"Todos lo saben" dévoile les secrets de famille

©rv

Voici déjà le film qui faisait l’ouverture de Cannes la semaine dernière. Réalisateur iranien, stars hispaniques mais à l’aura internationale, le tout au service d’un film d’enquête passionnant. Mais sans grande surprise…

"Todos lo saben" ("Everybody Knows")

3/5

De Asghar Farhadi

Avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin…

 

Après avoir fait un détour par la France en 2013 avec "Le passé" (prix d’interprétation cannois pour Bérénice Béjo), et être retourné en Iran en 2015 pour "Le Client" (Oscar du meilleur film étranger en 2017), Asghar Farhadi a jeté son dévolu sur l’Espagne, et sur deux de ses stars les plus emblématiques: Penélope Cruz et Javier Bardem. Il nous propose, une fois encore, un thriller psychologique où les sentiments les plus disparates vont pouvoir se révéler, en filigranes d’une enquête menée tambour battant…

Malgré toutes ses qualités, il manque à ce "Todos lo saben" un petit quelque chose pour nous emporter totalement.

Pour célébrer le mariage de sa sœur, Laura (Penélope Cruz) revient dans son village natal avec armes et bagages, son jeune fils, Irene sa fille de 16 ans, et son irradiante beauté. Pendant les préparatifs, les retrouvailles vont bon train, et voici Laura qui retombe sur Paco (Javier Bardem), son amoureux d’autrefois. Pendant la nuit du mariage, une coupure de courant vient interrompre la fête. Lorsque la lumière revient, on se rend compte que la jeune Irene a disparu.

On fouille la maison, le village, en vain. Lorsqu’une demande de rançon est réclamée, Laura se tourne naturellement vers Paco. Va-t-il pouvoir l’aider? Au fur et à mesure que l’enquête avance (sans l’aide de la police, les ravisseurs ont été très clairs là-dessus), les secrets de famille émergent. Paco, aujourd’hui à la tête d’un domaine viticole prospère, n’était autrefois que le fils de l’intendant. Et ses terres, il les a rachetées à Laura lorsqu’ils étaient ensemble à l’époque, pour un prix jugé aujourd’hui dérisoire par le clan. Et si cet enlèvement était aussi un règlement de comptes familial?

EVERYBODY KNOWS - Official Trailer

Suspense physique

Farhadi est un paradoxe. Star incontestée dans l’étroit milieu des films d’auteur les plus pointus, le metteur en scène iranien est également le maître du suspense. Mais pas un suspense cérébral et spéculatif comme celui d’Hitchcock, un suspense physique, épidermique, où viennent étroitement se mêler les émotions, les choix moraux, les culpabilités. Déjà dans "About Elly" (2009, avec l’incroyable Golshifteh Farahani encore toute jeune), il mettait progressivement le spectateur devant ses responsabilités, en l’obligeant à prendre parti. Un petit garçon disparaissait sur la plage. Qui était coupable? La mère? La meilleure amie à qui on avait demandé de jeter un œil? Le père qui l’avait emmené jouer dans les vagues la veille?

Asghar Farhadi entouré de Javier Bardem et Penelope Cruz. ©REUTERS

En 2011, Farhadi se faisait connaître à l’international en remettant le couvert pour "Une séparation". Le film racontait, dans un babil incessant, la lutte d’un couple pour pouvoir divorcer. Le tout avec une maîtrise de la narration époustouflante où se mêlait art de l’ellipse, précision du dialogue, et cinéma vérité. Résultat: près d’un million d’entrées en France, Ours d’or à Berlin, Golden Globe, César, et enfin Oscar du meilleur film étranger. Il ne manque donc à Asghar Farhadi qu’une Palme d’or à sa boutonnière. Et sauf surprise, ce ne sera pas pour cette fois-ci…

Car malgré toutes ses qualités de mise en scène, ses acteurs vedettes (auxquels il faut ajouter le mythique Argentin Ricardo Darin), ses décors et son histoire, il manque à ce "Todos lo saben" un petit quelque chose pour nous emporter totalement. Le côté enquête est sans doute un peu trop présent pour que le spectateur puisse basculer, comme toutes les autres fois, dans les questionnements extérieurs à l’histoire elle-même, et qui viennent subtilement titiller nos consciences comme en transparence. Reste le plaisir de partager la vie des protagonistes, de faire réellement partie de la famille, du mariage, de la maison, du village, comme si nous étions bel et bien un cousin invité à la noce, puis à mener sa propre enquête. Et c’est déjà beaucoup.

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