Quand Poelvoorde se loue une famille...

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Avec son nouveau film, Jean-Pierre Améris nous livre une comédie au burlesque assumé. "Une famille à louer"c'est une situation qui tient de la fable de la Fontaine, sans psychologie ou morale, juste d'une simplicité comique.

Lorsque le réalisateur de l’hyper sensible "Les émotifs anonymes" se met en tête de réaliser un film-prétexte où l’intrigue se résume à deux lignes, on imagine qu’il sait ce qu’il fait. Ici, le but n’est pas de nous immerger dans la poésie surannée de deux êtres qui se cherchent sans se trouver, mais bien d’y aller franchement, dans un registre de comédie, certes plus basique dans ses enjeux. Mais c’est aussi un genre en soi: on prend une situation qui tient de la fable de La Fontaine, et surtout on n’essaie pas d’habiller le tout de psychologie ou de morale. Il faut savoir rester simple jusqu’au bout.

Une famille à louer

Fortune faite, Pierre-André (Benoît Poelvoorde) passe ses journées comme il peut, seul dans son austère demeure années 30, beaucoup trop grande pour lui. Enfin, pas tout à fait seul: son majordome (François Morel) s’occupe de lui, lui apportant quotidiennement les pilules censées garantir un début de joie de vivre. En vain. Mais lorsque Pierre-André découvre à la télévision les ennuis de Violette (Virginie Efira), menacée d’expulsion, il se dit qu’il a peut-être raté quelque chose.

Le grand sourire, les phrases toutes faites, l’appétit de vivre, et la dévotion de la jeune femme prête à tout pour ses enfants, le touchent. Et si le bonheur passait par ce que Pierre-André a toujours considéré comme une source d’ennuis à répétition: une famille? Il envoie son majordome en mission: convaincre la belle de l’inclure dans sa cellule familiale, moyennant finance. Interloquée, Violette finit par accepter: ses enfants sont habitués à ce qu’elle change régulièrement d’amant. Car ils seront bien amants? Pierre-André n’avait pas envisagé ce détail, qui lui semble bien précipité. Il accepte cependant d’emménager dans le bungalow de la famille, et de faire semblant d’être le nouveau Jules. La réussite de son entreprise semble être à ce prix…

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• "Too Much"

L’année dernière, Jean-Pierre Améris nous avait proposé un film extraordinaire de simplicité et de lumière: "Marie Heurtin". Dans cette histoire vraie qu’on aurait pu croire sortie d’une "Vies des Saints", Isabelle Carré campait une nonne qui, à force de patience, de courage, et de foi, était venue à bout du mutisme d’une jeune sourde-muette, diagnostiquée débile mentale, et ce grâce au langage des signes qu’elle lui apprenait au creux de la main. Avec cette comédie au burlesque assumé, il fait le grand écart. Adieu les longs plans en contre-jour, les champs de blé, les robes bleues des nonnes et les séquences quasi muettes… Bonjour les altercations à cent à l’heure, les bons mots, et le choc des classes sociales, dans une réalisation beaucoup plus simple. Bien que…

Bonjour les altercations à cent à l’heure, les bons mots, et le choc des classes sociales.

À y regarder de plus près, Améris assume le conte à plus d’un égard: décors lourds en sous-entendus et jamais gratuits (seulement trois maisons, pas de rues, pas de voitures qui passent…), couleurs éclatantes qui suggèrent l’appel du pied à l’imaginaire, en contraste avec les tons gris et les matières tristes qui entourent le personnage de Paul-André… Pour peupler ce décor, Améris utilise une sorte de "too much" permanent, qui peut agacer au début, mais qui trouve sa légitimité une fois qu’on en comprend le sens.

• Inspiré de Poelvoorde

Pour incarner son double, le metteur en scène a refait appel à Benoît Poelvoorde. L’acteur se retrouve dans un registre qu’il connaît, et pour cause: le réalisateur admet s’être inspiré de l’acteur belge autant que de sa propre expérience, pour dresser le portrait de ce "presque quinquagénaire", sans enfant, trop sensible, et qui se demande ce qui peut donner du sens à nos vies.

Parallèlement, il fait un assez beau portrait de femme: derrière la paire de seins, les longues jambes et le franc-parler, Virginie Efira dessine le portrait d’une femme moderne, habituée à se dévouer pour tout le monde: ses enfants, ses hommes, ses patrons successifs. Contre toute attente, c’est celui qui l’a embauchée avec si peu d’égards, pour partager avec lui l’impartageable, qui risque de révéler au mieux la personne vraie qui sommeille en elle…

2 étoiles sur 5

De Jean-Pierre Améris

Avec Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, François Morel, Philippe Rebbot…

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