Pourquoi je vis?

©doc

Le réalisateur italien Nanni Moretti nous propose une chronique douce-amère sur la vie, et sur ce qu’on en fait… Avec en filigrane une réflexion sur la "mission" de l’artiste.

Dans les années 1990, Nanni Moretti était l’un des cinéastes les plus souvent cités par les cinéphiles, avec Atom Egoyan, et bien sûr David Lynch. Il avait réussi à imposer sa voix au beau milieu d’un cinéma italien réputé moribond, un cinéma qui agonisait en se partageant entre comédies populaires aussi dénudées que poussives, et décalcomanies des grands films de Fellini, mais par des réalisateurs bien moins inspirés. Seul Roberto Benigni ("La vita e bella", 1986), à l’époque, avait trouvé sa niche émotionello-comique.

Mais aujourd’hui, si on a un peu oublié Benigni, Moretti est toujours là. Fort de sa Palme d’or pour "La chambre du fils" en 2001, il a continué son petit bonhomme de chemin. Mais ni "Le caïman", ni "Habemus Papam" (avec Michel Piccoli dans le rôle du souverain pontife) n’avaient tout à fait réussi le doux mélange poético-drôlatico-engagé de ses grands films. "Caro diaro" (1993) restait dans toutes les mémoires, assorti de la longue silhouette au casque blanc sur son scooter, et de cette voix off désillusionnée qui nous promenait dans Rome, et dans nos propres existences, en ces journées étouffantes du mois d’août. Moretti retrouve-t-il cette juste distance pour regarder les choses, et cette juste voix pour s’adresser à nous? Presque…

On retrouve l’un des thèmes de prédilection de Moretti: la frontière perméable entre vérité et fiction.

Sa mère s’éteint progressivement à l’hôpital, mais ça ne tombe pas bien, car Margherita (Margherita Buy), réalisatrice de son état, est en train de tourner un film particulièrement difficile. Un film engagé, pour lequel elle ne sait pas trop quel point de vue adopter. Son frère (Moretti), un modèle dans ces cas-là, présente toujours la même humeur constante. Et fait les choix les plus justes, les plus humains. Pas de révolte chez lui. Pas la même, en tout cas, que celle de Margherita… Pendant ce temps, sur le plateau, la star américaine engagée pour le film (Turturro) multiplie les frasques. Pour attirer l’attention générale et faire rire son monde, il est là… mais il a bien du mal lorsqu’il faut parler sa langue prétendument natale, l’italien…

Mia Madre (bande annonce)

Humour et poésie

Cette fois-ci, Moretti ne se met pas au centre. Le réalisateur, ici, ce n’est pas lui, mais bien elle: l’héroïne qu’il s’est choisie, et dont il se "borne" à incarner le frère "normal". C’est elle qui explose lorsque son insupportable acteur ne connaît pas ses répliques et se cache derrière l’esbroufe. C’est elle, aussi, qui est la proie de ces horribles rêves récurrents. Et quand elle se retrouve, en tant qu’artiste, obligée de modifier quelque chose dans sa vie pour que son œuvre "s’ouvre" enfin, on retrouve l’un des thèmes de prédilection de Moretti: la frontière perméable entre vérité et fiction.

De Nanni Moretti

Avec Margherita Buy, Nanni Moretti, John Turturro, Giulia Lazzarini…

Note: 3/5

 

Ce film est une succession de tableaux juxtaposés avec douceur, avec poésie, et avec goût. Mais l’humour caustique de Moretti n’est jamais loin, et ressurgit régulièrement. Avec son rythme lancinant, comme dans la vraie vie, le film s’inscrit en nous, et nous touche. Non pas par son questionnement frontal sur la mort, mais bien sûr la manière qu’a toute disparition à se tisser intimement avec la vie.

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