"Sons of Philadelphia", des losers à l’âme maudite

Matthias Schoenaerts dans "Sons of Philadelphia". ©Nelson Gedalof

Difficile de passer à côté de "Sons of Philadelphia", si l’on suit tout ce que fait Matthias Schoenaerts. En mafieux à l’insu de son plein gré, l’acteur belge offre, ici, l’un de ses rôles les plus taciturnes.

Film noir plutôt que film de gangsters, c’est ainsi que caractérise le réalisateur français Jérémie Guez son "Sons of Philadelphia", qui s’appuie sur le roman de l’Américain Pete Dexter, "Un amour fraternel". Tourné en partie en studio et en partie à Philadelphie, ce long métrage nous plonge dans une guerre des gangs qui faisait rage dans les années 70. Sauf que le réalisateur a opté pour une lecture actuelle du roman et donc, à l’image, l’action se déroule aujourd’hui.

Dès le début du récit, on a l’impression d’avoir affaire à des losers à l’âme maudite. Et cela va se confirmer au fur et à mesure. Matthias Schoenaerts campe Peter, un Irlandais dont le père a été assassiné par son oncle et dont la sœur est morte renversée par une voiture. Son personnage semble porter ce double fardeau tragique sur les épaules. Au sens littéral. Introverti mais pas antipathique, il a été élevé par son oncle, un autre Irlandais lié à un gang, ou chef de gang – ce n’est pas clair –, et a grandi avec son cousin. Incarné par Joel Kinnaman, – qu’on a pu voir dans "House of Cards" aussi bien que dans "Suicide Squad" et "Millenium: les hommes qui n’aimaient pas les femmes" –, ce cousin va peu à peu se glisser dans la peau d’un vrai salopard

Bande-annonce "Sons of Philadelphia"

Inspiré de Melville

Le film de gangsters n’est ici jamais glamour, ni bling-bling. Et s’il nous arrive de penser à ce que Scorsese a réussi dans le genre, il faut bien admettre qu’avec "Sons of Philadelphia", on n’est pas dans du Scorsese. Du reste, le réalisateur ne prétend pas égaler le maître et assure s’être inspiré aussi de Melville.

Si ce n’est pas prétentieux, c’est parfois un peu confus et ennuyeux. Peut-être parce que les images sont souvent grises, peut-être parce que, in fine, on n’a d’empathie pour aucun des protagonistes… Même pas pour le brave Schoenaerts qui tente de sauver un jeune boxeur, un cheval blessé, un associé qui n’a pas compris qu’il était racketté par le cousin, ni même le cousin dont l’âme ne pourra pas être sauvée…

Et pourtant, Matthias Schoenaerts tenait à ce personnage. Il s’inscrit dans la lignée de "De rouille et d’os". Mais avec moins d’intensité que dans le précité. Il aurait sans doute fallu creuser un peu plus dans la psychologie de ce gars solitaire qui, à deux reprises au moins, avoue être prêt à "se casser à Hawaï" et à laisser son cousin et sa clique dans leur spirale de violence. Les ennemis, le gang des Italiens, sont, finalement, très peu apparents dans ce "Sons of Philadelphia". Et sans de bons ennemis, un film noir n’est, à notre avis, pas suffisamment corsé.

Thriller

"Sons of Philadelphia"

de Jérémie Guez, avec Matthias Schoenaerts, Joel Kinnaman et Ryan Philippe.

Note de L'Echo: 2/5

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