chronique

"Spotlight" crée la surprise aux Oscars

"Spotlight", portant sur les prêtres pédophiles, a été sacré meilleur film aux Oscars, tandis que le western sombre "The Revenant" a fait entrer son réalisateur Alejandro Iñarritu dans la légende d’Hollywood et offert à Leonardo DiCaprio sa première statuette. "Mad Max: Fury Road" est reparti avec six prix techniques.

"Spotlight", de Tom McCarthy, était servi par un remarquable ensemble d’acteurs dont Mark Ruffalo, Rachel McAdams ou Michael Keaton, incarnant l’équipe de journalistes du "Boston Globe" qui ont révélé le scandale des abus sexuels au sein de l’Eglise. "Ce film a donné une voix aux victimes. Cet Oscar amplifie leur voix et nous espérons que ce chœur va résonner jusqu’au Vatican", a lancé le coproducteur Michael Sugar sur la scène du Dolby Theatre.

"Spotlight" a déjà récolté deux fois et demie sa mise dans les salles du monde entier.

Film indépendant à 20 millions de dollars, "Spotlight" a déjà récolté deux fois et demie sa mise dans les salles du monde entier. L’enquête du "Boston Globe" avait permis de révéler comment la hiérarchie catholique locale, avec à sa tête le cardinal Bernard Law, avait de manière systématique, et souvent cynique, couvert des abus sexuels commis par quelque 90 prêtres à Boston et dans les environs au cours de plusieurs décennies. Ces différents articles avaient valu aux journalistes de recevoir le prestigieux Prix Pulitzer.

©Photo News

Leonardo DiCaprio, l’une des plus grandes stars d’Hollywood, a quant à lui enfin reçu son premier Oscar pour son interprétation d’un trappeur en quête de vengeance dans "The Revenant" (lire le portrait en page 2). L’acteur de 41 ans, militant écologiste, a appelé une nouvelle fois à agir contre le changement climatique, "menace la plus urgente pesant sur notre espèce".

Il a rendu hommage à ses parents, à Martin Scorsese dont il est l’acteur fétiche, et à Iñarritu: "tu as forgé ta place dans l’Histoire". Ce dernier, déjà primé l’an dernier pour "Birdman", est seulement le troisième metteur en scène à réussir un tel doublé, après les mythiques John Ford (1941 et 1942) et Joseph L. Mankiewicz (1950 et 1951). Preuve de l’ascension des Mexicains au firmament d’Hollywood, son compatriote Emmanuel Lubezki est le premier directeur de la photographie à enchaîner trois Oscars pour avoir capté la beauté des paysages perdus et la brutalité du corps à corps de DiCaprio avec un grizzli.

Chez les femmes, Brie Larson, bouleversante mère captive dans "Room", et la Suédoise Alicia Vikander, épouse-courage de la pionnière des transgenres Lili Elbe dans "The Danish Girl", sont reparties respectivement avec les statuettes de meilleure actrice et meilleur second rôle féminin. En revanche le roi des films d’action Sylvester Stallone, finaliste pour sa septième reprise du boxeur Rocky Balboa, a été évincé par le Britannique Mark Rylance, agent russe dans "Le Pont des Espions".

Meilleur film: "Spotlight"

Meilleur réalisateur: Alejandro Gonzalez Iñarritu, "The Revenant"

Meilleur acteur: Leonardo DiCaprio, "The Revenant"

Meilleure actrice: Brie Larson, "Room"

Meilleur acteur dans un second rôle: Mark Rylance, "Le Pont des Espions"

Meilleure actrice dans un second rôle: Alicia Vikander, "The Danish Girl"

Meilleur film étranger: "Le Fils de Saul" (Hongrie)

Meilleur scénario original: "Spotlight"

Meilleur scénario adapté: "The Big Short"

Meilleurs décors, Meilleurs costumes, Meilleurs maquillages et coiffures, Meilleur montage, Meilleur montage du son et Meilleur mixage du son: "Mad Max: Fury Road"

Meilleure photographie: "The Revenant"

Meilleur film d’animation: "Vice-Versa"

Meilleur documentaire: "Amy"

Meilleur court-métrage de fiction: "Stutterer", de Serena Armitage et Benjamin Cleary

Meilleur court-métrage d’animation: "Bear Story", de Pato Escala Pierart et Gabriel Osorio Vargas

Meilleur court-métrage documentaire: "A Girl in the River: The Price of Forgiveness"

Meilleure bande originale: "Les Huit Salopards", de Ennio Morricone

Meilleure chanson originale: "Writing’s On The Wall", de Sam Smith et Jimmy Napes dans "Spectre"

Meilleurs effets spéciaux: "Ex Machina"

Oscars d’honneur: Spike Lee et Gena Reynolds OSA

 

La polémique sur le manque de diversité à Hollywood a été le fil rouge de la soirée. Pour la deuxième année de suite, les 20 acteurs candidats aux Oscars étaient blancs. Le présentateur noir Chris Rock a parsemé la cérémonie de sketches évoquant la frustration des Afro-américains face à leur difficulté à obtenir des rôles, interrogeant frontalement: "Si vous voulez des acteurs noirs chaque année aux Oscars, il faut créer des catégories pour les Noirs", a-t-il plaisanté, sarcastique. La présidente de l’Académie des Oscars, Cheryl Boone Isaacs, elle-même afro-américaine, a appelé "à agir" pour plus d’ouverture aux femmes et aux minorités.

Le chanteur Sam Smith, oscarisé pour la chanson du dernier James Bond, a estimé que "c’est important de parler de ces questions (…), il y a tant de choses qui doivent changer". Après avoir annoncé qu’il était probablement le premier homosexuel déclaré à gagner un Oscar – doublant Lady Gaga – il a appris en salle de presse qu’il s’était trompé, laissant échapper un juron… et déclenchant les rires.

Séquence émotion: l’Oscar de l’Italien Ennio Morricone pour la musique des "Huit Salopards" de Quentin Tarantino. Les yeux embués, le légendaire compositeur de musiques de western de 87 ans a été ovationné. Autre fait marquant, Disney a empoché un quatrième Oscar d’affilée pour "Vice-Versa". Le crépusculaire "Fils de Saul", premier long-métrage du Hongrois Laszlo Nemes, sur les Juifs forcés de travailler dans les chambres à gaz, a été sacré meilleur film étranger, doublant le franco-turc "Mustang" qui a triomphé aux César en France. D.B. (avec AFP)

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