Sur Netflix, une fable futuriste sur l'enfermement et la solidarité

Goreng (Zorion Eguileor) a emporté avec lui le «Don Quichotte» de Cervantès, alors que ses compagnons ont privilégié le couteau de cuisine... (c) Netflix

Hasard du calendrier, Netflix nous propose "El Hoyo", un film parfaitement de circonstance, nécessaire à notre survie collective...

Film d'anticipation
♥ ♥ ♥ ♥
«El Hoyo» («The Platform»)

De Galder Gaztelu-Urrutia
Avec Ivan Massagué, Antonia San Juan, Zorion Eguileor,…

>À voir sur Netflix

Clignement de l’œil: Goreng se réveille. Il est surpris: une pièce cubique en béton, sans la moindre fenêtre. En son centre, un trou parfaitement rectangulaire. En face, une simple banquette comme la sienne, et sur la banquette un vieil homme. Soudain, la plateforme fait son apparition de l’étage supérieur et vient se loger dans le vide au milieu de la pièce. Le vieil homme, à genoux, se met immédiatement à dévorer les restes abjects qui s’y trouvent, reliquats écœurants des étages supérieurs.

Goreng n’y touche pas. Il a du respect pour lui-même. Surtout, il n’a pas encore assez faim. "Attends demain", lui dit son compagnon. Goreng ne l’écoute pas: il veut s’adresser à l’étage du dessus, pour qu’on fasse remonter l’info: laissez-en aux autres – car la table, lorsqu’elle est intacte, semble fabuleusement garnie. Il ne récolte qu’insulte et crachats. Telle est la loi de la Fosse. 

La plateforme (Bande annonce) VF 2020 | YouFlix

Parabole

C’est exactement le genre de métaphore futuriste intelligente qui, autrefois, aurait été projetée au Festival du Film Fantastique de Bruxelles avec beaucoup de succès ("Tuer encore? Jamais plus!"), avant de connaître une sortie en salles ciblée, puis de se retrouver sur les étagères des vidéo clubs où, le bouche à oreille aidant, il aurait lentement entamé sa progression vers le succès d’estime, voire vers le culte.

C’est ce qui était arrivé à "Cube" (1997), dont cette "fosse" (hoyo en espagnol) rappelle le décor nu et répétitif. Aujourd’hui les modes de production et la chronologie des médias ont changé, et le film débarque directement sur une plateforme emblématique, où des millions de gens la découvrent en même temps. Et tant mieux. Parce que cette parabole presque philosophique fonctionne, et à plusieurs niveaux. 

Qualité du scénario

Le film se ditingue par la qualité du scénario, qui rappelle le stupéfiant court-métrage de Denis Villeneuve «Next Floor».

D’abord, c’est un bel objet. Les décors ne sentent pas le carton-pâte, ni le numérique à plein nez. Ensuite, parce que les acteurs sont en forme, et n’en font surtout pas trop – contrairement à certaines séries Netflix venues d’Espagne où le surjeu est en train de devenir la norme ("La casa de papel 3"). Surtout, par la qualité du scénario, qui rappelle le stupéfiant court-métrage de Denis Villeneuve "Next Floor" (prix à la Quinzaine des Réalisateurs en 2009).

Là, déjà, la nourriture était métaphore de consommation excessive et de perte de sens. On s’empiffrait d’animaux rares et entiers (requin, félins, tatous, mais pas de chauve-souris), jusqu’à l’étouffement, puis l’effondrement. Ici, on débute par de la fable philosophique – Goreng a emporté avec lui le "Don Quichotte" de Cervantès, alors que ses compagnons ont privilégié le couteau de cuisine ou… le teckel.

Puis on passe subtilement à une seconde moitié de film, où l’action et l’horreur sont plus assumés, mais jamais gratuits. Car la force du message  reste bien présente en filigranes. L’union fait la force, que diable !

 

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