chronique

"The Big Short", le film qu'on attendait sur les subprime

La crise des subprime comme vous ne l’avez jamais vue. Un film ludique, palpitant, édifiant… assorti d’un jubilatoire quatuor de stars.

D’Adam McKay

Avec Christian Bale, Ryan Gosling, Steve Carell, Brad Pitt, Marisa Tomei…

Note: 4/5

 

Ce film-là, tout le monde l’attendait… Comment? Un film plus attendu que "Star Wars"? Mais oui. Car celui-ci, on l’attendait inconsciemment. Lisez plutôt: un film qui nous raconte par le menu la crise des subprime, mais de façon ludique, et vue de l’intérieur, c’est-à-dire de Wall Street… Un film qui ne documente pas (trop), qui n’est pas trop technique, et qui vous permet de comprendre le pourquoi du comment… Un film qui, de plus, propose en tête d’affiche le top mondial… Non, vous ne rêvez pas. Ce film existe, Hollywood l’a concocté spécialement pour vous.

Il a fallu sept ans de réflexion pour attaquer le sujet à l’américaine, c’est-à-dire, du côté… des gagnants.

Évidemment, il a fallu attendre quelques années. Sept ans, exactement. Sept ans de réflexion, pour attaquer le sujet à l’américaine, c’est-à-dire, du côté… des gagnants. Car il ne faut pas rêver quand même. Le brûlot gaucho qui flagelle le système là où ça fait mal, ce sera pour une autre fois. Le gros documentaire à la "Inside Job", mais en moins technique pour éviter la migraine et rallier le plus grand nombre, aussi. Ici, on s’occupe de ceux qui non seulement ont eu du flair, mais qui surtout ont eu la bonne idée de tout miser sur un effondrement pressenti. Miser "à découvert", d’où le "short" du titre… Les héros du film ne sont pas ceux qui, dans l’aventure, auront perdu leur maison, ou leur emploi. Les dégoûtés, qui n’ont plus qu’à se lamenter (ou à attaquer – symboliquement – le système comme dans "Cleveland contre Wall Street"): ceux-là, on ne fera que les entrevoir. Les héros de ce "Big Short" s’en sont mis plein les poches. Parfois même contre leur gré…

Ceux qui ont flairé le bon coup

2005. Le Dr Michael Burry (Christian Bale) n’est pas un banquier comme les autres. Ce génie des chiffres, qui ne vient au bureau qu’en bermuda et tee-shirt, a beaucoup de mal à communiquer avec les traders chargés de mettre en œuvre ses visions. La dernière en date: demander aux plus grandes banques sur le marché de concevoir, pour son usage personnel, un outil bancaire (le CDS, pour Credit Default Swap), susceptible de parier contre les CDO (Collateralized Debt Obligations). Les banques se bidonnent: qui voudrait perdre son argent à parier contre un domaine aussi solide que l’immobilier américain? On vous en met pour combien? 5 millions de dollars? Non. Burry va en prendre pour… 1,3 milliard.

©Universal

Ailleurs à Wall Street, ils sont quelques autres à avoir flairé l’effondrement. Un banquier d’affaire de chez Deutsche Bank (Ryan Gosling) va ainsi proposer des deals clé sur porte. Mais tout le monde lui rit au nez. Tout le monde sauf Mark Baum (Steve Carell), un solitaire (ils ne sont que quatre dans sa boîte) qui gère les avoirs de ses clients en bon père de famille. Un père de famille qui ne croit plus au système, et qui a pris l’habitude de gagner beaucoup en pariant "contre"… Il y a aussi deux petits jeunes. En un an, dans leur garage, ils ont transformé leurs économies (110. 000 dollars) en un petit pactole (30 millions). Aujourd’hui ils voudraient jouer dans la cour des grands. Surtout qu’ils ont entendu parler d’un coup à faire: une bulle dans le secteur immobilier. Pour cela, ils doivent faire appel au mystérieux Ben (Brad Pitt), leur ancien mentor, un génie rangé des voitures. Mais Ben ne pense plus qu’à son potager… Alors que l’immobilier commence à montrer des signes de faiblesse, les agences de notations persistent à octroyer aux CDO de très étonnants bons indices de santé (les fameux triple A). Et si tout ce petit monde s’était trompé? Leurs hiérarchies respectives s’arrachent les cheveux, et pensent même à les faire interner. Jusqu’au jour où…

Bande-annonce "The Big Short - Le casse du siècle"

Un réalisateur spécialiste...des comédies régressives

Du même auteur, Michaël Lewis, la société de production de Brad Pitt (Plan B) avait déjà produit une adaptation du brillant "Moneyball", sur cet entraîneur d’une équipe de base-ball qui va compenser son manque de moyens par une grille statistique géniale, à appliquer à chaque joueur. Mais pour un résultat aussi frappant que ce "Big Short", il fallait une seconde idée de génie: confier la réalisation à un électron libre spécialiste des comédies régressives. Adam McKay a en effet signé d’impérissables chefs-d’œuvre comme "Talladega Nights", où Will Farrell incarnait un pilote de stock-cars. Ou encore "Anchorman", les aventures d’un présentateur de télévision locale, pathétique, misogyne et raciste. Mais tellement attachant, dans le registre "gros beauf". Le réalisateur offre au film un style d’une coolitude absolue, doublé d’une grande intelligence narrative. Un seul exemple: après un quart d’heure, alors que le spectateur est perdu au milieu de concepts de titrisation hyper techniques, le film nous propose que la ravissante actrice Margot Robbie vienne nous expliquer tout cela calmement. La belle apparaît dans un bain de mousse, un verre de champagne à la main, et nous regarde dans le blanc des yeux pour nous exposer les mystères derrière les CDO. Et le pire, c’est que ça marche…

La morale de l’histoire? C’est bien sûr qu’il n’y a pas de morale. La finance est une des seules activités humaines (avec le crime!) qui ne se soit pas dotée de garde-fous. Mais l’Amérique n’avait quand même pas envie de rester, avec cette crise terrible, sur un mauvais souvenir… Pour ce faire, il suffisait de confier la chose à Hollywood. Et de nous montrer la chose à travers la lorgnette sympathique de ceux qui ont vu juste. Mais derrière ce ton détaché, le film propose une seconde couche, grâce à son humour et à sa distanciation: celle d’un système où ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Un système, donc, aussi prétentieux que fragile.

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