interview

"Un film n'est pas seulement un objet, mais une aventure humaine complexe"

©AFP

Acteur et réalisateur, le frère de Jérémie Renier fait partie du jury du 34e Festival international du film francophone de Namur, présidé par Téchiné. Tour d’horizon avant l’ouverture, ce vendredi.

Cette année, comme d’habitude, pas mal de grands noms du cinéma au FIFF: André Téchiné en président du jury, Chiara Mastroianni en actrice vedette du nouveau Christophe Honorez, Læticia Casta en invitée d’honneur, le nouveau film de Fabrice du Welz ("Adoration", avec un certain Benoît Poelvoorde)… Mais aussi le nouveau Xavier Dolan qui revient à la langue française ("Matthias & Maxime")… Sans oublier Guillaume Canet, chauve dans "Au nom de la terre", qui fustige le mal fait au monde paysan par la politique agroalimentaire à grande échelle.

Avec 140 films au compteur, il y en aura pour tout le monde: les engagés qui chérissent les films qui font réfléchir ("Camille" de Boris Lojkine, voir ci-contre), le grand public qui aime les belles histoires ("Fahim", où Gérard Depardieu accueille un jeune migrant destiné à devenir champion d’échecs toutes catégories), ou tout simplement les cinéphiles, avec le tout dernier Arnaud Desplechin ("Roubaix, une lumière"), qui nous immerge dans le milieu policier, mais avec un sacré point de vue.

Pour nous servir de guide, l’acteur et réalisateur Yannick Renier, qui fait partie du jury "longs métrages", présidé par Téchiné.

Pourquoi accepte-t-on de faire partie d’un jury?

Les films à suivre...

"Adoration", de Fabrice du Welz

Après plusieurs films internationaux, l’auteur du mythique "Calvaire" (2004) revient pour clôturer sa "trilogie ardennaise", qui compte aussi "Alléluia" (2014). Côté casting, on attend beaucoup de la jeune actrice belge Fantine Harduin, 14 ans, découverte face à Trintignant dans "Happy End" de Haneke.

"Mon chien Stupide", d’Yvan Attal

Monsieur Charlotte Gainsbourg s’empare du roman culte de John Fante et le transpose en France. Sera-t-il à la hauteur des affres de cet écrivain en panne d’inspiration, dont l’arrivée d’un chien monstrueux va bouleverser la vie? Face à lui, sa femme (qui d’autre?) et épouse désespérée…

 

"Camille", de Boris Lojkine

Boris Lojkine avait bouleversé son monde en 2014 avec "Hope", l’histoire d’un couple de migrants. Il revient avecle quotidien de la photographe de presse Camille Lepage, assassinée en 2014 en Centrafrique. Prix du publicà Locarno cet été, le filmsuscite une grosse attente.

Pour le plaisir de voir des films, beaucoup en peu de temps, mais surtout d’en discuter des heures durant avec des professionnels, des gens passionnés et qui savent de quoi on parle. Faire s’entrechoquer les points de vue, apprendre. On est souvent étonné de voir quelles directions prennent les discussions pendant qu’on délibère. Les goûts des gens, parfois si différents des a priori qu’on a, ou des films qu’ils ont faits. Les arguments, comment les émotions entrent en réaction avec la raison…

Est-ce que le passage à la réalisation ("Carnivores", cosigné avec votre frère Jérémie) a changé votre façon de voir?

Je vois les erreurs que j’ai faites! À chaque nouveau film qu’on voit, la critique va dans les deux sens: le film qu’on regarde et ceux auxquels on a participé. Être passé par là permet sans doute de voir plus profond. Savoir dans sa chair que ce n’est pas seulement un objet, un film, mais une aventure humaine complexe. On voit peut-être mieux les intentions, on est encore plus attentif au détail.

Quel regard portez-vous sur Namur en particulier?

Pour moi c’est le premier festival en Belgique. C’est un festival très complet en termes de sélections. Films internationaux, nationaux, courts-métrages, documentaires, jeunesse… Ensuite il y a un nombre incroyable d’invités, les gens viennent vraiment rencontrer les auteurs des films, et vice-versa: les artistes ont un vrai échange avec le public, des débats, des ateliers, des master classes. Le grand écart entre films pointus et films populaires est très réussi je trouve. Un cocktail entre le côté strass/glamour d’invités prestigieux et le côté sympathique et facile d’accès qui est très belge, et très namurois. Ce n’est pas un équilibre simple à tenir.

"On est souvent étonné de voir quelles directions prennent les discussions pendant qu’on délibère. Les goûts des gens, parfois si différents des a priori qu’on a, ou des films qu’ils ont faits."
Yannick Renier
Acteur et réalisateur

En tant que juré vous avez un devoir de réserve, mais quelles sont vos attentes?

Très heureux et impatient de rencontrer André Téchiné évidemment. Il y a beaucoup d’univers différents, des gens dont je connais le travail, donc là, il y a une attente en effet. D’autres qui seront de pures découvertes, ce qui fait aussi partie du plaisir propre à un festival. Parmi ceux que j’attends, il y a le film de Valérie Donzelli ("Notre Dame"), avec qui j’ai déjà travaillé. Fabrice du Welz, je le connais depuis que j’ai 16 ans, je suis son cinéma avec beaucoup d’intérêt. Après, il faut faire preuve d’une certaine rigueur, pour faire son travail de juré correctement, et prendre en considération chaque film de la même façon.

Du 27/9 au 4/10, à Namur: www.fiff.be

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