Tous les genres et les sexualités au festival queer Pink Screens

Le photographe Ugo Woatzi témoigne de la violence de l’espace public tout en posant la question de l’identité et du genre. ©doc

La 17e édition du Pink Screens Festival présente toute la diversité des genres et des sexualités. Un acte politique dans un contexte homophobe inquiétant.

>Pink Screens Festival: du 8 au 17/11 aux cinémas Nova, Aventure et Galeries, au Beursschouwburg et à La Bodega (Bruxelles)

Si l’inquiétante élection de Bolsonaro rattrape tristement le focus "Brésil" des Pink Screens, le festival de films queer reste une occasion pour les organisatrices et les artistes d’affirmer et de questionner une multiplicité de genre, de sexualité et la manière de les envisager. Fred Arends, programmateur du festival nous confirme que ce focus n’a pas été réfléchi autrement que par un intérêt fort pour le cinéma queer brésilien. Il relève néanmoins le fait que, dans tous les films sélectionnés, on sent déjà "transparaître une inquiétude vis-à-vis de la situation et du climat qui s’intensifie depuis des années".

La sélection des films programmés au festival n’a pas été construite autour d’un thème politique précis mais "passer des films est dans tous les cas un acte politique", dit-il. Cet acte, c’est notamment celui de rendre visible des corps queer. Historiquement, ce terme désignait les corps étranges, qui ne correspondaient pas au modèle médical, à savoir un corps hétérosexuel, blanc et propice à la reproduction. Plus tard, les personnes visées par ce diagnostic s’en emparèrent pour affirmer leur différence et l’investir d’une puissance d’action par rapport à une typologie dominante.

Si les Pink Screens se présentent comme un festival queer et non LGBTQI, c’est justement car "c’est aussi un festival féministe, qui parle des questions de racisme; c’est plus large que la question de l’appartenance sexuelle, poursuit Fred Arends. T’as un zizi, c’est une chose, mais, après, on te demande d’avoir tels et tels comportements. Et donc, le queer, c’est aussi pouvoir jouer avec ça." Cette vision se reflète effectivement dans le programme éclectique où l’on pourra voir des films ovni comme "O sossuro do jaguar", l’incontournable production du focus Brasil, à la fois mystique et engagée, et des films plus grand public comme "Diamantino", où l’histoire d’un footballeur déchu nous entraîne dans un paysage où se confrontent crises migratoires et troubles identitaires. Il y aura aussi divers débats publics ou encore l’exposition "Hide and Seek" qui exploite l’idée de se cacher pour mieux se montrer.

Diamantino

Ce concept à double face de l’identité est au cœur des questions posées par le Pink Screens, car organiser un festival queer, c’est aussi "remettre en question ce qu’est un homme ou une femme en 2018. Quels rôles on doit jouer?", précise encore Fred Arends. Le photographe français travaillant à Bruxelles Ugo Woatzi, l’un des artistes exposés, investit cette question par le biais de la multiplicité de la masculinité. Ses photographies, toujours mises en scène, proposent un point de vue d’une grande sincérité sur les malaises que peuvent induire ces rôles que la société nous propose ou nous impose. Son œuvre renvoie à une question à laquelle il dit avoir été confronté très tôt: "Qu’est-ce que c’est d’être un homme?" Une question qui interroge la flexibilité mais aussi la violence du genre. Une question qu’il prolonge par une autre: "Pourquoi ce type me regarde et me traite de sale pédé?"

"Un festival queer, c’est aussi remettre en question ce qu’est un homme ou une femme en 2018. Quels rôles doit-on jouer?"


Réinventer les rôles

Ses photographies où l’on voit des corps dont le visage est masqué, témoignent d’une violence quotidienne de l’espace public, mais aussi d’histoires singulières de ceux qui tentent d’exister malgré tout. La performance est au cœur de sa démarche. Comme celle qu’il a dû produire lorsqu’adolescent dans un village du sud de la France, il découvre son homosexualité et la cache à tout prix, au point de "sortir avec une fille alors qu’en même temps on regarde les autres garçons".

Focus Brésil
La diversité au pays de Bolsonaro

Les organisateurs avaient déjà arrêté leur programmation quand Jair Bolsonaro a été élu à la présidence du Brésil. Mais, a posteriori, leur focus attire l’attention sur les menaces qui pèsent sur la diversité de ce pays après les déclarations sexistes et homophobes de son nouveau dirigeant d’extrême-droite. Tous les films ci-dessous sont projetés au cinéma Nova.

8/11 "Tinta Bruta" raconte la vie d’un camboy, entre vie réelle, images virtuelles, passions et jalousies.

10/11 À cheval avec l’autre focus, "Mange-moi", "O clube dos canibais" nous plongera dans une orgie de chair humaine sur fond de critique sociale.

11/11 "O Brasil em curtas", ce sont cinq courts-métrages où l’identité de genre, la rencontre lesbienne dans un climat sismique et la féminité queer seront abordées.

17/11 "O sussuro do jaguar" est un étrange voyage d’une sœur d’un artiste mort dans un champ de maïs transgénique. Une quête spirituelle qui fait écho au colonialisme, à la modernisation du Brésil et à sa situation politique déjà compliquée. 

Cette question du rôle se retrouve également dans des films comme "Soldatii" qui présente un couple d’hommes atypiques par rapport à nos représentations les plus communes ou dans "Playing men" qui explore des jeux exclusivement masculins où l’on peut voir des hommes enduits d’huile, lutter, s’agripper et parfois glisser leurs mains dans la culotte de l’autre. Des images qui bousculent nos a priori.

Ugo Woatzi souligne l’importance de rendre compte d’une plasticité des genres mais insiste également sur l’impossibilité de pouvoir l’affirmer. "Je ne veux pas me dire que les seuls endroits où je peux être ‘safe’ soient chez moi, dans le quartier gay, ou dans les soirées queer de la ville", témoigne l’artiste. Son œuvre, qu’il décrit comme un "activisme visuel qui ‘visibilise’ des gens qui pendant des années n’ont pas eu la chance d’exister", permet de rendre compte d’une tension tout en la dédramatisant par sa finesse esthétique. Elle est aussi une occasion d’affirmer une présence, ceux des corps qui n’intègrent pas les schémas dominants mais qui désirent exister librement. C’est sans doute aussi l’un des propos du festival: célébrer les différences et par-là même souligner les limites d’un modèle patriarcal unique.

>Pink Screens Festival: du 8 au 17/11 aux cinémas Nova, Aventure et Galeries, au Beursschouwburg et à La Bodega (Bruxelles)

L'un des films brésiliens du festival: "The Cannibal Club — O clube dos canibais subtitulado"


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