Qui s'emparera du Trône de Fer? Faites vos jeux!

©HBO

Bonne nouvelle: "Game of Thrones" revient. Mauvaise nouvelle: c’est la dernière fois. En attendant, tous les moyens sont bons pour décrypter la série… même la philo.

Game of Thrones

Note: 4/5

De David Benioff, D. B. Weiss, George R. R. Martin. Avec Kit Harington, Peter Dinklage, Emilia Clarke, Sophie Turner...

Les leçons d’économie

Au-delà de son intrigue, le monde de Westeros dans "GoT" s’appuie sur un système économique réaliste qui s’inspire de l’histoire médiévale, tout en lançant des clins d’œil aux problèmes contemporains. Sorte d’hybride entre Goldman Sachs, le FMI et les premières banques privées italiennes du Moyen-Âge, la banque de fer a le pouvoir de faire et de défaire les rois par ses prêts. Pour remplir ses coffres, l’État de Westeros taxe les grandes maisonsdes différents royaumes qui eux-mêmes récupèrent des impôts sur des maisons moins prestigieuses et ainsi de suite. Enfin, le modèle économique de "GoT" est plutôt protectionniste, avec le mur de glace qui sépare les terres les plus au nord du reste de Westeros. Gardé par une armada de mercenaires, ce mur a pour but de repousser les migrants qui voudraient le franchir. 

Caramba, c’est bientôt fini. Fini de spéculer. Fini d’anticiper, de commenter, de citer les dialogues cultes, de dégager les caractères, bref de briller en société, en famille, entre amis, au boulot. Briller? En faisant l’exégèse de "Game of Thrones", pardi! ça fait des années que ça dure: pour mieux deviner le contenu des prochains épisodes, il faut pouvoir montrer à quel point on est expert. Que d’heures perdues par les fans (ou gagnées, ça dépend du point de vue), à se prendre la tête pour questionner les motivations, conscientes et inconscientes de Jon Snow, d’Arya Stark, de Cersei Lannister, voire de personnages secondaires – mais si attachants – comme Le Limier ou Brienne de Tarth.

→ Combien de personnages principaux, dans la plus chère série de tous les temps? 147.
→ Combien d’intrigues centrales? Une quarantaine.

Et pourtant, grâce au génie d’un certain George R. R. Martin (et d’une armée de scénaristes), tout semble s’entrelarder harmonieusement. Au fil des ans, de très nombreuses grilles de lecture ont émergé. Mythologique, bien sûr. "GoT" nous propose d’amplifier et de compléter notre patrimoine celtico-médiévalo-gréco-romain. Psychologique, ensuite: beaucoup de dialogues impliquent des "gens de pouvoir" et rappellent les drames historiques d’un certain William Shakespeare – la plupart des profils possédant une richesse – parfois démoniaque – que n’aurait pas reniée le Barde de Stratford. Psychanalytique, diront certains. Car on cite souvent Freud, quand on parle de "GoT", et on se souvient que le tout premier épisode tendait déjà le ressort narratif autour de l’inceste "royal" entre Cersei et son frère Jamie… Un certain professeur Matthew McCaffrey de l’Université de Manchester s’est même plu à esquisser les différents "idéaux" économiques qui s’affrontent, voyant dans la Banque de Fer un savoureux mélange entre le FMI, Goldman Sachs et les usuriers du Moyen Âge.

Bande-annonce

Les Nietzschéens et les autres

Mais la lecture la plus vraie, la plus pure, est bien sûr philosophique. Ce sont d’ailleurs les croyances partagées (croyance en soi, au type de gouvernement, aux dieux) qui fondent les personnalités, et qui donc permettent au spectateur de se projeter avec autant d’ivresse, jusqu’à vouloir tout commenter, et tout deviner. Comme dans la vraie vie, le Royaume des Sept Couronnes se divise en deux types de personnages: les Nietzschéens, et les autres. Et c’est souvent leur mort qui en dira le plus sur eux, bâtissant une légende qui conditionnera les actes des (sur)vivants.

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Pragmatiques, les Lannister sont obsédés par la question du pouvoir – quel type de gouvernement est le plus légitime? Dictatorial, oligarchique, démocratique? Martin a confessé avoir été influencé par un certain Machiavel… et ça se voit. Dans "Game of Thrones", le conflit est partout. Et à la question "L’homme est-il bon?", les show-runners répondent: non, mais quelles formes intéressantes prendront son égoïsme et son instinct de survie?

Comment la fiction télévisuelle réconciliera-t-elle, une fois encore, culture populaire, fantasme et exercice de la pensée?

Alors, qui s’emparera du Trône de Fer? Qui payera de sa vie – car Valar Morghulis, chacun doit mourir – l’orgueil d’avoir voulu tenter sa chance? Jon Snow et son mur de glace ouvert aux Marcheurs blancs? Ou Daenerys Targaryen, ses cités libérées de l’esclavage, et ses dragons cracheurs de feu? Comment la fiction télévisuelle réconciliera-t-elle, une fois encore, culture populaire, fantasme et exercice de la pensée?

Les plus courageux pourront déjà se faire une petite idée dans la nuit de dimanche à lundi, en attendant le grand final, dans 6 semaines.

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