Valerian, plus grand, plus cher, plus… creux

©BELGA

Budget pharaonique, stars à gogo: Luc Besson se donne les moyens de ses ambitions. Mais le flacon ne suffit pas: il faudrait l’ivresse. 2/5

Les agents spatiaux Valérian et Laureline sont envoyés dans la cité Alpha. Là, des milliers d’espèces cohabitent dans la paix et l’harmonie, partageant tout le savoir de l’univers. Mais ça foisonne de partout. Pas évident, dès lors, d’accomplir sa mission: identifier la force qui a décidé de détruire ce monde merveilleux…

"Aussi énorme qu’un Star Wars", telle était l’ambition du réalisateur. Sur le plan de l’énormité, le film tient ses promesses. Mais tout se met vite à sentir le toc, le cheap, le recyclé. On a beau se dire que l’univers de Valérian (1967) précède historiquement les Blade Runner, les Jedi, Star Trek et Cie, après une demi-heure éblouissante, ça se met à tourner en rond (une nouvelle "espèce" est dévoilée toutes les 5 minutes) et à sentir les emprunts. Créatures à la "Avatar" (les Pearls ne sont pas bleus, mais nacrés), couleurs blinquantes, répliques qu’on veut cultes mais qui tombent à plat… Le tout au service d’une intrigue d’un ennui profond, saupoudré de rôles secondaires en forme de clin d’œil de stars (de Rihanna, dans un show aussi bluffant qu’inutile, à Alain Chabat, ou Rutger Hauer en super-président)…

©Photo News

Les héros de la BD ont été passés à la Javel: Valérian, mâle un peu prévisible, très sensible aux charmes féminins, et Laureline, femme forte à la tête bien sûr les épaules, sont censés jongler avec une ambiguïté permanente… Ils arborent un look d’ados, sans doute pour favoriser l’identification et ratisser large. Reste, comme dans tout film de Besson, une naïveté qui aurait pu être rafraîchissante en assumant les archétypes, mais qui donne envie de s’arracher les cheveux: pourquoi ce grand concepteur d’univers graphiques ne fait-il pas confiance à des auteurs susceptibles de lui ficeler une intrigue digne de ce nom?

Mégalomanie vendeuse

Valerian - bande annonce

200 millions d’euros. C’est ce chiffre qui sert de porte-étendard à "Valérian et la Cité des mille planètes". La plus grande qualité du film, mise en avant par l’équipe Besson depuis des mois? Ce n’est ni l’histoire, ni les acteurs, ni même l’univers: c’est l’argent consacré au projet. Certes, dans le contexte d’une industrie qui joue la surenchère, les millions peuvent être le signe d’une saine ambition. Celle qui proclame au public: "Vous en aurez pour votre argent." Mais Besson, pour la énième fois, semble oublier l’adage attribué à Jean Gabin: "Pour faire un bon film, il faut trois choses: une bonne histoire, une bonne histoire, et surtout une bonne histoire"…

Les héros de la bande dessinée ont été passés à la Javel…

La tactique promotionnelle choisie par EuropaCorp laisse pantois, car le public européen n’est pas – pas encore? – mûr pour ces discours à l’américaine où on agite les dollars pour masquer le manque de contenu. Mais Besson n’a sans doute pas eu d’autre choix: ses deux acteurs sont loin d’être de vraies stars – même si Cara Delevingne fait beaucoup parler d’elle grâce à… ses photos, toute mimi sur Instagram. Et puis l’univers des BD originelles signées Christin et Mézières n’est pas inscrit dans notre inconscient collectif comme un incontournable. Reste l’échelle. Comme dans un restaurant à volonté: on n’est pas sûr de bien manger, mais on est sûr de n’avoir plus faim en sortant.

Retour aux sources

"Valérian et la Cité des mille planètes"

2/5

De Luc Besson, avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna, Ethan Hawke, Alain Chabat, Rutger Hauer…

 

La démarche de Besson, au départ, est pourtant compréhensible. Fort d’un méga succès populaire et partiellement autobiographique ("Le grand bleu", 1988), il poursuit dans une veine "action intelligente", avec d’autres hits internationaux: "Nikita" (1990) puis l’excellent "Léon" (1994). Alors que les observateurs lui prédisent une carrière américaine, Besson surprend et crée un ambitieux studio européen: EuropaCorp. Il veut faire fructifier son univers chez lui, sans s’expatrier. Hélas, il devient bientôt prisonnier de son propre système et multiplie ces "films d’action à gros budgets avec des gueules", soit pour le marché français (les "Taxi"), soit pour l’international (les "Taken" et autres "Transporteurs").
C’est la surenchère, et toujours la même recette: des scénarios souvent simplistes (ce qui lui octroie une manne en droits d’auteur), une écurie de jeunes réalisateurs. Et il rêve en parallèle à ses films à lui. Alors qu’il annonce plusieurs fois un arrêt de sa carrière de réalisateur, il a signé, en 20 ans, 7 des 8 films les plus chers du cinéma français: "Le Cinquième Élément" (1997, 90 millions de dollars), Jeanne d’Arc (1999, 74 millions), la série des 3 "Arthur et les Minimoys" (2006-2010, env. 75 millions chacun)… Il arrive au bout de sa démarche avec ce "Valérian". Moins criard que les "Arthur", certes. Moins hystérique que son "Adèle Blanc-Sec" (2010), moins neuneu que son "Angel-A" (2005), et moins naïf que son "Lucy" (2014).
Mais pas non plus totalement réussi.

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