Séries déconfinées 3/3: Quel avenir pour les productions audio-visuelles?

Netflix a pu proposer un catalogue de qualité cette année avec, entre autres, l'acquisition des Miyazaki, mais on peut regretter des séries très "toutes les mêmes" produites par la plateforme.

Les débats parlementaires, tribunes remontées et autres coups de gueule sur les réseaux sociaux ne permettent aucun doute: le milieu culturel subit de plein fouet la crise sanitaire et ses conséquences économiques. Ce qui oblige le secteur à imaginer de nouveaux modèles de production et de diffusion…

Le pitch roi

Séries déconfinées

La pandémie n’a pas épargné l’industrie audiovisuelle, et nos fictions en séries en ont été bouleversées. Mais en tentant de rebondir et de faire de ces obstacles inédits des opportunités, la crise sanitaire fait aussi office d’incubateur pour les séries TV. Voici les trois thèmes qui seront abordés cette semaine:

1/3: Consommation des séries post-confinement

2/3: Création des séries post-confinement

3/3: Production et diffusion des séries post-confinement

Une pratique utilisée aujourd’hui, bien qu’elle soit loin d’être majoritaire, consiste pour les chaînes à sélectionner certaines séries non sur base d’un pilote (un premier épisode, destiné à présenter la mise en images, le ton, le casting ou encore l’amorce du récit), mais sur seule base du scénario, voire du pitch, une description parfois très concise du projet. Avec les conditions de création imposées par la pandémie, cette tendance pourrait bien devenir, même temporairement, dominante.

Ce nouveau mode va-t-il entraîner une prise de risque accrue, avec potentiellement de la vraie nouveauté étonnante pour les spectateur·rices, ou au contraire une tentative de maîtrise plus importante, en misant sur les valeurs sures, c’est-à-dire les chaînes, les stars ou encore les adaptations dont on connaît par avance le potentiel de séduction ?

La crainte, c’est ce fameux repli, cette crispation qu’on constate notamment dans le monde de l’édition, où on nous annonce une rentrée littéraire diminuée, avec en point de mire une prise de risque contrôlée en misant sur les auteur·es les plus "bankable". Les grandes maisons (Gallimard, Grasset, Albin Michel) annoncent moins de romans, plus d’auteur·es très identifié·es, et pratiquement pas de premiers romans… Bref, l’audace, ce sera pour une autre fois (quand on aura consolidé les avoirs?).

Les plateformes seules en scène

Dans la même optique, un renforcement des plateformes est à envisager – en tout cas celles qui se basent le moins sur la pub, les contrats étant revus à la baisse pour le moment. Tendance prévisible: ce sont ceux qui sont les mieux installés qui s’en sortiront. Et Netflix de se frotter les mains d’avoir tout fait pour occuper massivement le marché ces dernières années…

Netflix a tout fait pour occuper massivement le marché ces dernières années.

Les "petites" plateformes qui prenaient leur temps pour construire un catalogue se retrouvent, elles, face à un double obstacle: moins d’opportunités d’étoffer leur offre pour les mois à venir, et probablement moins d’intérêt du public à multiplier les abonnements. Ainsi, si on ne craint rien pour Netflix, on peut se demander ce qu’il en sera de Disney+ par exemple, qui débarquera en Belgique le 15 septembre, tandis que Hulu, HBO Max, Peacock, etc. prendront possiblement leur temps avant de proposer leur catalogue chez nous.

Voilà qui est dommage pour le consommateur (voire l’accro aux séries). Car Netflix c’est bien… quand c’est bien (les accords avec Marin Karmitz, l’acquisition des Miyazaki, les grandes séries emblématiques à la "The Crown"…). Mais on peut regretter des séries très "toutes les mêmes" ("The English Game", sur l’invention du foot, l’artificiellement nostalgique "I am not okay with this", et tant d’autres) qui pourraient se généraliser dans un contexte de crispation sur ses acquis. Et les nouveautés hyper fraiches? Pour cela il faudra attendre. Peut-être que dans un an on nous annoncera que tel projet totalement innovant n’a pu naître que grâce au contexte hyper décomplexant de la pandémie… Croisons les doigts.

Vers une nouvelle chronologie des médias?

En attendant, dans notre petite Belgique, les choses sont en train d’évoluer par rapport à la sacro-sainte chronologie des médias. Par tradition, et pour suivre l’exemple français soumis à réglementation, les films sortent d’abord en salles, puis en télévision, puis sur une plateforme donnée, en suivant des créneaux très stricts. Mais la pandémie est venue secouer le cocotier. Avec certains délais qui pourraient se voir raccourcis, voire des sorties simultanées à la mode Netflix, qui pourraient se voir pérennisées. Aux USA ce printemps, "Les Trolls 2, tournée mondiale" a sauté la case "salles de cinéma" pour rapporter 100 millions en VOD (à coup de $ 19,99 le film). Les prémices d’un prochain déferlement tous azimuts?

Nouveau métier

Devenez référent·e sanitaire "Covid-19"

Aujourd’hui les tournages sont en train de reprendre avec certaines règles… et même de nouveaux métiers. Si vous voulez répondre à l’annonce de Screen Brussels et devenir "référent·e sanitaire", pas besoin d’être régisseur·euse de plateau ou directeur·rice de production (même si, forcément, ça aide). L’idée est de former des gens capables de "réfléchir de manière autonome", afin d’apporter des solutions à chaque tournage, en fonction des spécificités du jour et du lieu, voire de l’équipe. Non seulement on mettra en place des mesures sanitaires, mais on veillera au respect de celles-ci pendant le tournage. En mode "Shérif, fais-moi peur"? Il est précisé que ce nouveau métier ne s’éteindra pas avec la présente crise sanitaire. On nous prédit du long-terme, où il faudra se préparer à "gérer d’autres situations sanitaires complexes". Bigre!

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