interview

Sam Feder: "Tous les intervenants dans le film sont trans"

©Netflix

Comment les personnes transgenres ont-elles été représentées par Hollywood? C’est la question nécessaire à laquelle répond le documentaire "Disclosure", à voir sur Netflix.

"Disclosure" mêle archives (certaines centenaires) et interviews de personnes trans. Si leur représentation à l’écran s’est considérablement améliorée depuis quelques années, ce documentaire analyse ce que les films et la télévision ont renvoyé comme images, souvent humiliantes, aux personnes concernées. La voix de Laverne Cox, première actrice trans en Une du Time Magazine, s’ajoute à celles de ses collègues – acteurs, réalisateurs ou activistes – dans ce travail complet et saisissant. À voir sur Netflix

Quelle est la genèse de ce projet?

Deux documentaires m’ont influencé: le premier était "The Celluloid Closet", qui parle de la représentation des lesbiennes et gays à Hollywood; le second, "Ethnic Notions", sur la représentation des noirs à Hollywood. J’ai toujours voulu voir un projet semblable sur les personnes trans depuis que j’ai commencé à faire des films, il y a 17 ans. Et puis, en 2014, alors que la société dans son ensemble a vraiment commencé à parler des personnes trans, on insinuait en parallèle que les personnes trans étaient quelque chose de nouveau. C’est cela qui m’a motivé à faire ce projet, pour expliquer comment on en est arrivé là, car il y avait tout une partie de l’histoire de la représentation des personnes trans qui était occultée.

«Cela a été très démoralisant ces cinq dernières années, alors que j’étais en train de préparer ce film, de voir l’administration de Donald Trump attaquer nos droits.»
Sam Feder
Réalisateur

L’une des forces de ce documentaire pour mieux comprendre cette histoire, c’est de voir cette accumulation d’exemples et d’images de représentation discriminantes de personnes trans à l’écran, jusque très récemment. Quels effets ces images ont sur une personne trans grandissant en voyant tout ça ?

"Il n’y a pas de transidentité unique, j’étais donc très heureux de pouvoir inclure dans ce documentaire des interviews avec trente personnes trans qui parlent de leur expérience face à ces images." Personnellement, je ne voulais pas que ma vie ressemble à ce que je voyais à l’écran (des personnes trans moquées, ou qui avaient forcément une maladie mentale, par exemple). Et, au final, tous ces messages, c’était une façon de rendre notre expérience invisible. Donc j’ai eu beaucoup de mal à me reconnaître là-dedans, et il a fallu que je rencontre une personne trans pour changer cette vision-là. Et pendant tout ce temps, on intériorise tellement de honte, de haine et de violence.

Disclosure | Official Trailer | Netflix

Certains épisodes de séries ont été retirés des plateformes de streaming où l’on voit des pratiques racistes comme le "blackface", par exemple. Pensez-vous que de la même manière, un jour, on devrait couper des scènes transphobes de certains films et séries?

Cela ne nous rend pas service de prétendre que ces choses-là n’ont pas existé. Je crains que si quelque chose est "annulé" ("cancelled"), cela sera effacé de notre histoire. Je veux que ces représentations néfastes cessent d’être perpétuées, mais le but de "Disclosure" c’est d’encourager une conversation autour de ces images. S’il s’agit de nouveaux films ou séries, et s’ils répètent les erreurs du passé, alors il faut questionner l’utilité de leur donner une plate-forme. Mais concernant les images du passé, ayons plutôt un regard critique là-dessus pour mieux avancer.

«Il n’y a pas de transidentité unique, j’étais donc très heureux de pouvoir inclure dans ce documentaire des interviews avec trente personnes trans qui parlent de leur expérience face à ces images.»
Sam Feder
Réalisateur

Vous parlez d’un moment pivot aux Etats-Unis en 2014 – notamment avec la célébrité de Laverne Cox, première actrice trans en Une de Time Magazine, et qui est aussi l’une des productrices exécutives de ce documentaire. Qu’est-ce qui a changé à ce moment-là?

Ce n’est pas Hollywood qui tout à coup nous a découverts. C’est le fruit d’un long travail de la part d’activistes trans. Laverne Cox travaillait depuis plusieurs années, et puis elle a vu Candis Cayne dans "Dirty Sexy Money", l’une des premières personnes trans à avoir un rôle en tant que personne trans dans une série télé en prime time. Cela l’a motivée à trouver un agent et puis elle a été castée dans "Orange is the New Black". Elle faisait partie du mouvement activiste à New York et était très impliquée. Donc tout cela n’est pas sorti de nulle part.

Dans la fabrication du film, vous avez aussi tenu à recruter en priorité des personnes trans.
Oui, c’est la partie "invisible" du film dont je suis le plus fier. Tous les intervenants dans le film sont trans, et pour ce qui est de la fabrication du film, nous avons recruté des personnes trans autant que possible, et, quand cela ne l’était pas, chaque personne non-trans devait former une personne trans. Vous savez, on entend souvent dire qu’il n’y a pas de personnes trans à employer, donc, si nous, une petite structure indépendante, on a pu les trouver, alors un gros studio n’a aucune excuse.

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump prend pour cible les droits des personnes trans. Comment votre documentaire s’inscrit-il dans ce contexte? Dès que vous voyez une communauté marginalisée obtenir l’attention plus globale de la société, il y a toujours un retour de bâton. Donc je ne suis pas surpris, mais "Cela a été très démoralisant ces cinq dernières années, alors que j’étais en train de préparer ce film, de voir l’administration de Donald Trump attaquer nos droits." J’espère donc que l’un des résultats de ce film sera de pousser les Américains à questionner leur vote.

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