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Portrait d’une famille intranquille

Damien Bonnard dans "Les Intranquilles". ©Fabrizio Maltese

Avec "Les Intranquilles", Joachim Lafosse réussit avec subtilité à nous faire vivre le quotidien d’une famille où le père sombre entre exaltation et dépression.

Le couple, la famille, les rapports mère-fils, voilà le terrain d’exploration du Belge Joachim Lafosse depuis ses débuts, dans les années 2000. On se souvient de l’admirable "À perdre la raison", en 2012, qui valut à Émilie Dequenne un prix d’interprétation à Cannes dans la section Un Certain Regard. Si l’on se souvient particulièrement de ce film-là, c’est que face à l’actrice, Tahar Rahim était lui aussi confondant de justesse et d’émotion. Et c’est son épouse Leïla Bekhti que l’on retrouve à l’affiche de "Les Intranquilles" pour une autre histoire d’un couple à la dérive.

Cette fois, c’est une autre histoire très véridique que nous conte le réalisateur. Il l’a admis, "Les Intranquilles" se base sur sa propre histoire familiale. Son père, en effet, était atteint de bipolarité. Aussi appelée maniaco-dépression, cette maladie se caractérise par des périodes de forte exaltation suivies de périodes de déprime. Des hauts et des bas difficiles à vivre pour le malade comme pour son entourage.

Sur un air de Lavilliers

La scène d’ouverture de "Les Intranquilles" est admirable et donne d’emblée le ton. Damien, le père (interprété par l'excellent Damien Bonnard que l’on retrouvera d'ailleurs prochainement dans "The French Dispatch" de Wes Anderson), part en bateau avec son fiston. La mer semble calme, le soleil tape fort et, subitement, le père coupe le moteur du hors-bord et plonge dans l’eau. C’est qu’il lui est venu l’envie de regagner le rivage à la nage et qu’il ordonne à son gamin de rentrer seul. Ce dernier, si petit encore, arrivera à se débrouiller. Leïla (Bekhti), la mère, s’inquiète de voir son fils revenir seul. Bien que le petit ait réussi à conduire ce bateau, on comprend que ce qui pouvait paraître anecdotique, tourné dans un paysage idyllique sur la Côte d’Azur, aurait pu tourner au drame en une seconde. Et alors qu'on nous présente une famille qui s’aime, une famille unie à qui tout pourrait sourire, ce tableau harmonieux peut virer en scène de frayeur ou d’horreur, selon les périodes de la maladie du père.

Joachim Lafosse l’a admis: "Les Intranquilles" se base sur sa propre histoire familiale. Son père, en effet, était atteint de bipolarité.

Damien est peintre. Et, ses toiles, il les peint de préférence la nuit. Quand il peint, rien d’autre n’existe. Dans la journée, il lui arrive de recevoir son ami galeriste et de lui proposer une balade en catamaran. Il insiste beaucoup pour qu’on l’accompagne dans ses délires et n’a aucune notion du danger. Mais Damien met sa vie et celle des siens en péril plus d’une fois. Alors, vu de l’extérieur, on pourrait croire que ce personnage est juste rock’n’roll. D'ailleurs, n’aime-t-il pas écouter "Idées noires" de Lavilliers dans sa voiture?

En confinement

Tourné durant l’été 2020, ce drame reflète les aléas de la pandémie. Les personnages portent, dans certaines scènes, des masques de protection contre le covid, sans que cette maladie mondiale en devienne un personnage du film. En fait, on n’en parle pas, ce qui peut paraître un peu déroutant pour le spectateur.

Dans son rôle d'épouse qui semble porter l’édifice familial sur ses épaules, Leïla Bekhti impressionne.

Cependant, comme nous l’expliquait en interview Leïla Bekhti, le film montre une famille en confinement en raison de la maladie de Damien. Et c’est l’épouse qui semble porter l’édifice familial sur ses épaules. Dans ce rôle, Leïla Bekhti impressionne. Face au comportement délirant de son époux, elle tente de l’amener à se faire soigner et à prendre du lithium, le seul médicament efficace pour ce type de maladie nerveuse. L’enfant, interprété par Gabriel Merz Chammah – qui n’est autre que le petit-fils d’Isabelle Huppert –, impressionne lui aussi. Entre l’inquiétude, la peur et l’énorme amour qu’il a pour son père, ce petit gars nous apparaît très mature, jamais hystérique.

Bande-annonce "Les Intranquilles"

Drame

“Les Intranquilles”

Par Joachim Lafosse

Avec Damien Bonnard, Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah

À voir à partir du 6 octobre 2021

Note de L'Echo:

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