Sylvie Coquart (RTBF): "Les ersatz de séries américaines, ça ne passe jamais"

Le Fonds Séries propose à partir de ce dimanche sur La Une «Invisible», une série fantastique de Marie Enthoven. ©Kwassa Films

Une nouvelle série ce dimanche sur La Une, 3 tournages en cours, 4 projets en développement: le Fonds Séries traduit la belgitude sur nos écrans. L’occasion de s’interroger sur l’apport de nos fictions belges dans un paysage culturel souffrant.

"La Trêve", "Ennemi Public", "Unité 42": le Fonds Séries, alliance entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et la RTBF, a vu juste à plusieurs reprises ces dernières années, en offrant son soutien à la création de séries de qualité, fleurant bon la belgitude. Le partenariat continue sur sa lancée et propose à partir de ce dimanche "Invisible", une série fantastique de Marie Enthoven, tandis que "Baraki", "Coyotes" et "Pandore" sont actuellement en tournage, et que de nouveaux projets sont sur les starting-blocks (voir encadré).

Alors que la pandémie s’éternise, la culture belge prend cher: salles fermées, projets postposés, revenus en suspens. Quel rôle peut jouer cette aide à la fiction made in chez-nous? C’est avec Sylvie Coquart, responsable éditoriale des séries belges à la RTBF, que nous avons exploré le présent et l’avenir de nos séries.

"C’est important d’avoir des talents qui soient dans le désir de communiquer des choses au public: des enjeux humains et dramatiques, au-delà de l’histoire qui se raconte."
Sylvie Coquart
responsable éditoriale des séries belges à la RTBF

Métiers artisanaux

Pour la création de séries, la crise se joue un peu différemment. "D’une certaine façon, le confinement, c’est du temps, c’est des choses à dire", souligne Sylvie Coquart, qui insiste sur une mission essentielle du Fonds Séries: valoriser ce temps de création et "faire en sorte que ces gens puissent vivre de leur métier. Ce sont des métiers artisanaux: quand on arrête de travailler, on perd le fil".

Pour la responsable éditoriale, une valeur essentielle que défendent les séries sélectionnées, c’est une envie de s’adresser à une audience large et diversifiée: "C’est important d’avoir des talents qui soient dans le désir, non pas de faire de la poésie pour son voisin de palier, mais de communiquer des choses au public: des enjeux humains et dramatiques, au-delà de l’histoire qui se raconte. L’histoire seule de suffit pas."

Sylvie Coquart, responsable éditoriale des séries belges à la RTBF

Ainsi, l’intérêt des séries belges tiendrait à un équilibre intuitif "entre cohérence et singularité": d’une part une portée fédératrice, d’autre part "une parole singulière belge francophone".

Avoir une gueule

Si une connaissance du paysage sériel, européen et au-delà, est indispensable pour envisager l’offre et la demande en termes de série, Sylvie Coquart précise que "les ersatz de séries américaines, ça ne passe jamais".

Alors elle ressemble à quoi, cette belgitude revendiquée? A-t-on tout dit, quand on a affirmé que la série belge n’a pas la flamboyance de la série américaine, ni le glaçage des séries françaises? La spécificité belge ne se définit-elle qu’en creux? Certainement pas: en érigeant la belgitude en critère de sélection, le Fonds Séries permet aussi d’en dessiner les contours.

L’ancrage territorial, d’abord, indéniable dans "La Trêve", mais aussi dans "Invisible". Un langage, ensuite, qui colle à la réalité belge. Puis une ambiance. Pour Sylvie Coquart, "en Belgique on a une façon de fonctionner, d’être ensemble", qui se traduit à l’écran par "une culture des ambiances pluvieuses", "une qualité de lumière qu’on laisse exister", ou encore le constat qu’"en Belgique, on laisse les comédiens avoir des gueules. On ne raconte pas les mêmes histoires avec tout ça".

"En Belgique, on laisse les comédiens avoir des gueules."

L’effet Covid

Comme le reste du secteur culturel, le paysage sériel belge s’interroge donc sur les façons d’adapter son ADN à la crise sanitaire et sociale: "On est à pieds joints dans ce dont certaines séries parlaient comme un futur", explique Sylvie Coquart. Dès lors, "sommes-nous prêts autant qu’avant à voir des dystopies ou faut-il creuser autre chose? Des utopies? Du réel dans toute sa crudité? Il faut peut-être une autre façon de trouver de l’espoir."

S’il tient de la responsabilité éditoriale de poser ces questions, Sylvie Coquart propose de tourner nos regards ailleurs pour y répondre: "C’est aux auteurs de chercher les réponses".

Coming soon

Le Fonds Séries a fait sa nouvelle sélection: 3 projets tout frais ("Talk-Talk", "#Innocents", "Alma") et une série en cours de développement ("Rébellion"), voici les pitchs de nos possibles futures séries belges.

"Talk-Talk" de Romain Renard et Olivier Tollet suit l’enquête de David Novack, inspecteur de la brigade des Talkers, une unité spéciale s’appuyant sur une technologie nouvelle permettant le contact avec l’au-delà.

"#Innocents" de Fred Muzzi et Hisham Insaan nous emmène en cavale à travers la Belgique avec deux ados qui n’ont rien en commun, si ce n’est d’avoir été mêlés à une mystérieuse altercation dans un train. Sur fond de quête identitaire, les deux jeunes fugitifs s’organisent pour clamer leur innocence.

"Alma" de Fred Castadot et Maud Carpentier prend la forme d’un polar médical, dans lequel un médecin légiste soutient la police à la recherche d’un tueur en série, avant que l’enquête ne mène vers sa propre sœur. La confrontation familiale qui s’en suit fera émerger les vieux traumas qui les lient.

"Rébellion" de David Verlant et Frédéric Krivine met en scène la lutte armée qui se profile dans la Rue du Fer, lieu de vie d’une communauté alternative et solidaire menacée d’être remplacée par un parc d’attractions. La famille de Franca, membre de la communauté, s’en retrouve chamboulée alors que les bulldozers menacent un mode de vie entier.

Si tout cela vous inspire, sachez que le prochain appel à projets du Fonds Séries se clôture le 11 janvier prochain.

Barbara Dupont

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