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Pourquoi nous avons donné 18/20 à Foxcatcher

De gauche à droite, le réalisateur Bennett Miller, Channing Tatum, Mark Ruffalo et Steve Carell (sur la photo à droite). ©Photo News

"Foxcatcher" rassemble des acteurs impressionnants, au service d’un drame sportif, narré avec une précision aussi jubilatoire que cauchemardesque.

Un jeune homme (Channing Tatum) vit dans un deux pièces. Ses journées, il les passe à l’entraînement. Il a une particularité, ce jeune homme: il est champion olympique. Pas dans une discipline très connue du grand public, sans quoi les contrats publicitaires avec quelques grandes marques lui auraient sans doute permis de quitter ledit deux pièces. En 1984, à Los Angeles, Mark Schultz a été médaillé d’or en… lutte gréco-romaine.

De gauche à droite, le réalisateur Bennett Miller, Channing Tatum, Mark Ruffalo et Steve Carell (sur la photo à droite). ©Photo News

Son seul vrai ami, c’est son grand frère Dave (Mark Ruffalo), qu’il croise régulièrement à la salle. Une ambiance délétère accompagne chacun de ses pas. Parviendra-t-il à vivre de son sport jusqu’à la compétition suivante? Ou devra-t-il se résoudre, malgré ses titres, à rechercher un emploi? Le jour où Mark reçoit un coup de fil du milliardaire John du Pont (Steve Carell), soucieux de le rencontrer, il croit à une farce. Se pourrait-il que sa vie soit enfin en train de changer?

Crescendo

Basé sur un fait divers qui marqua le monde du sport dans les années 80, le nouveau film de Bennett Miller – Prix de la Mise en Scène du dernier Festival de Cannes – n’a rien du film de sport tel qu’on l’entend. Aucune des séquences obligées ne sont ici présentes. Ni l’entraînement forcené, ni la consécration après l’effort, ni le suspense autour du "se pourrait-il que le héros perde pour mieux gagner finalement?"… Le réalisateur veut attirer notre regard ailleurs: sur les rapports entre les athlètes et leur mentor.

De Bennett Miller

Avec Steve Carell, Channing Tatum, Mark Ruffalo…

Pour se faire, il nous embarque dans une narration a priori lente, mais qui se révèle extrêmement maîtrisée, dans un crescendo presque imperceptible, qui vous prend littéralement aux tripes. du Pont, comme la patiente araignée, tisse doucement la toile de sa psychose autour des deux frères Schultz. Son argent peut tout lui acheter. Sauf bien sûr l’adrénaline d’être au sommet du monde, pour de vrai: vivre un tournoi olympique jusqu’à avoir éliminé tous ses opposants, jusqu’au dernier. Puisqu’il ne peut vivre ça, le milliardaire américain n’a qu’un seul choix: s’acheter ceux qui le peuvent, et vivre par procuration. Mais cela lui suffira-t-il à étancher sa soif?

Foxcatcher - Bande-annonce VF

Le film précédent de Bennett Miller, "Money Ball" ("Le stratège"), nous faisait le portrait de Brad Pitt en coach d’une équipe de baseball. Un coach pas comme les autres: au lieu de vouloir s’acheter les meilleurs éléments, il s’intéressait à l’équilibre entre les joueurs. Là aussi, le film s’écartait des sentiers battus pour explorer les travers de l’âme humaine, avec le sport en filigrane. Mais c’est bien sûr à son chef-d’œuvre "Capote" (oscar pour Philip Seymour Hoffman en 2006) qu’il faut remonter pour ressentir toute la parenté avec ce "Foxcatcher". Faux-semblant, troubles du comportement, mensonges que l’on fait aux autres mais surtout à soi-même… Tous les éléments du drame psychologique trouvent déjà leur place, dans une mise en scène glacée où les mots peuvent presque s’absenter…

©Photo News

On a beaucoup insisté sur la transformation physique de Steve Carell ("The office US", "40 ans toujours puceau", "Crazy, Stupid, Love"…). Il faut aussi tirer un coup de chapeau à son travail psychologique, bien plus impressionnant que le faux nez, et la maîtrise de la voix. Il nous livre le portrait d’un homme prisonnier de sa grande demeure, de sa fortune, de ce que le monde attend de lui. Comme si les éléments extérieurs l’avaient vidé de sa substantifique moelle pour ne laisser que le pouvoir donné par la situation sociale et le compte en banque. Au-delà de la maestria technique et narrative, le film pose la question de l’aliénation. Une fois qu’on a enlevé les couches, que reste-t-il? Une boule de névroses et de psychoses entremêlées, qui prolifèrent dans l’intimité de ce nouveau maître du monde comme une source toujours inassouvie.

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