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"Teddy" ou l’absurde au pouvoir

Anthony Bajon dans "Teddy". ©Baxter Films

Petit film français aussi déstabilisant qu’hilarant, "Teddy" déjoue les clichés et nous emmène en Absurdie.

Teddy, 20 ans, fonce dans son van rafistolé avec dans les oreilles une bonne dose de hard rock autrichien. Dans un champ, des policiers. Teddy s’arrête et les dévisage longuement, eux et le mouton égorgé à leurs pieds. "C’est le loup?", demande Teddy dans son t-shirt arborant un monstre de feu. Mais personne ne daigne lui répondre parce que lui, c’est juste Teddy. Ensuite, il passe voir Rebecca, sa copine, qui révise son bac, histoire de s’unir à elle sous la douche. Après il faut aller donner son petit pot pour bébé à Tatie, à la cuillère. Et le soir, en blouse rose, Teddy rejoint son job étudiant: masseur au centre de beauté "Chez Ghislaine". Ghislaine qui lui fait remarquer qu’il "ne pense pas assez à la gratitude". En rentrant chez lui, du bruit dans un fourré. Teddy est mordu. Est-ce le loup? Lentement mais sûrement, la transformation commence. Et la gratitude, dans tout ça, on en fait quoi?

L’absurde est une science exacte, très difficile à doser. Un chouia en trop, et la caricature s’invite. Pas assez, et voici l’absurde qui s’enlise, faute de carburant.

L’absurde est une science exacte, très difficile à doser. Un chouia en trop, et la caricature s’invite. Pas assez, et voici l’absurde qui s’enlise, faute de carburant. Le grand mérite de "Teddy" est de nous prendre par la main et de ne plus nous lâcher, pour un voyage aussi intellectuel que physique. Intellectuel d’abord, car nous partageons l’espace mental d’un ado pas du tout débile, prisonnier d’un univers débilitant pourtant: la mascarade incessante des adultes patentés (car personne ne le prend au sérieux malgré ses rêves de pergolas). Voyage physique également, grâce à un travail sensoriel très abouti. Une image léchée qui magnifie le ciel trop serein, les palmiers immobiles, le crépi anonyme des maisons préfabriquées du sud.

Joyeuse cour des Miracles

Les personnages sont façonnés à pleines mains dans un quotidien parfaitement décalé, à la fois poétique et fascinant. La Tatie muette qui n’en pense pas moins… Rebecca, l’étudiante friande de poésie… Le maire et son fils militaire… Et bien sûr Ghislaine, la masseuse qui a mis l’Amour au centre de son action vers l’Autre.
Pour servir cette joyeuse cour des Miracles, des acteurs très inspirés. Aux côtés de Noémie Lvovsky (Ghislaine), le génial Anthony Bajon: déjà repéré dans "La prière" de Cédric Kahn, qui lui valut le prestigieux prix d’interprétation à Berlin à seulement 23 ans, il a ensuite enchaîné avec "Au nom de la terre", face à Guillaume Canet et Veerle Baetens. Le voici criant de vérité en jeune loser. Car il ajoute au pathétique du personnage une dose de réalisme qui nous l’attache très solidement. Comment ne pas partager les rêves d’un jeune homme qui sent en lui rugir le loup?

Bande-annonce "Teddy"

Fantastique

«Teddy»

Par Ludovic et Zoran Boukherma

Avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Noémie Lvovsky

À voir à partir du 6/07

Note de L'Echo:

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