chronique

The Revenant, juste une beauté glacée?

Malgré les paysages grandioses et une équipe artistique de folie, "The Revenant" peine à trouver son équilibre, entre aventure et contemplation…

De Alejandro González Iñárritu

Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson…

Note: 3/5

Décidément, l’art ne connaît pas de recette. On a beau mettre sur les starting-blocks d’un même film tous les talents les plus reconnus de la planète, rien ne prouve que la sauce va prendre. Surtout lorsque ledit projet, comme ici, a séjourné depuis 10 ans sur les étagères de divers studios, et sur les bureaux des agents de plusieurs stars (Christian Bale en tête).

Jugez donc:

  • Alejandro González Iñárritu: Oscar du Meilleur Réalisateur l’année passée pour "Birdman"
  • Leonardo DiCaprio: l’acteur à la filmographie exemplaire qui, déjà avant "Titanic", savait se faire rare et ne choisir qu’un seul (et souvent très bon) film par an
  • Emmanuel Lubezki: le chef opérateur de légende qui réinvente son métier à chaque film, et qui a signé, entre autres, "Children of Men" (Cuaron), l’extraordinaire "The New World" (Terrence Malick), ou "Sleepy Hollow" (Tim Burton)
  • La musique? Le Maître: Ryuichi Sakamoto (également acteur, notamment dans "Furyo" aux côtés d’un certain David Bowie)…

 

Soif de vengeance

♦ 1823. Un groupe de trappeurs se fait sauvagement attaquer par des Indiens. La seule solution pour rallier la civilisation: abandonner le bateau, et couper par la montagne, jusqu’au fort, où les attendent d’autres trappeurs, et quelques soldats. Pour guider la dizaine d’hommes, un éclaireur blanc, mais qui semble avoir vécu avec les Pawnees, le taciturne Glass (DiCaprio).

Lorsque celui-ci est attaqué par un grizzly, les chances de l’expédition semblent brusquement diminuer. Mais l’homme ne succombe pas à ses blessures. Comme il est impossible de transporter son brancard de fortune de l’autre côté de la montagne, on laisse Glass et son jeune fils en compagnie de deux autres trappeurs, censés attendre sa mort pour lui donner un semblant de tombe chrétienne, en l’échange d’un petit bonus.

La bande annonce de The Revenant

Fitzgerald (Tom Hardy) aimerait toucher la prime, mais sans attendre que le moribond succombe, et que les Indiens l’aient rattrapé. Il se débarrasse sommairement du fils, et ensevelit un Glass agonisant sous quelques bonnes pelletées. Mais l’homme des bois, malgré les blessures infligées par l’ours, a le cuir plus épais qu’il n’y paraît. Lorsqu’il sort de terre, son corps n’est qu’un outil au service de ce qui le possède tout entier: la soif de vengeance.

©Photo News

Bien sûr, le film reste très au-dessus de la moyenne. Beauté sidérante des paysages, découpage tantôt hyperactif et tantôt volontairement contemplatif, seconds rôles particulièrement investis (Tom Hardy, et surtout Domhnall Gleeson, le fils de Brendan, déjà vu dans "About Time" ou plus récemment "Ex Machina")… Mais malgré certaines séquences totalement bluffantes, le film peine, sur la longueur, à créer l’envoûtement clairement recherché. Le réalisateur, pour créer l’immersion, louche ostensiblement sur un style à la Terrence Malick, avec ses lents travellings qui errent au milieu de villages indiens en feu, où les enfants viennent frôler la caméra, sur une musique volontairement décalée, qui ne fasse – surtout pas! – penser à un "film d’aventures"…

©Photo News

Mais "n’est pas Malick qui veut", et nous contemplons ces différents destins avec un certain manque d’empathie, dès que retombe l’adrénaline des séquences d’action… Il est bien évidemment volontaire de nous présenter un héros dont nous ne saurons rien, si ce n’est sa fonction d’éclaireur, et le lien qui le lie à son fils. Mais ce mystère n’est pas suffisant – à l’inverse de ce qui se passe dans un film comme "Drive" – pour nous le rendre immédiatement attachant.

Au fond, que veut nous raconter Iñárritu? On ne saurait le dire. Après avoir dépeint avec un brio fou les doutes d’un acteur/metteur en scène sur le retour, entouré par le brouhaha incessant d’un théâtre new yorkais ("Birdman"), il nous fait une proposition inverse: un homme seul dans le silence des solitudes. Et nous laisse à contempler cette beauté glacée, sans en trouver toutes les portes d’entrée.

©Photo News

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