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interview

Romain Duris et Guillaume Senez: "L'émotion était là sans arrêt"

Complicité plus vraie que nature entre Olivier (Romain Duris) et sa sœur Betty (Laetitia Dosch). ©Cineworx

Trois ans après "Keeper", Guillaume Senez nous invite à partager le quotidien épidermique d’Olivier (Romain Duris) dans un film intimiste mais puissant sur la vie moderne, la famille, l’aliénation.

Olivier vit une vie normale, avec sa femme, ses enfants, son boulot. Dans l’immense dépôt de préparation de colis, Olivier est sous-chef. Mais la pression sur les équipes est énorme. Un soir, sa femme n’est plus là. Olivier, surpris, perdu, fait face comme il peut. Il essaie d’assumer pleinement son rôle de parent, ce qui pèse sur ses horaires. Le voici à nouveau en porte-à-faux… Heureusement, débarque sa jeune sœur, artiste, qui essaie de mettre un peu de soleil dans tout ça. Olivier risque-t-il de sombrer? Ou toutes ces épreuves vont-elles le révéler à lui-même?

Avec ce film aux apparences de simplicité, Guillaume Senez nous raconte l’intime de nos vies avec une véracité absolument déconcertante. Tout sonne juste: les enfants qu’on habille pour l’école, l’amour inconditionnel d’une sœur – elle aussi en recherche d’elle-même –, l’incompréhension face à l’absence de l’être aimé, l’impitoyable (et presque invisible) pression sociale… Un film impressionniste fait de moments, mais qui construit au final une épopée: celle d’un homme blessé qui convoque toutes ses pulsions de vie, bien décidé à ne pas "lâcher l’affaire".

Nos batailles

Romain Duris, comment arrive-t-on à ce degré de vérité?

Guillaume a vraiment sa méthode. Je n’ai pas vu une ligne de dialogue. Les choses se créent sur le plateau, il rend l’acteur libre, et donc cela force la création. Je l’ai senti dès le premier jour de tournage, la première minute. Guillaume est pour l’invention, il nous accompagne dans ce sens-là. On sent toujours de la force, de la confiance dans son regard, jamais de jugement. Il a une idée très précise de ce que pourrait donner le moment, mais il ne l’impose à personne. Il s’arrange pour que ça surgisse. Au son, ils savent que les dialogues vont peut-être se chevaucher; à l’image, tout est prévu pour qu’on puisse bouger dans l’espace. Sur un plateau de cinéma, quand la magie opère, ça se sent, il y a une tension positive, un réveil. Là, c’était sans arrêt.

"Nos batailles"

Note: 4/5

De Guillaume Senez.

Avec Romain Duris, Basile Grunberger, Lena Girard Voss, Lætitia Dosch, Lucie Debay

Il y a beaucoup de plans-séquences…

Oui, la durée, c’est très important pour l’intensité. Du coup, j’ai un peu importé ça sur le tournage de la série que j’ai tournée après ("Vernon Subutex", d’après le roman de Virginie Despentes). J’ai repoussé les débuts et les fins, j’ai gardé cette liberté.

On ressent le poids mis par la société sur l’homme occidental moderne…

C’est vrai que sans ces accidents de parcours a priori traumatisants, le personnage serait peut-être passé à côté de quelque chose. De sa vie. Il voyait très peu ses enfants, son couple était devenu routinier, son travail l’aliénait totalement. Il se reprend en main. Même si, au départ, il est dépossédé de tout ce qui compte pour lui.

"C’était bien la première fois que je ne me souciais absolument pas de la caméra. J’ai adoré cette liberté-là."
Romain Duris
Acteur

Le plaisir c’est important dans le métier d’acteur?

Il y a toutes les écoles. Tout sert. Il faut savoir se préserver. Certains réalisateurs sont plus impatients, ils fulminent, il y a une nervosité, ça crée autre chose. Jacques Audiard, sur "De battre mon cœur s’est arrêté", c’était une ambiance plus tendue. Mais une tension qui sert le film. Ça m’allait très bien. Ici, on était dans la bienveillance, la liberté de mouvement. C’était bien la première fois de ma vie que je ne me souciais absolument pas de la caméra. J’ai adoré cette liberté-là.

Guillaume Senez ©BELGA

Guillaume Senez, le scénario ne suit pas les habituels trois actes narratifs…

L’idée était d’amener des touches d’émotion un peu partout, laisser un maximum de place au spectateur, laisser voyager les gens dans le film parce que nous ne sommes pas tous émus aux mêmes moments. Donc l’écriture est plus complexe.

Comment dit-on au spectateur qu’il peut lâcher prise pour entrer dans le film?

Tout est très écrit, mais j’essaie à toutes les étapes d’éviter le convenu, le trop attendu, la facilité. Pour les costumes, les musiques, tout. Aller vers le vrai. Je ne donne pas les dialogues par exemple. On y arrive ensemble avec les acteurs. Le cinéma plus classique va gommer les chevauchements, les hésitations, j’aime cette spontanéité, cette sincérité. Tous les efforts vont vers une seule chose: l’émotion du spectateur.

"J’aime cette spontanéité, cette sincérité. Tous les efforts vont vers une seule chose: l’émotion du spectateur."
Guillaume Senez
Réalisateur

Techniquement, c’est complexe…

J’ai toujours deux perchmans, et souvent deux caméras. C’est ce dispositif qui permet de suivre l’action. L’acteur fait ce que le moment lui inspire. Il se lève, il bouge… Ça crée aussi une belle connivence entre les techniciens, ça augmente l’esprit d’équipe, chacun essaie de résoudre les problèmes de l’autre. Comme dans un sport d’équipe: on gagne ensemble, on perd ensemble.

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