Une femme à la mer

©Impuls Pictures

Extraordinaire aventure que celle de ce jeune couple: 41 jours de mer à dériver, à travers tout le Pacifique. Le film, lui, manque un peu d’originalité, prisonnier de son espace clos et de sa structure en flash-back.

"À la dérive" ("Adrift")

3/5 | De Baltasar Kormakur.

Avec Shailene Woodley, Sam Klaflin, Grace Palmer…

 

Moins d’un an après "The Mercy" sur le drame du premier Vendée Globe, qui n’avait déjà pas fait beaucoup de vagues, voici qu’on adapte une nouvelle histoire vraie issue du grand large. Mais l’espace de jeu confiné, le décor immuable, et une trame dramatique de survie obligatoirement simple ne permettent pas toujours de créer un grand moment de cinéma. Comme si la mer réclamait un absolu qui lui ressemble, et qui peut faire peur aux réalisateurs.

Tami, jeune Californienne sportive et aventurière, débarque à Tahiti en cette belle journée de 1983. Elle a fait partie de l’équipage d’un gros yacht et cherche à présent à passer du temps sur l’île en multipliant les petits boulots. Voici que débarque (littéralement) un bel Anglais qui voyage seul après avoir construit son bateau. L’amour fait son office, et on décide de faire la route ensemble. Se présente l’aubaine de joindre l’utile à l’agréable en rapatriant un magnifique 45 pieds. Mais l’agréable tourne au cauchemar lorsque leur route croise celle de l’ouragan Harry. Tami se réveille seule, contusionnée, sur une coque démâtée. Elle retrouve Richard avec une horrible fracture ouverte et l’installe sur le gaillard arrière.

A LA DÉRIVE | Bande Annonce

À présent, elle est seule maître à bord et devra se souvenir de tous les gestes qui pourraient assurer sa survie – car Richard se réfugie dans un mutisme grandissant. Pêcher le thon au harpon avec une ligne de vie qui la rattache au bateau… Faire le point avec le sextant… Économiser les vivres… Tracer une voie qui l’amènerait, par miracle, jusqu’à Hawaï…

"Adrift" n’est pas un thriller

On l’a dit: le film de voile est un exercice particulièrement difficile. Ceux qui l’ont réussi ont très souvent parié sur le thriller ou le suspense, histoire de déjouer des présupposés dramatiques réduits au minimum par le lieu. On se souvient ainsi de "Calme Blanc" (1989), qui immortalisa la silhouette rousse frisée de Nicole Kidman en femme battante sur les flots. Plus récemment, J.C. Chandor ("Margin Call") signait avec "All Is Lost" (2013) un film presque muet avec Robert Redford en marin solitaire dont le voilier percutait un objet flottant non identifié, et qui luttait de toute son âme contre un possible naufrage. On citera également, parmi les classiques, "Plein Soleil" avec un Alain Delon qui manipule Maurice Ronet, et où le danger lié à l’élément marin constitue un enjeu très fort. Ou l’un des premiers Polanski, "Le couteau dans l’eau", où le maître polonais se sert du confinement du bateau comme d’un exhausteur de tension particulièrement efficace.

Malheureusement, "Adrift" n’assume pas son lot de terreur et met au cœur du récit non pas l’horreur et le suspense, mais une histoire d’amour beaucoup trop classique. Pour relancer sans cesse son récit et ne pas laisser le spectateur trop longtemps en état de survie, il nous fait repartir sans cesse vers le temps béni de Tahiti. On aurait préféré partager "pour de vrai" la vie du bateau pratiquement détruit, où Tami lutte contre les hallucinations, le désespoir, la méconnaissance du matériel, la faim. On retiendra la présence physique de l’actrice: Shailene Woodley aurait mérité une partition psychologique beaucoup plus étoffée, mais son incarnation de Tami est déjà bluffante en soi.

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