Séries déconfinées 2/3: Nouveaux formats providentiels ou crispation généralisée?

Pour les scénaristes de la nouvelle série belge «Pandore», Savina Dellicour, Vania Leturcq et l’actrice Anne Coesens (photo), il a été à un moment question d’intégrer la pandémie au scénario. ©Artemis Productions

La crise sanitaire influence nos petites habitudes de consommation, l’air est connu. Mais qu’en est-il des créateur·rices? Allons-nous vers de splendides nouveautés, ou suivrons-nous sagement les rails de ce qui rassure (et qui marche)?

Tous les métiers de terrain, qui requièrent une présence physique (les acteur·rices mais aussi tous les métiers techniques) sont restés plusieurs mois en suspens. Pendant ce temps, seul·es les scénaristes pouvaient encore travailler. Peut-on légitimement imaginer, toutes proportions gardées, un boom de nouveaux projets quand le déconfinement sera absolu et la crise sanitaire derrière nous?

Séries déconfinées

La pandémie n’a pas épargné l’industrie audiovisuelle, et nos fictions en séries en ont été bouleversées. Mais en tentant de rebondir et de faire de ces obstacles inédits des opportunités, la crise sanitaire fait aussi office d’incubateur pour les séries TV. Voici les trois thèmes qui seront abordés cette semaine:

1/3: Consommation des séries post-confinement

2/3: Création des séries post-confinement

3/3: Production et diffusion des séries post-confinement

La réalité est plus triviale. De nombreux·ses auteur·es confient avoir ressenti une paralysie créative – un confinement subi n’ayant pas les mêmes vertus qu’un confinement créatif organisé. Dans le monde des séries comme pour le fameux "monde de demain" qu’on appelle tou·te·s de nos vœux, on ressent déjà un retour accéléré vers le "monde d’hier", qui fonctionne et qui rapporte – mais avec la lourde conscience qu’un mieux serait certes possible, mais à la fois impossible avec notre modèle positiviste et consumériste dominant.

Les scénaristes, rois du monde, susceptibles de nous inonder de nouveaux univers et de nouvelles façons de penser? On y a cru pendant quelques mois… mais c’est déjà reparti comme en 14. On entend beaucoup plus parler aujourd’hui de respect des délais que de création débridée. À moins que l’avenir ne vienne contredire tout cela: sauf mode opératoire en équipe hyper légère, le délai de livraison d’une série se chiffre en tranche d’au moins 6 mois.

Nouvelles écritures?

Sans doute que quelques artistes issus d’une nouvelle génération auront pris la caméra pendant le confinement. Mais on n’a pas (encore?) vu émerger une foule de séries géniales tournées à la maison par des jeunes avec leur smartphone en mars, avril ou mai… Ni en format court, ni en mode guérilla, ni sur le ton de l’humour… C’était les voisins sur le balcon, et l’éternel royaume des chats qui font plouf dans des piscines gonflables, sur un mode lol un peu triste où on ne pouvait partager que virtuellement. Bref le repli.

On entend beaucoup plus parler aujourd’hui de respect des délais que de création débridée.

Et puis de nouvelles questions pragmatiques se sont rapidement posées: fallait-il aller vers une écriture adaptée, voire transformer les composantes du récit lui-même? Les futures intrigues appartiennent-elles à un monde dans lequel le Covid existe/a existé? Faut-il prendre en compte ces nombreux témoignages de spectateur·rices qui se disent angoissé·es à la vue de deux personnages ne respectant pas la distanciation sociale?

Séries belges postposées

Si on prend l’exemple de la série politico-judiciaire belge "Pandore", dont le tournage devait commencer le 14 avril, l’ambiance était plutôt à la grimace. Tout a été mis en attente. Pour les trois scénaristes (Savina Dellicour, Vania Leturcq et l’actrice Anne Coesens), il a même été à un moment question d’intégrer la pandémie au scénario, histoire de rendre crédible la présence des masques. Avant de prendre du recul…

Avant que les créateur·rices changent notre vie avec de nouveaux contenus, c’est leur vie à eux qui devra changer.

Autre élément à garder en considération maintenant que l’ambiance est prudemment à la reprise: la liberté des comédien·nes (une centaine de rôles sur "Pandore"). Qui sera pris à la rentrée par un rôle au théâtre, un rôle au cinéma? Un véritable casse-tête. On parle aussi beaucoup de tournages plus légers, pour passer sous le radar des compagnies d’assurance, frileuses à l’idée de couvrir les rassemblements importants. Mais l’ambition de certains projets implique des équipes pratiquement incompressibles

En conclusion, les premiers vrais progrès tangibles du confinement seront sans doute plus politiques que créatifs: les différents métiers et corporations ont eu le temps de se parler, et donc dorénavant on revendique d’une seule voix, plus forte, voix qui a d’ailleurs permis la loi adoptée ce 9 juillet par la Chambre (statut d’artiste, droits d’auteur, cumul, etc.). Avant que les créateur·rices changent notre vie avec de nouveaux contenus, c’est leur vie à eux qui devra changer, vers moins de précarité…

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