Quand Thierry Michel laisse la parole aux enfants de Cheratte

©Les Films de la Passerelle

Ce portrait d’une classe de 6e primaire nous montre que, malgré toutes les crises, l’espoir n’est pas perdu. Un plaidoyer pour la revalorisation immédiate de l’enseignement, qui donne envie de retourner sur les bancs de l’école primaire.

Documentaire

 

"Les Enfants du Hasard"

 

Note: 4/5

 

De Thierry Michel et Pascal Closson

L’école primaire de Cheratte, près de Liège. Les élèves de Madame Pirlet sont en dernière année. Quand on leur demande qui a un grand-père mineur, ancien employé des charbonnages du Hasard, absolument tous les doigts se lèvent. Sauf celui de Martin, le neveu du boucher.

Quand on leur demande qui est d’origine turque, à nouveau tous les doigts se lèvent. Sauf celui de Martin, le neveu du boucher… Certains parlent encore la langue de leurs ancêtres. La plupart vont en Turquie pour les grandes vacances. Tous sont inscrits à la religion islamique (sauf Martin…), où on leur apprend qu’un homme qui tue son prochain n’est pas musulman.

©Les Films de la Passerelle

Madame Pirlet, bientôt à la retraite, a vu passer des centaines d’habitants de Cheratte, ce qui fait qu’elle est souvent invitée aux mariages. Car Madame Pirlet n’est pas n’importe qui. Derrière les yeux perçants et la dégaine bon enfant se cache une femme exceptionnelle, qui élève ses élèves comme elle élèverait ses enfants, avec un mélange d’amour et de rigueur. Une institutrice à l’ancienne, celle qu’on rêve tous d’avoir eue, celle qui transforme une classe en une famille qu’on gardera pour toujours au fond de soi…

L’intelligence de ce film magnifique tient en l’espace qui est laissé aux enfants.

Questions

L’intelligence de ce film magnifique tient en l’espace qui est laissé aux enfants. Ils existent ici librement, prennent la parole, rient, se fâchent et… écoutent Madame Pirlet. Ce portrait de groupe devient subtilement celui de notre futur. Et on se prend à rêver qu’il ne soit pas aussi noir que celui qu’on nous prédit. Pour peu qu’il y ait plus de Madame Pirlet…

"Les enfants du Hasard"

Des questions absolument fondamentales sont abordées avec autant de force que de douceur:

Qui portera le voile? Qui le portera pour faire plaisir à sa famille? Qui par conviction? Et parmi les garçons, qui demandera à sa femme de le porter?

Parallèlement à ses grandes questions identitaires, la classe visite le charbonnage où leurs grands-parents sont venus travailler. Ils vont à leur rencontre, les entendent raconter que l’arrivée en Belgique c’était dur, bien sûr, mais qu’ils y ont trouvé un "nouveau rêve" alors qu’en Turquie sévissait une terrible pauvreté.

©Les Films de la Passerelle

Comprendre hier, y trouver qui nous sommes. Se projeter dans demain: dire qui on voudrait y être. Madame Pirlet les guide discrètement. Sans oublier aujourd’hui. Le jour des attentats, on regarde le journal de 13 heures. "Qui a compris quelque chose?" Les élèves cherchent, ensemble. Qui sont ces gens qui se disent religieux et qui profèrent des actes aussi contraires à la religion? Madame Pirlet aide ses élèves. Mais jamais en donnant elle-même les réponses. Sa tâche est bien plus complexe: les aider à bien formuler les questions.

"Les enfants du Hasard" bat en brèche tous les clichés sur les écoles "difficiles" et sur le repli communautaire. Sans doute est-ce là un cas rare, mais il existe. Une classe où on apprend aux nouvelles générations la soif de connaître, l’importance des amis, ou les grandes étapes de la vie. En plus des fractions. Et du français.

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