Qu’ont en commun les histoires que nous bingewatchons religieusement?

"The Crown". ©Netflix

Encore un et puis j’arrête! L’affaire est bien connue: les petites bombes de divertissement que sont les séries ont un haut pouvoir addictif. Et l’arrivée des plateformes de streaming n’y arrange rien. 4 recettes imparables des plateformes.

Il est tard, les yeux picotent, les heures productives fondent comme neige au soleil, mais qu’à cela ne tienne: Charles reverra-t-il Camilla dans le prochain épisode? La consommation de séries TV, comme des paquets de chips bien salés, s’entame et ne s’arrête bien souvent qu’au prix d’une autodiscipline d’acier. Si les chaînes de TV linéaires ont déjà bien rôdé la formule pour appâter le chaland et le scotcher à son écran, à base de cliffhanger de fin d’épisode ou de fin de saison notamment, l’arrivée des grandes plateformes de streaming a encore changé la donne. Disponibilité permanente, offre foisonnante, absence de publicité, lancement automatique des épisodes, Netflix, Amazon et consœurs ont les moyens techniques de se jouer de nos plus fermes résolutions.

Avec ces nouvelles opportunités, c’est aussi l’art de raconter des histoires qui est retravaillé. Les 4 recettes de ces séries, plus addictives que jamais...

1. Personnages familiers

L’art de la série est avant tout la maîtrise d’un savant dosage de nouveauté et de familiarité. Une arme décisive en la matière: les personnages. C’est mathématique, plus nous passons du temps avec un personnage, mieux nous le connaissons, augmentant ainsi constamment les points de contact d’une possible identification. Les plateformes de streaming intensifient encore ce degré d’intimité en permettant aux personnages de nous suivre partout, tout le temps, du trajet de train qui s’éternise à sous l’édredon. La stratégie s’avère d’une efficacité redoutable dans la royale «The Crown» (Netflix) qui étire notre empathie jusqu’à Margaret Thatcher, et régénère notre curiosité en modifiant régulièrement la totalité de son casting.

The Crown - Saison 4 | Bande-annonce officielle VF | Netflix France

2. Terrain inconnu

Si les personnages assurent la continuité, les vies qu’ils mènent ne se bingewatchent qu’au prix d’une excitante singularité. Les séries nous happent en nous autorisant l’exploration des heures durant de mondes qui nous sont peu, ou pas accessibles. C’est ainsi que nous sommes nombreux à avoir développé une passion imprévue pour la défense sicilienne avec «The Queen’s Gambit» sur Netflix (lire ci-dessus),  et nous être délectés des moindres détails des métiers de la production télévisuelle avec «The Morning Show» (Apple TV+), qui capte ainsi notre attention et lui offre des capsules de légèreté pour nous conter un récit de harcèlement sexuel aussi violent que commun.

THE MORNING SHOW Bande Annonce VF (2019) Jennifer Aniston

3. Budgets mirobolants

Si onéreux ne peut se confondre avec réussi («La Révolution», sur Netflix, en est un exemple navrant), un budget de production élevé facilite indéniablement la liberté créative en mesure de nous tenir en haleine. C’est notamment ce qu’autorise Netflix aux très sollicités Ryan Murphy («Ratched», notamment) et Shonda Rhimes (qui débarque fin décembre avec sa «Chronique de Bridgerton»), tous deux sous contrats mirobolants avec la plateforme, qui leur laisse carte blanche d’une façon que la télévision linéaire ne pouvait leur accorder.

L’avènement des plateformes et leur offre infinie s’accompagne ainsi d’une hyper-fragmentation des publics, et les séries, devenues des marqueurs sociaux d’une précision impressionnante.

La palme revient pour l’heure à Disney+ qui signe rien de moins qu’une des séries les plus chères de tous les temps avec «The Mandalorian», issue de l’univers de «Star Wars» et affichant plus de 10 millions d’euros par épisode. Une somme bientôt explosée par la concurrente Amazon Prime qui a déjà déboursé 20 fois plus, uniquement pour l’obtention des droits de sa reprise sérielle de «Lords of the Rings».

The Mandalorian - Bande-annonce (VF) | Disney+

4. Sur-mesure

Si l’objectif des séries a longtemps été de toucher le public le plus large possible, le passage à l’abonnement fixe et régulier permet à chaque public de prétendre à sa série taillée sur mesure. Ainsi, le spectateur de la fougueuse «Casa de Papel» (Netflix) n’est pas celui de la «Little America» (Apple TV+) sur l’immigration aux USA (Apple Tv+); la légère «Dead to Me» ne s’adresse pas au public de la lente et nostalgique «Tales from the Loop» d’Amazon Prime.

L’avènement des plateformes et leur offre infinie s’accompagne ainsi d’une hyper-fragmentation des publics, et les séries, devenues des marqueurs sociaux d’une précision impressionnante (nourrissant d’ailleurs les algorithmes), se dévorent parfois moins pour être regardées que pour avoir été vues.

TALES FROM THE LOOP Bande Annonce (2020) Série Science-Fiction

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