Un Belge en Amazonie

©rv doc

Un documentaire qui part sur les traces d’un ethnologue-cinéaste belge méconnu, avec comme matière première ses propres (magnifiques) images…

Dans les années 30, alors que Tintin part au Congo, le marquis de Wavrin, lui, part en Amazonie. Pas dans des planches signées Hergé, mais dans la vraie vie. Caméra au poing, il rencontre les mangeurs d’homme et les réducteurs de tête, et livre tout cela à un grand public friand de frissons exotiques. Mais sans les préjugés colonialistes alors de mise… Les années passant, Wavrin sombre peu à peu dans l’oubli, et ses films ne sont bientôt plus que des anonymes sur des étagères abritant des millions de mètres de pellicules.

Images fascinantes

Ce documentaire témoigne de pratique jamais documentées.

Jusqu’au jour où une certaine Grace Winter, employée à la Cinémathèque Royale, retombe sur des images fascinantes: celles tournées par l’explorateur ethnographe il y a bientôt 100 ans. De recoupage en restauration, à force de patience et de déduction, l’archiviste reconstitue les films originaux, et se rend compte qu’il s’agit là de documents exceptionnels, non seulement par leur beauté formelle, mais aussi par leur contenu anthropologique. Alors que les années 30 privilégiaient les films sensationnalistes où les effets de manche sont recyclés à l’infini, il semble qu’un aristocrate belge ait fait un travail exceptionnel, rencontrant les Indiens "pour de vrai", et témoignant, images à l’appui, de pratiques jamais documentées ailleurs – comme par exemple la célèbre confection rituelle des têtes réduites…

Sur ce sujet passionnant, la Cinémathèque nous livre un film un rien classique. Alors que les amateurs de documentaires insistent sur la bonne distance à trouver entre auteur et sujet, la réalisation est ici (co)assurée par Grace Winter elle-même, qui se retrouve à la fois juge et partie, auteur et interviewée.

Grace Winter & Luc Plantier - Marquis de Wavrin du manoir à la jungle

Eurocentrisme

On aurait également aimé une plus longue partie octroyée à la critique de l’approche documentaire de l’époque, tant on sait que le travail des cinéastes-ethnographes des années 30 (le Flaherty de "Nanouk l’Esquimau" en tête) est aujourd’hui sujet à caution, au nom de l’eurocentrisme alors de mise. Eurocentrisme que Wavrin parvient souvent à éviter… Quant à la musique, signée par l’accompagnateur en chef des films muets de Cinematek, Hughes Maréchal, elle sait se faire tour à tour lyrique ou plus discrète, mais elle est – par horreur du vide? – de presque tous les plans.

"Marquis de Wavrin – Du manoir à la jungle"

Note: 3/5

De Grace Winter et Luc Plantier

Mais ne boudons pas notre (double) plaisir: celui de redécouvrir ces images inédites, d’un noir et blanc somptueux, que le documentaire nous permet de retrouver telles qu’elles ont été tournées. Sans oublier le travail particulièrement émouvant des restaurateurs sur la pellicule elle-même: les efforts s’unissent, malgré les années, pour nous replonger dans l’œuvre d’une vie. Celle d’un aristocrate qui partit avec bonhomie – alors que régnait un mépris de bon aloi pour tout ce qui n’était pas occidental – à la rencontre de ses frères indiens.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés