Terence Malick, le génie s'essouffle

©Reiner Bajo

Expression pure du génie ou maniérisme insupportable? Terrence Malick est de retour avec une sorte de conte halluciné sur l’engagement, d’après l’histoire vraie d’un objecteur de conscience sous l’Allemagne nazie.

Terrence Malick est un génie du cinéma. Pas de doute là-dessus. Quoique… Après quatre films acclamés par le public et la critique (films échelonnés sur plus de 30 ans, de "Badlands" en 1973 au "Nouveau monde" en 2005), le cinéaste-philosophe a produit des œuvres de plus en plus hermétiques. Voire carrément ésotériques, comme son documentaire sur la création du monde, et la place de l’homme dans l’univers ("Voyage of Time", 2016).

Entretemps, une Palme d’or était venue garnir les étagères du maître, en 2011, pour le superbe mais déjà un peu maniéré "The Tree of Life". Puis on sombra carrément dans le pensum abscons avec "À la merveille", où Ben Affleck et Olga Kurylenko partaient à l’assaut du Mont Saint-Michel sur fond de plans flous interminables, et de musique pseudo signifiante. 

«Une vie cachée» («A Hidden Life»)

Note: 2/5.

De Terrence Malick, avec August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon…

Les fidèles commençaient à se poser des questions et à trouver que les procédés géniaux ressemblaient de plus en plus à des tics de réalisation, voire à des recherches purement formelles. Très longs plans-séquences, musique symphonique, voix off hyper enveloppante (comme si le micro avait été placé dans la conscience même du narrateur), le tout avec des focales au très grand angle qui peuvent soit donner de magnifiques impressions hallucinées, soit, à outrance, provoquer une nausée tenace…

Pour ce nouveau projet, on se trouve clairement à mi-chemin. À mi-chemin entre le génie et l’insupportable. Sans doute est-ce un risque à prendre pour que le génie explose: qu’il soit insupportable à certains. Mais 2h43 de pures visions peuvent aussi se révéler compliquées à digérer: trop de génie tue le génie.

Entre spiritualité et bigoterie

Nous sommes en Autriche, au début de la guerre. Franz et sa femme Fani habitent un petit village montagnard avec leurs trois petites filles. Mais le Reich annexe l’Autriche, et bientôt Franz doit se rendre à la caserne pour apprendre à manier les armes. Cet homme religieux se pose des questions: doit-il obéir les yeux fermés et partir tuer son prochain? Ou se cacher dans la montagne? Affirmer son refus aux autorités? En attendant, il essaie de profiter de toute cette lumière, des sommets environnants, de la présence de ses enfants, et des avis de son curé. Est-ce que toute la beauté de la Création pourrait nous guérir? Ou bien notre nature humaine nous condamne-t-elle à la consommation, et à la ruine?

Au milieu de cette homélie pleine de bons sentiments, de vrais moments de cinéma émergent, faits de silence, de lumière, de temps qui passe.

À la base du film, la bouleversante correspondance entre Franz Jäggerstätter et sa femme. À partir de cette histoire vraie, le réalisateur prend pas mal de libertés. Il fait de ce couple instruit et contestataire des paysans simples et frustes. Pourquoi? Pour laisser le champ libre à la spiritualité. Mais ce qui affleure ici tient plutôt d’une bigoterie assez dérangeante: celle projetée par un cinéaste dont les obsessions viennent saboter la mise en scène.

Malgré tout, au milieu de cette homélie pleine de bons sentiments, de vrais moments de cinéma émergent: ces instants suspendus faits de silence, de lumière, de temps qui passe. Comme ceux avec sa vieille mère – qui à la fois ne comprend pas, et comprend très bien. Ou ceux avec certains des officiels nazis (dont Matthias Schoenaerts dans un petit rôle), qui vont tour à tour essayer de comprendre ses motivations. Et de les briser.

Une Vie Cachée


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