Titanic, Apocalypse Now... tous ces films qui ont failli ne jamais exister

Les acteurs se sont parfois retrouvés dans une eau qui avoisinait la température réelle pendant le naufrage. ©Paramount

"Apocalypse Now", "Titanic", "Psychose", "Le Seigneur des Anneaux"… Ils font partie de notre ADN culturel. Pourtant, ils ont failli ne jamais être menés à leur terme. En cause: financements, droits d’auteur, divergences artistiques ou tournage dantesque. Retour sur ces films qui ont marqué notre époque… de toute justesse.

En ce jour du mois d’août 1996, James Cameron est seul au monde. Son bébé est en danger. Seul à la proue du navire océanographique russe où les prises de vue ont commencé, James Cameron contemple les flots. Loin, très loin de l’énergie qu’il devrait insuffler à ses héros Jack et Rose s’il veut faire d’eux, à cette même proue, "les rois du monde".

Et pour cause. Les trois quarts de son équipe/équipage sont dans un état préoccupant suite à une intoxication alimentaire. Le médecin du bord est formel: on a retrouvé de la phéncyclidine dans la soupe. Il faut dire que depuis quelques semaines, ça sent la mutinerie. Certains traitent Cameron de despote, voire de tortionnaire. Simon Crane, son chef des cascades, a quitté le navire avec toute son équipe après avoir publiquement insulté le généralissime.

Tout est officiellement rentré dans l’ordre après des excuses. Mais la magie n’y est plus. Dès le départ, les observateurs   producteurs, distributeurs, membres de l’équipe et même journalistes spécialisés , tous ont fait la grimace. Construire une maquette, OK. Mais Cameron ne fait-il pas preuve d’un gigantisme maladif quand il exige qu’elle soit effectuée… en taille réelle, soit 269 mètres de long sur 45 de haut? Et les décors intérieurs, on en parle? Le maestro a voulu que le luxe déployé égale celui déjà outrancier du navire originel. Rien n’est trop beau, que ce soit pour la salle à manger des premières classes ou pour le monumental escalier à double révolution…

Tiens, en parlant du Titanic, le vrai, devinez où Cameron a décidé qu’on tournerait les séquences subaquatiques où un robot explore l’épave… Je vous le donne en mille: pour des raisons évidentes (pour lui!) de véracité et d’émotion, le despote a voulu que ça se passe dans la véritable épave, soit en plein océan Atlantique et par… 3.443 mètres de fond.

Titanic


Au bord du naufrage

Ça, c’est pour le délire gargantuesque. À présent il faut évoquer les innombrables prises successives que Cameron exige de ses acteurs, parfois dans une eau qui avoisine la température réelle pendant le naufrage (quelques degrés), histoire que les tourtereaux se sentent immergés (c’est le cas de le dire) dans l’ambiance…

Les "caprices" de James Cameron font chaque fois drastiquement progresser l’outil cinéma.

On comprend donc que les esprits s’échauffent. Mais jusqu’à un empoisonnement collectif? Ce qu’il ne sait pas encore, en ce jour d’août 1996, l’ami James Cameron, c’est que dans les prochains mois, pour sauver son film d’un arrêt imminent imposé par le studio, il va encore renoncer à son salaire. Déjà une moitié a été sacrifiée pour obtenir le premier feu vert, quand le film était budgeté à 110 millions. Bientôt ce sera l’autre moitié: quand les 180 millions seront dépassés. Et enfin lorsque la post-production explosera une nouvelle fois toutes les prévisions, Cameron proposera de renoncer à ses royalties. Grand seigneur, Bill Mechanic, patron de la Fox, refusera son offre.

Du fou au génie

Cameron devra encore faire face à une campagne de dénigrement en règle orchestrée par le milieu, qui tel un vautour se délecte de ce "projet pharaonique" jugé comme "à l’arrêt", voire "enterré" par l’orgueil d’un "dangereux mégalo". Mais James Cameron tiendra bon. Et c’est ce même souci maladif du détail qui va conditionner le plus grand succès de tous les temps. Au moment où le film sort sur les écrans américains le 19 décembre 1997, les indicateurs sont au plus bas. La suite, on la connaît. "Titanic" pulvérisera tous les records de fréquentation. Et égalera le nombre d’Oscars du mythique "Ben-Hur" (11 statuettes).

Cameron se permettra même de remettre le couvert (en argent?). Avec "Avatar" d’abord, où son culte du travail bien fait accouchera de nouvelles "folies" (caméras 3D conçues spécialement, logiciels de traitement de l’image jamais vus…) Des "caprices" qui font chaque fois drastiquement progresser l’outil cinéma. Là encore, tous les records seront battus.

Avatar

C’est tout le mal qu’on lui souhaite  - et qu’on lui prédit - avec les quatre suites prévues, à commencer par "Avatar 2", qui sortira le 17 décembre 2020. Du spectacle cinématographique comme on ne l’aura jamais vu   ni même imaginé. À présent, plus personne ne se permet de remarques sarcastiques. Depuis l’affaire Titanic, lorsqu’on évoque James Cameron, on ne dit plus: "le fou n’en fait qu’à sa tête". On dit sobrement: "le génie est au travail"…


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