Tim Burton, un destin animé

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Le C-Mine de Genk accueille jusque fin novembre l’extravagante et itinérante exposition "The World of Tim Burton". Le génial metteur en scène viendra y faire un tour du 28 au 30 septembre. Portrait d’un artiste qui aurait pu n’être que cartooniste.

Quand on croise Tim Burton, on est frappé par son allure. Le genre cool californien qui a l’air de sortir de son studio, les mèches rebelles et les lunettes foncées. Sa simplicité est touchante. Derrière cette apparence se cache, on le sait, l’un des réalisateurs de cinéma les plus créatifs de ces trente dernières années. Il est vrai que Tim Burton est né au bon endroit au bon moment.

Un enfant de Burbank

Timothy Walter Burton est né l’été 58 à Burbank, en Californie. Burbank n’étant pas juste une banlieue de Los Angeles mais carrément le centre décisionnaire de l’industrie du film. Et la famille Burton vivait non loin des studios Disney. Le père, un ancien joueur de base-ball reconverti en agent de voyage, et la mère, qui tenait une boutique dédiée aux chats, trouvaient que Tim passait beaucoup trop de temps dans sa chambre à dessiner d’étranges personnages. À douze ans, il alla vivre chez sa grand-mère et à seize, il put avoir son propre appartement. Juste avant d’intégrer CalArts, le California Institute of Arts où Disney avait pris l’habitude de recruter ses cartoonistes.

Plus jeune, Tim avait pris goût au stop motion avec sa caméra Super 8. "J’aime toutes les formes d’animation, mais il y a quelque chose d’unique et de spécial dans le stop motion: c’est plus réel", confia-t-il au Guardian. À 21 ans, Tim réussit un concours et rejoint les studios Disney. Il y travaillera, entre autres, sur "Rox et Rouky".

Après quelques années, il se sentit comme Raiponce, prisonnier d’une tour où tout ce qu’il faisait ne voyait pas le jour. Chez Disney, en effet, on trouvait que ses courts-métrages, "Vincent" et "Frankeeweenie" étaient juste bons à effrayer les enfants. Le premier avait eu le concours de son idole, l’acteur Vincent Price, et le second allait donner, en 2012, le long métrage du même nom.

C’est finalement la Warner Bros qui permit à Burton de s’exprimer pleinement. "Les aventures de Pee-Wee", son premier long métrage, sortit en 1985. Réalisé en un mois, sans déborder du budget initial, ce biopic favorisa le lancement de la carrière du réalisateur. Pour la Warner, Burton signa les réalisations qui témoignaient de son univers unique. Quelque chose où à une candeur enfantine et une ironie d’adulte se mêlent l’esthétique gothique, les films d’épouvante et l’expressionnisme allemand.

"Je ne me suis jamais dit que j’allais devenir réalisateur ou que je montrerais mes dessins au MoMa. Si vous pensez comme ça, vous avez des problèmes."
Tim Burton
Réalisateur

Son "Batman" rapporta 400 millions de dollars et obtint l’Oscar de la meilleure direction artistique. Cependant, on note que Tim Burton, en plus de trente ans de carrière, n’obtint jamais l’Oscar du meilleur réalisateur. Quand on le lui fait remarquer, il répond tout simplement qu’il a grandi en regardant des films qui n’ont jamais été primés nulle part. "Je ne me suis jamais dit que j’allais devenir réalisateur ou que je montrerais mes dessins au MoMa. Si vous commencez à penser comme ça, vous avez des problèmes", dit-il au New York Times.

Acteurs fétiches et love stories

Ce qui fit beaucoup pour l’aura internationale de Burton, ce fut son tandem avec Johnny Depp. L’osmose entre ces deux-là était fascinante à voir. De 1990 à 2012, ils ont tourné pas moins de huit films ensemble. Mais tout a commencé avec "Edward aux mains d’argent", en 1990. "À l’époque, Johnny Depp était perçu comme une idole des jeunes, raconte Burton au New York Times. Mais lorsque je l’ai rencontré, j’ai su tout de suite qu’il n’était pas cette personne. Il convenait parfaitement au personnage. Nous tournions en Floride par une chaleur suffocante et il ne pouvait utiliser ses mains puisque le personnage a des ciseaux à la place des mains , portait un costume de cuir et du maquillage. J’ai été impressionné par sa force et son endurance." Parce qu’il a toujours su déchiffrer les délires de Burton, Johnny Depp s’est parfaitement transformé en Ed Wood, en cavalier sans tête, en Willy Wonka ou en chapelier fou… C’est du reste avec Depp que Burton réussit son plus gros succès au box-office avec "Alice au pays des merveilles", en 2010. Pas moins d’un demi-milliard de dollars…

S’il a décidé de ne plus répondre quand on lui demande s’il va retravailler avec Johnny Depp ou non, Burton risque d’être aussi un peu ennuyé face à la même question à propos de Helena Bonham-Carter. L’actrice anglaise a été sa muse, son épouse et est la mère de ses deux enfants, Billy (15 ans) et Nell (11 ans). Bonham-Carter et Burton se sont rencontrés en 2001 sur le tournage de "La planète des singes". Elle y interprétait une primate évoluée. Elle joua sept films que réalisa son compagnon. Un de ses rôles les plus marquants était celui de la reine de cœur dans "Alice au pays des merveilles".

Le couple avait choisi de vivre à Londres dans deux maisons reliées par une chambre. Dans l’entrée de celle occupée par Burton, on pouvait admirer les portraits de Boris Karloff et de Christopher Lee, soit les meilleures incarnations à l’écran de Frankenstein et de Dracula… Depuis leur séparation fin 2014, Tim Burton a décidé que sa nouvelle actrice fétiche serait Eva Green. Elle a tourné, sous sa direction, "Dark Shadows" et "Miss Peregrine et les enfants particuliers". Eva Green sera également à l’affiche du prochain long de Tim Burton, le très attendu "Dumbo". Cette adaptation en prises de vues réelles du "Dumbo" de Disney sortira courant 2019.

Bloc-notes et serviettes en papier

L’une des choses que Tim Burton aime le plus au monde, c’est de s’asseoir à la table d’un café et de dessiner sur des serviettes en papier. L’exposition "The World of Tim Burton" qu’accueille le C-Mine de Genk regroupera plus de quatre cents objets – divisés en neuf sections – dont les serviettes en papier de cafés ou restos, des blocs-notes de chambres d’hôtel et des calepins. Ceux-là se retrouvent dans la section "Around the world".

Dans celle intitulée "Personnages de films", le processus de création et de développement des personnages est plus détaillé. La section "Influences" rappelle les dessinateurs et illustrateurs tels Edward Gorey, Charles Addams, Don Martin et Theodore Geisel. Elle expose les notes de classe ainsi que les petits films Super 8 de Tim Burton. La section "Les parias incompris" met le focus sur ces personnages incompris et étranges, comme Edward aux mains d’argent ou Sparky, le chien de "Frankeenweenie".

Burton a eu sa période Polaroïd dans les années 90. Une section est dédiée à ses polas surdimensionnés. Enfin, comme souvent, beaucoup de ses projets n’ont jamais abouti. Ainsi, un chapitre de l’exposition est consacré à ces projets non réalisés. Cette expo itinérante a drainé plus d’un million de visiteurs à Los Angeles, Prague, Tokyo, Hong-Kong ou encore Sao Paulo. Nul doute que les fans belges de Burton seront au rendez-vous.

"The World of Tim Burton", du 15 août au 28 novembre au C-Mine à Genk, www.c-mine.be.

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