Exceptionnellement, on est passé outre, et cette initiative a porté ses fruits, par exemple pour "10 jours sans maman", avec Frank Dubosc. Ce genre de comédie familiale était bienvenue vu le contexte assez sombre. On remet la même chose en place avec ce nouveau confinement. "Rocks", film anglais couronné au Briff, vient de (re)sortir en VOD Premium.

Relire notre chronique sur "Rocks"

"Je cherche les meilleurs films possible pour le petit écran, mais j’espère toujours qu’ils arriveront 'chargés' par une valeur ajoutée, gagnée sur le grand."
Philippe Logie
Directeur des acquisitions et coproductions de Betv

Est-ce que ça va créer un précédent?

Cette réflexion est dans l’air du temps depuis des années, elle a été "accélérée" par le confinement. Mais je ne pense pas qu’on puisse se passer de la fenêtre cinéma. Il y a eu le cas traumatisant pour les exploitants de salles de "Mulan", retiré de l’affiche, puis offert par Disney dans certains pays. On entend même des rumeurs à propos du James Bond, qui finirait par débarquer sur une plateforme. Je n’y crois pas. La fenêtre cinéma reste fondamentale, économiquement et artistiquement. Elle manque très cruellement dans l’économie globale pour l’instant. James Bond s’approche du milliard de recettes en salles. Rien ne remplace cela. Sans parler de l’aura. Moi je cherche les meilleurs films possible pour le petit écran, mais j’espère toujours qu’ils arriveront "chargés" par une valeur ajoutée, gagnée sur le grand. Dans l’économie où je travaille – l’acquisition – la salle donne au film un indice de valeur grâce au box-office.

Philippe Logie, directeur des acquisitions et coproductions de Betv ©Ph. Buissin/IMAGELLAN

Donc le cinéma n’est pas mort?

Je suis optimiste. Découvrir un film sur une plateforme, c’est bien, mais ça ne s’inscrit pas chez le spectateur comme un film qui a vécu la sacralisation de la salle. Il y a tout un rituel très bien rodé, ritualisé. Les bandes-annonces, le buzz, la presse qui s’en empare, les extraits, parfois les festivals: tout est fait pour faire monter l’attente. Sur une plateforme, le film devient un produit presque comme un autre. La salle, c’est un confort, mais c’est surtout une émotion. Le confinement nous rappelle comme ça nous manque, cette émotion collective, irremplaçable. La salle de cinéma reste un temple où on célèbre un culte qui donne du sens.

Pourtant, du point de vue du distributeur, certains "petits" films seront rentables en VOD...

Effectivement: il faut faire preuve de souplesse. Il y a une évolution des mœurs et des consommations. Dire que la fenêtre de 4 mois ne peut jamais être réduite, c’est dépassé. On a une inflation de films, certains vivent une présence trop éphémère en salles, ils filent sur une étagère, et là le piratage fleurit. On pourrait repenser ce moment-là. Il faut parler aussi du problème des frais exposés par le distributeur à la sortie salles, puis le film disparaît 4 mois et il faut recommencer son marketing pour la fenêtre VOD, on fait deux fois le travail.

17
jours
Aux Etats-Unis, les films devraient pouvoir arriver plus vite sur les plateformes: 17 jours après la fin de l’exploitation salles contre 75 auparavant.

Un exemple d’assouplissement, c’est l’accord Universal/AMC suite à "Trolls 2"...

Oui. L’exploitant de salles américain avait crié au scandale et au boycott pendant le confinement suite à la sortie directement en VOD de "Trolls 2", qui avait rapporté 100 millions au studio, un manque à gagner pour les salles. On sait qu’ils ont trouvé un accord, depuis, pour que les films puissent arriver plus vite sur les plateformes. On parle de 17 jours après la fin de l’exploitation salles (contre 75 auparavant).

Relire notre chronique sur "Trolls 2"

Rassurez-nous: il n’y aura pas de "trou" l’année prochaine pour le cinéphile?

Non, car l’offre est grande. Par exemple chez Betv, on est en train de vivre quelques semaines avec un peu moins de blockbusters US. Mais la parade est facile à trouver, séries emblématiques, documentaires de prestige... Avec l’élection américaine, on a proposé une passionnante mini série, "The Comey Rule", autour des mails cachés qui ont pu coûter son élection à Hillary Clinton. Un signe encourageant dans toute cette virtualité: notre petit magazine papier, qui marche toujours aussi bien. Ce que veut le public, ce n’est pas un choix infini qui tue le choix, mais qu’on oriente vers de la qualité, en fonction de sa sensibilité personnelle.

VOD Premium

"Corpus Christi"

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Dans les salles au moment du second confinement, ce film polonais pressenti pour l’oscar avait déjà attiré plus de 12.000 spectateurs en Belgique. On y suit un jeune délinquant qui se fait passer pour prêtre, et qui va aider tout un village à panser ses plaies.

Relire notre chronique sur "Corpus Christi"

"Rocks"

♥ ♥ ♥ ♥

Très bon film social anglais filmé à hauteur d’ado, sur une jeune fille abandonnée par sa mère, qui va s’occuper de son petit frère. Car la lutte n’a pas d’âge.

Relire notre chronique sur "Rocks"

"The Painted Bird"

♥ ♥ ♥ ♥

Cette longue fresque en noir et blanc presque sans dialogue nous envoûte complètement. Tiré du roman phénomène de Jerzy Kosinski "L’oiseau bariolé", voici l’itinéraire d’un enfant à travers l’Europe de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale.

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"Effacer l’historique"

♥ ♥ ♥ ♥

Kervern/Delépine en pleine forme pour nous narrer le quotidien d’ex-gilets jaunes (dont Blanche Gardin et Denis Podalydès), en butte à une invasion technologique déshumanisante.

Relire notre chronique sur "Effacer l'historique"

"Pour Sama"

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Le documentaire-choc signé Waad al-Kateab, dédié à sa fille née pendant le siège d’Alep. Le quotidien de l’hôpital créé par son mari, que Waad suit caméra au poing, dans le bruit et la fureur.

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