Seras-tu mon père pour toujours?

©Xenix

Premier film danois, “A Perfectly Normal Family” nous dit le changement de sexe d'un père de famille, du point de vue de ses filles ados. Bravo!

Quand elle est venue au monde, son père s'occupait beaucoup d'elle. Et il regardait pas mal l'équipe nationale danoise de foot, à la télévision. Aujourd'hui, Emma est adolescente, mais elle adore toujours le foot. Alors que sa grande sœur Caroline s'apprête à faire sa confirmation solennelle, elle sent bien que les choses ne vont pas entre son père et sa mère. Le soir à table, la maman explique qu'ils vont divorcer. La raison? Le père doit l'expliquer le plus simplement possible. Il a décidé de devenir une femme. Lors d'une séance de psychothérapie familiale, quelques semaines plus tard, Thomas annonce que, dorénavant, il aimerait qu'on l'appelle Agnete. Sa fille aînée trouve que c'est joli, Agnete, comme prénom. L'avis d'Emma est difficile à connaître: elle a accepté d'être présente à la séance, mais s'est littéralement enveloppé la tête dans son écharpe. Au moment où tout le monde va repartir, elle appelle son père et lui pose une question à travers l'écharpe. Elle veut bien l'appeler Agnete, mais est-ce qu'il sera son père pour toujours?

Pour traiter certains sujets, il vaut mieux éviter les fioritures, au risque de diluer le propos, voire de manquer complètement sa cible. Cette économie dans les effets, “A Perfectly Normal Family” en a fait sa marque de fabrique. Alors, certes, il ne faut pas s'attendre à plonger profond dans les psychés ravagées des membres de la famille, comme l'auraient sans doute fait d'autres génies danois comme Thomas Vinterberg (“Festen”, “Drunk”) ou Lars Von Trier (“Breaking The Waves”, “Les Idiots”). Mais cette simplicité possède un mérite extrême: l'identification. Car cette famille ne ressemble pas du tout à une famille de cinéma, et bien à nos voisins d'en face.

Et le thème se met alors à respirer, et à titiller notre inconscient, au moyen de dizaines de petites questions qui commencent par “et si...”. Et si moi aussi j'avais un jour senti grandir le besoin impérieux de m'habiller différemment, jusqu'à accepter ce qui bouillonnait peut-être en moi depuis ma plus tendre enfance? Et si ma compagne/mon compagnon avait exprimé un tel désir, une telle nécessité, que j'aurais ressentie d'abord comme une violente agression, une trahison - mais qui se révélerait au final aussi inarrêtable qu'une déferlante? Et si j'avais été l'enfant d'un couple comme celui-là? Et si j'étais le parent? Ces questions brûlantes peuvent sembler théoriques, mais, ici, elles existent non pas avec l'évidence d'une équation, mais avec la brûlure du quotidien.

Pour servir son propos, la jeune réalisatrice de 32 ans multiplie les bonnes idées. La première est de mêler à son histoire de très touchantes, et très révélatrices images d'archives, filmées avec le caméscope familial, et criantes de vérité. L'autre, est d'avoir convoqué un casting fusionnel. Les deux sœurs sont épatantes de finesse, de complicité, d'intériorité, pour entourer Mikkel Boe Følsgaard. C'est lui qu'on avait découvert donnant la réplique à Mads Mikkelsen et à Alicia Vikander dans “A Royal Affair”, dans le rôle de Christian VII - film qui représenta le Danemark aux Oscars en 2013. Et pendant les 96 minutes que dure “A Perfectly Normal Family”, vous aussi vous aurez très envie de l'appeler Agnete.

“A Perfectly Normal Family”

De Malou Reymann

Avec  Mikkel Boe Følsgaard, Kay Toft Loholt, Rigmor Ranthe, Neel Rønholt...

Quatre étoiles

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