Séries déconfinées 1/3: Un ralentissement finalement salutaire?

La nouvelle saison de "La servante écarlate" (initialement prévue pour l’été) a été différée. ©doc

Des séries bingewatchées à l’envi et une industrie qui tourne au ralenti: la crise sanitaire a chamboulé le monde des séries jusqu’à nos façons de les consommer.

Peut-être parce qu’elles rassurent et permettent de s’échapper d’une réalité angoissante par tranches de quelques heures, les séries ont été particulièrement plébiscitées pendant le confinement. Média de l’intime et du chez-soi, la fiction sérialisée a la cote et qui dit confinement, dit visiblement bingewatching décomplexé. Pour son premier semestre de l’année, Netflix a par exemple enregistré une hausse d’abonnements de près de 65% par rapport à la même période en 2019. Pourtant, cette industrie florissante tourne actuellement au ralenti et produit des effets déjà bien réels sur notre routine de plateau télé.

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Séries déconfinées

La pandémie n’a pas épargné l’industrie audiovisuelle, et nos fictions en séries en ont été bouleversées. Mais en tentant de rebondir et de faire de ces obstacles inédits des opportunités, la crise sanitaire fait aussi office d’incubateur pour les séries TV. Voici les trois thèmes qui seront abordés cette semaine:

1/3: Consommation des séries post-confinement

2/3: Création des séries post-confinement

3/3: Production et diffusion des séries post-confinement

Sériephiles en PLS ou pantouflard·es désabusé·es, les sorties d’abord reportées puis carrément suspendues d’un grand nombre de séries ont testé notre patience: la nouvelle saison de "La servante écarlate" (initialement prévue pour l’été), celle de "Fargo" (qu’on attendait en avril) tout comme la suite de "Stranger Things" qui s’était fendue d’un trailer tout frais juste avant le confinement, ont toutes été différées.

Pour d’autres séries aux saisons plus fournies et donc au timing plus serré, les stocks d’épisodes inédits ont rapidement fondu. On retiendra la seizième saison de "Grey’s Anatomy" écourtée pour cause de montage inachevé ou, plus mélodramatiquement, la pause historique des "Feux de l’Amour" qui avaient jusqu’alors flamboyé sans discontinuer pendant 47 années.

En plus de voir sa patience mise à l’épreuve, le public a aussi été contraint de s’adapter à de nouveaux paramètres imposés par la pandémie, comme la fermeture des studios de doublage – Netflix s’excusant du fait que certains "finals", ceux de "Riverdale" ou "Outlander" par exemple, aient été diffusés sans VF disponible.

Voilà pour les secousses déjà ressenties. Qu’en est-il de la suite? Les effets des changements de calendrier continueront de marquer l’industrie, au point qu’il n’est pas insensé d’imaginer, dans un premier temps, que le ralentissement des sorties se prolonge jusqu’à la fin de l’année, voire dans le courant 2021.

Le public a été contraint de s’adapter à de nouveaux paramètres imposés par la pandémie, comme la fermeture des studios de doublage.

Un repli providentiel pour éviter la bulle?

Certain·es observateur·rices vont jusqu’à parler de la crise comme d’une bonne nouvelle, qui permettrait de retarder voire d’éviter l’explosion de la fameuse "bulle des séries". Une bulle? Le consommateur tombe des nues. Interruptions, retards, et maintenant une bulle? Eh oui, ici aussi le succès providentiel risque de provoquer une crispation, voire une explosion: trop de séries risquent de tuer la poule aux œufs d’or (ou de lui donner un coup dans l’aile). Explication.

Certain·es misent sur un retour au visionnage moins frénétique et proposent la rediffusion de fictions moins fraîches mais cultissimes.

Depuis le début des années 2000 et les premières séries cultes ("Oz", "Six Feet Under", "24H Chrono", "Deadwood", "The Wire", "The Shield"), la tendance est exponentielle. Beaucoup d’entre nous "possèdent" (ou sont possédé·es par?) plusieurs séries phares, et en consomment des dizaines par an. Or, tout comme les réserves naturelles de la Terre, le temps de loisir disponible n’est pas extensible à l’infini (à moins de creuser dans les réserves, c’est-à-dire le sommeil, ce que beaucoup font déjà).

Avec le relâchement forcé de l’offre de séries et nos nouvelles habitudes sanitaires, certain·es misent sur un retour au visionnage moins frénétique et proposent, en lieu et place de l’habituelle avalanche de nouvelles séries, la rediffusion de fictions moins fraîches mais cultissimes, comme l’intégrale de "Borgen" sur Netflix, celle des "Sopranos" sur Betv, ou celle de "The Killing" tout l’été sur Arte.

À ce rythme, le milieu s’attend aussi à une fuite vers d’autres types de loisir… diminution qu’on aimerait contrôler. Si elle n’est pas violente, ce sera peut-être un bénéfice pour tout le monde. De nouvelles habitudes dues à une petite récession en terme de nouveautés pourrait venir recentrer le marché, au lieu de le laisser s’étendre vers le toujours plus. À toute chose malheur est bon, dit l’adage… mais la qualité sera-t-elle au rendez-vous?  

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