Réouverture des cinémas: nos 8 coups de cœur du 1er juillet

"Un fils", avec Sami Bouajila. ©doc

Douze films qui sortent la même semaine, avouons que c’est du jamais-vu, même en période de rentrée ou de fête. Ce 1er juillet, on a donc l’esprit festif pour la réouverture des cinémas. On en a choisi huit, à commencer par "Un fils", un hallucinant thriller familial avec l'épatant Sami Bouajila...

>Sous cette première sélection: votre best-of de l'été 2020


1. "Un fils"

 Drame de Mehdi Barsaoui, avec Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah et Youssef Khemiri.

Depuis la Mostra 2019, la presse internationale multiplie les superlatifs. Et les festivals font des courbettes au film, avant de lui attribuer des prix (Meilleur film à Hambourg, Meilleur jeune réalisateur au Kosmorana, Prix du Meilleur film arabe au Caire, Prix du public à Namur, etc.). "Un fils" réconcilie plusieurs genres avec brio: le drame familial, le suspense hospitalier, et même le thriller désertique… Et puis, c’est l’embardée: le lock-down frappe une semaine après la sortie française, quelques jours à peine avant la sortie belge. Mais revoici le film, encore meilleur pourrait-on dire, vu le contexte particulièrement tendu (et hospitalier) qui préside à l’histoire.

Tunisie, aujourd’hui. Fares et Meriem forment un couple progressiste à qui tout réussit. Après un week-end avec des amis où on a refait le monde avec bonne humeur dans le sud du pays, le gros Range Rover noir prend le chemin de la maison. À l’arrière, Aziz, 11 ans. Au détour de la route, une fusillade éclate. La jeep qui les précédait est attaquée. Fares arrive à se sortir de l’embûche, mais Aziz a pris une balle perdue. Dans l’hôpital de Tataouine, petite ville entourée par le désert, Aziz est pris en charge: une greffe de foie s’impose. Mais il apparaît que ni Meriem ni Fares ne sont compatibles. Une longue attente commence, au cours de laquelle chacun sera confronté à l’autre, et à lui-même.
Mehdi Barsaoui, 35 ans, signe ici son premier long-métrage. Et il a du style… Vivacité des dialogues et de la caméra, précision des psychologies, gros travail sur la progression narrative et la montée du suspense... Le tout au service de thèmes universels qui brassent allègrement la vie et la mort, le bien et le mal. Il fait au passage le portrait de son pays, la Tunisie, tiraillée entre coutumes ancestrales et modernité, mais aussi entre les clichés liés au pôle féminin et au pôle masculin, tels que définis par la tradition.

Sami Bouajila frappe une nouvelle fois les esprits

En père de famille tantôt tourmenté, tantôt impuissant, toujours en questionnement, Sami Bouajila frappe une nouvelle fois les esprits. Ce père va découvrir que sous la pression de risquer perdre son fils, on découvre vraiment quels liens nous lient à ceux qu’on aime. Ainsi que certains traits de caractère potentiellement rétrogrades quand il s’agit de la santé de nos proches. Avec ce film, Bouajila prendra tous les spectateurs au piège de son charisme, un charisme où sommeille une urgence terrible. Après avoir décroché le prix d’interprétation à Cannes pour "Indigènes" (prix collectif), il décroche ici le prix vénitien.

Mention spéciale à la maman, interprétée par l’actrice tunisienne Najla Ben Abdallah, star dans son pays, notamment via les séries télé. Sa grâce naturelle se teinte ici d’une couleur "mère pélican". Mais entamer sa propre chair ne peut en rien aider son fils: pour ce faire, il faut au contraire rester debout. Ensemble, père et mère portent ce (presque) huis-clos hospitalier à bout de bras. Le couple est réellement au centre du film, où les enjeux liés au poids de la religion s’allient à ceux qui unissent tous les couples pour les plonger dans les affres qui président au bien de leurs enfants. (Sylvestre Sbille) 

UN FILS Bande Annonce (2020) Sami Bouajila, Drame


2. "La Bonne épouse"

Comédie de Martin Provost, avec Juliette Binoche, Edouard Baer, François Berléand, Yolande Moreau et Noémie Lvovsky.

Sortie peu avant le lock-down, cette comédie sur fond de sixties et de MLF avait rencontré un succès populaire, elle va donc poursuivre sa carrière. On y voit Juliette Binoche dirigé, avec son mari François Berléand, une école pour jeunes filles en Alsace. Les demoiselles s’entraînent pour devenir plus tard de bonnes épouses selon les diktats les plus conservateurs. Dans la toute dernière partie, Binoche va faire valser les vieux principes et les jeunes filles vont se libérer. (Joëlle Lehrer)

LA BONNE ÉPOUSE Bande Annonce (2020) Juliette Binoche, Edouard Baer, Comédie

3. "De Gaulle"

Biopic de Gabriel Le Bomin, avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet et Catherine Mouchet.

Pour certains critiques, il s’agit d’un biopic coincé tandis que pour d’autres, d’un biopic émouvant et spectaculaire. Toujours est-il que "De Gaulle" est le premier long-métrage consacré à cette figure historique. Il s’attache aux semaines précédant le départ du Général de Gaulle pour Londres et l’appel du 18 juin 1940. Sa relation avec sa femme Yvonne est mise en avant. (J. L.)

DE GAULLE Bande Annonce (2020) Lambert Wilson

4. "Les Parfums"

Comédie dramatique de Grégory Magne, avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel et Sergi Lopez.

Si l’univers des parfums vous fascine, ce film vous propose de suivre la vie d’un nez. Ou si vous voulez une créatrice de parfums de luxe devenue vraie diva. Sauf que sa rencontre avec un nouveau chauffeur, l’excellent Grégory Montel, va lui faire comprendre que les gens n’ont pas qu’une odeur mais aussi une sensibilité. (J. L.)

LES PARFUMS Bande Annonce (Comédie, 2020) Grégory Montel, Emmanuelle Devos

 

5. "Lynn+Lucy"

Drame de Fyzal Boulifa, avec Nichola Burley et Roxane Scrimshaw.

Produit par la boîte de production de Ken Loach, cette histoire d’amour/amitié entre deux jeunes femmes issues de milieux défavorisés, dans une banlieue anglaise, tourne au drame dès le moment où l’une des deux a un enfant. La critique anglaise a salué l’interprétation des actrices principales. (J. L.)

Lynn + Lucy (trailer) - available on Digital from 2 July | BFI

6. "Le Miroir"

Drame d’Andreï Tarkovski, avec Margarita Terekhova, Oleg Yankovski et Larissa Tarkovskaïa

Version restaurée de l’un des chefs-d’œuvre du grand maître russe qu’il réalisa en 1975 et dans lequel il mit tous les sentiments qu’il avait pour son enfance, ses proches et son passé. Selon lui, "Le Miroir" est, au départ, l’histoire d’un homme ayant grandi parmi les femmes et se comportant comme si tout lui était dû. La beauté de ce film-tiroir est éblouissante. (J. L.)

Le miroir - Andreï Tarkovski (VOSTFR)

 

7. "Escape From Pretoria"

Biopic et film d’action de Francis Annan, avec Daniel Radcliffe et Daniel Weber.

L’histoire vraie de deux militants blancs de l’ANC détenus dans la prison de Pretoria, en Afrique du Sud, en 1978 et qui parviendront à s’en échapper. Les préparatifs de l’évasion valent le détour. (J. L.)

ESCAPE FROM PRETORIA Trailer (2020)

8. "Marianne & Leonard, Words of Love"

Documentaire de Nick Broomfield, avec Leonard Cohen et Marianne Ilhen.

La grande histoire d’amour de Leonard Cohen sur l’île d’Hydra en Grèce avec la belle Norvégienne Marianne Ilhen dans les années 60. Le touchant de l’affaire, c’est que les deux tourtereaux moururent à trois mois d’intervalle, en 2016, comme des amants éternels mais à deux endroits différents du monde, lui à Los Angeles, elle à Oslo. "So long, Marianne", fut écrite pour elle. (J. L.)

MARIANNE & LEONARD WORDS OF LOVE | Official Trailer | Roadside Attractions

"Tenet", le nouveau Christopher Nolan, reporté plusieurs fois et annoncé pour le 12 août. ©doc

Un été cinéma sans gros calibres mais non sans qualité!

On aurait pu craindre que réouverture rime avec pauvreté, les grands distributeurs internationaux préférant miser sur le lourd, donc sur la sécurité de la rentrée. On sait déjà que seuls deux cadors prendront le risque: «Tenet», le nouveau Christopher Nolan, souvent reporté et annoncé pour le 12 août, et «Mulan», du géant Disney (date est à confirmer). D’un côté un thriller intelligent dans la lignée d’«Inception» (qui ressort pour l’occasion le 15/7), de l’autre la version en chair et en os du désormais classique animé de 1998, qui retrace le destin d’une jeune guerrière.

Cette absence de gros calibres laissera la place à un autre type de cinéma. Et les observateurs se réjouissent que le public puisse ainsi modifier ses habitudes. On parie sur le succès surprise de certains films plus «auteur», mais orientés grand public. Épinglons «Un fils» (1/7), drame familial tunisien en forme de thriller; «Berlin Alexanderplatz» (5/8), revisite du roman culte transposé dans le Berlin underground d’aujourd’hui; ou «House of the Humming Bird» (19/8), film coréen qui pourrait profiter de l’aura de «Parasite» – l’itinéraire d’une ado en marge dans les années 90.

Grands classiques remasterisés

Les amateurs de grands classiques remasterisés se réjouiront de revoir «Crash» (22/7) de Cronenberg, l’extraordinaire «Miroir» (1/7) de Tarkovski, et la palme 1993, «La leçon de piano» (29/7), qui n’a pas pris une ride.

Au rayon animation, «Yakari» (12/8) permettra à une nouvelle génération de découvrir le très sage Grand-Aigle et le fougueux mustang Petit-Tonnerre. Du côté belge, Ben Stassen nous propose une variation sur le yéti avec «Bigfoot Family», la suite de son «Bigfoot Junior».

La France n’est pas totalement hors course. «Divorce Club» (15/7), de Michaël Youn, devrait attirer ceux qui veulent fêter le déconfinement en mode big fiesta (par procuration). «Été 85» (15/7), signé François Ozon, nous plongera dans une ambiance à la «Call Me By Your Name»: sexualité, musique, sentiments. Les amateurs d’«Astérix et Cléopâtre» attendent beaucoup du «Brutus VS César» de Kheiron (12/8), avec Gérard Darmon, Pierre Richard et Thierry Lhermitte. (Sylvestre Sbille)

 

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