Quand Deneuve perd la boule

©© Frenetic Films

Une femme âgée, une maison romantique, des objets auxquels s’accrochent des pans de vérité… Une vie, en somme, que Julie Bertuccelli filme dans "La dernière folie de Claire Darling".

Drame

"La dernière folie de Claire Darling"

Note : 2/5

De Julie Bertuccelli. Avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Même dans des films pas tout à fait réussis (le dernier André Téchiné "L’adieu à la nuit", toujours sur les écrans), c’est toujours un plaisir de voir Catherine Deneuve à l’œuvre. Juste, libre, elle possède le don imparable d’éclabousser l’écran de vie et de vérité. Comme dans ce drame familial, adaptation d’un best-seller américain, où la sénilité s’invite pour donner au récit une certaine ironie dramatique.

C’est le premier jour de l’été et c’est aussi son dernier jour sur Terre. Voilà ce qu’a décidé Claire Darling ce matin en se réveillant. Habillée et pomponnée, elle débauche quelques jeunes du village pour organiser une brocante, et descendre dans son jardin les meubles, tableaux et bibelots qui peuplent sa grande demeure. Et quelle demeure… Pierres de France, toiles de maître, collections d’automates sans prix, le tout dans une ambiance bohème de bric-à-brac… Mais les objets vont faire remonter à la conscience de la septuagénaire bien des souvenirs enfouis… qui vont finir par mettre (enfin) Claire Darling face à ses responsabilités.

"Catherine Deneuve a les cheveux gris!" C’est cette stupéfiante nouvelle qui accapara la presse française il y a quelques mois lorsqu’apparurent les premières photos du tournage. Il y a d’autres choses à dire, pourtant. Et tout d’abord, la louable tentative dans le chef de la réalisatrice, Julie Bertuccelli (l’excellent "Depuis qu’Otar est parti") de poser la question qui fâche: ne sommes-nous pas tous amnésiques de nous-mêmes?

LA DERNIÈRE FOLIE DE CLAIRE DARLING | Bande Annonce (2019)

Attachante et insupportable

Ici, bien sûr, la maladie est là. Mais elle se double d’une bonne dose d’égotisme, et de ces libéralités qu’on prend avec le réel, pour le rendre plus acceptable par nos sacro-saints ego… Cette Claire Darling, attachante par certains aspects, est insupportable par d’autres. Mais les objets vendus vont lancer des flash-backs, qui viendront affiner notre point de vue. Et si la souffrance que l’on crée au cours d’une vie était proportionnelle à celle qu’on a dû gérer?

C’est toujours un plaisir de voir Catherine Deneuve à l’œuvre. Juste, libre, elle possède le don imparable d’éclabousser l’écran de vie et de vérité.

Le cinéma aime les récits gigogne, mais il est également intraitable lorsque lesdits récits ne sont pas dessinés au cordeau… Ici, si certains retours en arrière fonctionnent très bien et nous projettent avec émotion dans un "et si c’était moi?" proustien, d’autres sont plus académiques et ne parviennent pas à susciter toute la magie souhaitée… La faute sans doute à une mise en place assez osée, où les personnages d’hier croisent ceux d’aujourd’hui… dans le même plan et dans la même esthétique.

Si ça fonctionne lorsque c’est Claire qui se souvient – pour montrer que la sénilité se rit des moments et des attendus –, il n’en va pas de même lorsque l’on s’adresse au spectateur et à lui seul… lequel restera certaines fois plus étranger au procédé.

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