Un cinéma danois toujours en pleine forme

©doc

Les Danois règnent en maîtres sur un cinéma concentré, mais épique; rural, mais universel. Démonstration.

Campagne danoise, milieu du XIXe siècle. Le vieux Jens vit avec sa fille Signe et ses deux neveux dans une petite ferme en torchis. La vie est rythmée par les travaux des champs, et par les longues messes du dimanche. Mais la moindre moisson à moitié ruinée par une averse intempestive pourrait se révéler fatale; certains hivers, on meurt littéralement de faim. Heureusement, le voisin vient faire sa demande en mariage et apporte une vache en guise de dot. Jens fait tope-là. Mais lorsque le riche Suédois du coin lui propose de racheter toute la ferme, Jens revient sur sa parole et propose sa fille en sus, à condition qu’on l’entretienne jusqu’à sa mort. Il faut dire que Signe est très farouche, mais aussi très jolie…

Before The Frost

Remake de "Papillon"

Le cinéma danois s’est fait une spécialité du film rural à l’appétence sociologique et religieuse. Le désormais classique étudié dans les écoles, "Ordet" (La Parole), Lion d’or 1955 à Venise, signé Carl Theodor Dreyer, en est l’exemple-roi. Puis vint l’inoubliable "Festin de Babette", de Gabriel Axel, avec Stéphane Audran, oscarisé en 1988. Citons également "Pelle le Conquérant" de Bille August, Palme d’or la même année. Comment, dans une société soudée, mais étroite d’esprit, l’amour, les sentiments, la vie – ou le génie culinaire – pourront-ils trouver leur place?

"Before The Frost", de Michaël Noer

Note: 4/5

Avec Jesper Christensen, Magnus Krepper, Clara Rosager…

C’est au tour de Michaël Noer de sacrifier à l’exercice. Il s’en sort très bien: la lumière crépusculaire creuse les visages – et les âmes – et la musique renforce nos affres quant aux destins qui se jouent. Ici, chaque phrase porte son sous-entendu dramatique et le moindre geste peut faire basculer le destin du groupe. Surtout lorsque la cupidité humaine vient empiéter sur la morale divine…

Michaël Noer vient de faire un détour par Hollywood pour réaliser le remake de "Papillon" (avec Charlie Hunnam dans le rôle de Steve McQueen et Rami Malek dans celui autrefois tenu par Dustin Hoffman). Mais il appartient bel et bien à cette génération dorée du cinéma danois, qui nous a livré tant de films marquants. Aujourd’hui, Lars von Trier n’est plus que l’arbre qui cache la forêt. Les cinéphiles connaissent à présent les noms de Nicolas W. Refn ("Pusher" et ses suites, "Drive"), Anders Thomas Jensen ("Les bouchers verts", "Adam’s Apples"), Susanne Bier (oscar pour "Hævnen" en 2010), ou Lone Scherfig ("Italian for Beginners", "An Education", "Their Finest"). Sans oublier Thomas Vinterberg ("Festen", "La chasse") qui nous prépare pour cette année un "Druk", où quatre profs s’intoxiquent volontairement à l’alcool pour voir si le quotidien s’en trouve amélioré… Tout un programme.

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