Tout sur Pedro Almodóvar

©Sony Pictures

"Dolor y Gloria" sera présenté à Cannes ce vendredi et sortira dans les salles ce même jour. À près de septante ans, Pedro Almodóvar éblouit par un récit autobiographique émouvant, drôle et sans concessions.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’Almodóvar évoque des épisodes personnels dans l’un de ses films. On peut reconnaître d’ailleurs quelques similitudes entre "La mauvaise éducation" et "Dolor y Gloria", son vingt-deuxième et dernier long métrage. Ou plutôt affirmer que "Dolor y Gloria" apporte un supplément d’explication à "La mauvaise éducation". Un peu comme si, en avançant en âge, le réalisateur se penchait sur sa vie en ne voulant plus rien omettre. Ni ce qui était beau, ni ce qui a fait mal.

"Dolor y Gloria"

Note : 4/5

De Pedro Almodóvar. Avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia,…

 

On comprend très vite la raison du titre de ce film-ci. La douleur et la gloire. Pour incarner cet homme qu’il est devenu, le cinéaste a choisi l’un de ses acteurs fétiches, Antonio Banderas. Et c’est peu de dire que ce choix est parfait et réjouissant. Banderas n’a pas été aussi bon depuis longtemps. On le découvre d’abord flottant dans une piscine. Et flottant dans les souvenirs de son enfance. Là, à la campagne près de Valencia, où les femmes chantaient tout en lavant le linge dans la rivière. Celle qui chante le mieux est sa mère. Penelope Cruz, dans toutes les scènes où elle apparaît, évoque les belles actrices italiennes d’autrefois, de Silvana Mangano à Sofia Loren. Sexy, naturelle et femme de poigne, la mère essaie vaille que vaille de sortir son gamin d’une vie misérable. Il deviendra soliste dans la chorale de son école catholique et sera dispensé des cours d’anatomie et de géographie.

L’enfant qui rêvait des stars d’Hollywood

Un indice, un seul, sa boîte de production s’appelle "El Deseo", le désir.

Le passé et le présent s’entremêlent dans "Dolor y Gloria". Les flash-backs sont toujours amenés avec style, sans pesanteur. L’homme qu’il est devenu, avec une barbe et des cheveux grisonnants, est un réalisateur qui souffre de divers maux. Surtout de la tête et du dos. Il empile les médicaments. Ce sont ses douleurs qui lui ont appris l’anatomie. Et les voyages qu’il a accomplis pour le cinéma lui ont permis d’acquérir des notions de géographie… Pour calmer ses douleurs et réparer une ancienne erreur, son personnage principal part retrouver l’une de ses anciennes stars. Un acteur devenu complètement addict à l’héroïne. Ces premières retrouvailles en entraîneront d’autres. Ainsi, cet ex-amant argentin qui vient frapper à sa porte et lui offre un baiser qui ragaillardit l’homme retraité qu’il pensait être devenu… Car, oui, on le saisit, Almodóvar envisage qu’un jour, il prendra sa retraite. Le jour où il n’aura plus rien à nous dire et à se dire.

"Le cinéma de mon enfance sentait la pisse, le jasmin et la brise d’été", se souvient son double dans un monologue. Dans son enfance, le cinéma en plein air jouait des films avec Natalie Wood et Warren Beatty ("La Fièvre dans le sang") ou avec Marilyn Monroe ("La Rivière sans retour"). Et le petit garçon collectionnait des vignettes à l’effigie de stars hollywoodiennes en demandant à sa mère si Liz Taylor et Robert Taylor étaient frère et sœur…

En choisissant Antonio Banderas pour jouer son double et Penelope Cruz pour incarner sa mère, le réalisateur espagnol prouve aussi à quel point il peut être un homme fidèle. ©doc

La nostalgie n’empêche toutefois pas Almodóvar d’envisager la modernité et le temps présent avec une bonne dose d’humour. Notamment, dans une scène hilarante où son double répond via son smartphone au public réuni à la Cinémathèque pour assister à une projection d’une de ses premières œuvres restaurées. Comment le réalisateur dépressif et malade va reprendre le chemin des studios, nous ne le raconterons pas ici. Un indice, un seul, la boîte de production s’appelle "El Deseo", le désir.

Et le premier désir est, dans "Dolor y Gloria", restitué intact. Avec fraîcheur et tendresse. On parie qu’Almodóvar figurera au palmarès de Cannes 2019?

Dolor y Gloria

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n